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La sécurisation du quartier Gare échauffe les esprits
Luxembourg 4 min. 28.11.2020 Cet article est archivé

La sécurisation du quartier Gare échauffe les esprits

Le 24 novembre au soir, le ministre de la Sécurité intérieure avait répondu à l'invitation de la bourgmestre de Luxembourg pour discuter des problèmes du quartier Gare.

La sécurisation du quartier Gare échauffe les esprits

Le 24 novembre au soir, le ministre de la Sécurité intérieure avait répondu à l'invitation de la bourgmestre de Luxembourg pour discuter des problèmes du quartier Gare.
Luxembourg 4 min. 28.11.2020 Cet article est archivé

La sécurisation du quartier Gare échauffe les esprits

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Pas contente la bourgmestre de Luxembourg depuis que le ministre de la Sécurité a jugé "illégale" sa décision de faire patrouiller des agents de sécurité privés aux abords de la gare pour y assurer le calme.

Henri Kox a-t-il été trop loin en qualifiant d'«illégal», au micro de RTL, le choix de la Ville de Luxembourg de recruter des patrouilles privées pour circuler en Ville-haute et autour de la gare centrale? Une chose est sûre :  le nouveau ministre de la Sécurité intérieure (Déi Gréng) a clairement irrité Lydie Polfer (DP), la bourgmestre de Luxembourg, et le collège échevinal. Des élus qui, par communiqué, parlent d'«étonnement» mais dont l'humeur est clairement à la colère.


(au milieu) Henri Kox, ministre de la Sécurité intérieure
Qui doit faire la police dans la capitale?
La bourgmestre de Luxembourg, lassée des problèmes d'insécurité, a choisi d'engager des agents de sécurité privés pour patrouiller. Une initiative qui est loin de recevoir le soutien du ministre de la Sécurité intérieure, Henri Kox.

Petite délinquance, trafic de stupéfiants, prostitution, voilà des années que ces problèmes sont la marque du secteur Gare. Et lassée de voir que même le renfort des effectifs dédiés de la police grand-ducale depuis un an ne suffit pas, la Ville a donc décidé d'agir par elle-même. Pour neuf semaines, du 1er décembre au 31 janvier, elle a demandé à une société de gardiennage d'envoyer des patrouilles (avec agents et chiens) faire des rondes dissuasives dans ce «point chaud» de la capitale.

Un choix assumé, «non seulement dans le respect du droit mais aussi dans la ligne de ce qu'une motion votée en conseil communal qui nous demandait d'agir», tape du poing Lydie Polfer. Il y était question d'interpeller le ministre de la Sécurité sur les tensions régnant toujours dans cette partie de la Ville, mais aussi de lui demander le renforcement des patrouilles de police à pied, et "exiger l'utilisation systématique de chiens de détection de drogues par les patrouilles dans les quartiers Gare et Bonnevoie". Ne voyant rien venir, la Ville prend les devants en somme.


Gare Centrale Luxembourg,Hauptbahnhof. Foto:Gerry Huberty
Le parvis de la gare entame d'ores et déjà sa mue
Si l'arrivée du tram, le 13 décembre prochain, doit modifier le profil de l'espace central de la capitale, la transformation envisagée s'annonce bien plus profonde. De lieu de transit, le site doit devenir un pôle d'échange multimodal central.

Pas question toutefois pour la compagnie recrutée de ''jouer aux shérifs'' une fois sur le domaine public. La feuille de mission est claire à ce sujet : les agents de sécurité «n’opéreront ni de contrôles d'identité, ni d'actes de coercition ou de violence». Juste une présence suffisamment visible pour être «dissuasive à l'égard d'auteurs d'infractions ou d'incivilités».

A ce sujet, interrogé par Wort.lu FR, Henri Kox n'avait pas parlé d'illégalité. Précisant quelques heures après sa déclaration à la radio «l’administration communale peut, si elle l’estime nécessaire, avoir recours aux services d’une société de gardiennage. Celle-ci peut se déplacer sur la voie publique accompagnée d’un chien, la voie publique étant accessible à tous.»

Invitation aux ministres

Reste que ses mots ont créé des espoirs au sein de l'opposition communale. A commencer par Déi Lénk Stad. Par la voix du conseiller Guy Foetz, l'élu se félicite de «la prise de position claire» du ministre Kox et lui demande de faire pression sur la Ville de Luxembourg «pour procéder au retrait de cette mesure et, à défaut, de saisir le juge administratif pour en empêcher l’exécution et en obtenir l’annulation». Même insistance auprès de, cette fois, la ministre de l’Intérieur, Taina Bofferding (LSAP), afin qu'elle intervienne «dans le même sens en tant que ministre de tutelle auprès du collège des bourgmestre et échevins».

Et puisque le dossier monte si haut, alors Lydie Polfer ne se démonte pas. Pour sa part, la bourgmestre invite désormais Henri Kox, mais aussi sa collègue de gouvernement la ministre de la Justice Sam Tanson (Déi Gréng) «et tous les autres intervenants concernés» à une nouvelle réunion publique. Occasion de débattre de la situation non seulement avec les élus, les acteurs sociaux engagés sur le terrain mais aussi les riverains du quartier de la gare. «Dès que la situation sanitaire le permettra» en tout cas.


Lokales, Jugendkriminalität im Bahnhofsviertel, Gare de Luxembourg, Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort
Le quartier de la gare attend toujours ses caméras
Promise voilà deux ans, la vidéosurveillance n'a toujours pas été installée dans ce secteur de la capitale. De quoi alimenter les débats en conseil communal autour d'un quartier toujours en attente de plus de sécurité.

D'ici là, nul doute que les agents de gardiennage recrutés pratiqueront déjà leurs rondes. Qui sait, peut-être, les premiers voyageurs du tram arrivant en gare centrale à compter du 13 décembre les croiseront-ils? «Il ne s'agit là que d'un test, une opération provisoire», calme Lydie Polfer. Une décision prise pour parer au manque d'effectifs au sein des forces de l'ordre.

Une situation qui, malgré la volonté affichée par le gouvernement de recruter massivement dans les quatre ans à venir, pourrait encore perdurer laissant le quartier sombrer dans des travers bien loin de l'image que souhaite donner la capitale du Grand-Duché. 

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