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La réforme du chômage frontalier «crée plus de problèmes»
Luxembourg 3 min. 31.03.2019 Cet article est archivé

La réforme du chômage frontalier «crée plus de problèmes»

Pour Dan Kersch, ministre du Travail, la version actuelle de la réforme du chômage frontalier est remise en doute par de plus en plus de pays, dont l'Allemagne.

La réforme du chômage frontalier «crée plus de problèmes»

Pour Dan Kersch, ministre du Travail, la version actuelle de la réforme du chômage frontalier est remise en doute par de plus en plus de pays, dont l'Allemagne.
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 3 min. 31.03.2019 Cet article est archivé

La réforme du chômage frontalier «crée plus de problèmes»

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
Alors qu'un accord avait été trouvé entre Commission, Parlement et Conseil européen pour que l'indemnisation des salariés travaillant dans un autre pays soit effectuée par leur pays de cotisation, la réforme s'enraie. Ce que salue Dan Kersch (LSAP), ministre du Travail.

Entamée depuis 2016, les discussions autour de la réforme du chômage frontalier semblaient aboutir avec l'annonce, fin mars, d'un accord entre Commission, Parlement et Conseil. Les trois organes européens estimaient alors que le versement du chômage des salariés frontaliers incombait non plus au pays de résidence mais bel et bien au pays où ont été perçues les cotisations.


Les chômeurs transfrontaliers devraient aussi bénéficier des aides à la recherche d'emploi du pays où ils ont cotisé.
Le Luxembourg paiera pour les chômeurs frontaliers
Dès 2021, un salarié touchera les indemnités de chômage du pays où il a cotisé au sein de l'Union européenne. Au Luxembourg, la mesure ne s'appliquera qu'à partir de 2026.

Un changement complet de paradigme qui doit impacter quelque 1,3 million de frontaliers à travers l'UE et dénoncé par le Luxembourg, fermement opposé à ce texte. Car avec quelque 200.000 salariés franchissant quotidiennement les frontières pour travailler au Grand-Duché, le pays se trouverait particulièrement impacté par la mesure. 

Si la réforme entend garantir «une meilleure coopération entre Etats membres pour garantir l'accès aux prestations et éliminer la fraude et les erreurs», le gouvernement luxembourgeois s'oppose à la version actuelle du texte, considérée comme posant «d'énormes défis».

En 2018, 32 millions d'euros d'allocation chômage ont été versés à l'étranger, selon Dan Kersch. Dont 64% en France.
En 2018, 32 millions d'euros d'allocation chômage ont été versés à l'étranger, selon Dan Kersch. Dont 64% en France.
Photo: Gerry Huberty

Parmi eux, l'aspect financier ne serait pas le principal à en croire Dan Kersch (LSAP), ministre du Travail. Dans une interview publiée samedi dans le Luxemburger Wort, il affirme que «l'argument selon lequel nous rejetons la réforme pour des questions purement financières est tout simplement faux», puisque, selon lui, «le Luxembourg verse déjà des allocations chômage aux travailleurs frontaliers, même s'ils ne sont pas enregistrés auprès de l'ADEM».

Et le ministre d'indiquer qu'en 2018 «ces allocations s'élevaient à 228 millions d'euros, dont quelque 32 millions ont été versés à l'étranger». Sans surprise, la majorité (64%) a été allouée en France, pays de résidence d'un peu plus de 100.000 frontaliers. 

Nous payons, mais nous ne pouvons pas vérifier si les chômeurs cherchent un nouvel emploi ou non  

En cas d'application, les nouvelles dispositions représenteraient «une charge supplémentaire de 60 à 100 millions d'euros par an», selon les estimations dévoilées. Des estimations vagues en lien direct avec «l'absence de statistiques précises» sur le sujet, de l'aveu même du ministre.

Présentée comme n'apportant «aucun progrès social» pour les frontaliers, la réforme poserait en revanche «d'énorme défis pour l'ADEM». Notamment en termes de suivi des chômeurs qui bénéficieraient d'indemnités luxembourgeoises tout en étant inscrit dans les agences pour l'emploi de leur pays. «En d'autres termes, nous payons, mais nous ne pouvons pas vérifier si les chômeurs cherchent réellement un nouvel emploi ou non», estime Dan Kersch.

L'absence de majorité autour du chômage frontalier pousse Dan Kersch à voir une occasion «de reconsidérer la réforme»
L'absence de majorité autour du chômage frontalier pousse Dan Kersch à voir une occasion «de reconsidérer la réforme»
Photo: Gerry Huberty

Soutenu principalement par la France «qui économiserait environ 700 millions d'euros par an», selon le ministre luxembourgeois du Travail, le texte se trouve désormais bloqué. En effet, vendredi dernier, la présidence roumaine du conseil de l'Union européenne a décidé de reporter le vote sur cette question. 

Une décision saluée par le gouvernement luxembourgeois qui y voit une occasion «de reconsidérer la réforme» car «des pays comme le Danemark, l'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas (...) estiment que la réforme crée plus de problèmes qu'elle ne peut en résoudre.»


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