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«La publicité de Bicky Burger est hors de la zone grise»
Luxembourg 2 min. 10.10.2019

«La publicité de Bicky Burger est hors de la zone grise»

Au Luxembourg, la Commission pour l’éthique en publicité a rédigé un Code de déontologie

«La publicité de Bicky Burger est hors de la zone grise»

Au Luxembourg, la Commission pour l’éthique en publicité a rédigé un Code de déontologie
Photo: Shutterstock
Luxembourg 2 min. 10.10.2019

«La publicité de Bicky Burger est hors de la zone grise»

Jean-François COLIN
Jean-François COLIN
Daniel Eischen, président du Conseil de la publicité du Luxembourg juge «indéfendable» l'annonce-choc du producteur alimentaire qui fait polémique, depuis mardi, en Belgique.

Sur Facebook, mardi, la marque de hamburgers «Bicky» a diffusé une publicité montrant une femme frappée par un homme car elle ne lui apportait pas le burger demandé. Un visuel et un message plutôt inadaptés à l'heure où les violences faites aux femmes sont stigmatisées. Déjà, quelque 300 plaintes ont été recensées en Belgique.

Pour le président du Conseil de la publicité du Luxembourg (CPL), Daniel Eischen: «D'après notre code de déontologie, ce visuel est tout à fait contraire à l'éthique». Et de détailler: «Ce code énumère divers domaines dans lesquels on peut juger du bien-fondé d'une annonce, comme la violence, le sexe, le respect de la femme, la protection de l'enfance, la consommation de tabac, etc. Après, il y a la question du bon goût, une sorte de zone grise, plus floue et relative. Mais dans le cas des hamburgers Bicky, on est clairement hors de cette zone grise».

Aucun pouvoir de contrainte

Qu'en serait-il d'une telle publicité scandaleuse ici? «Le système est double: d'une part, une plainte peut être déposée par une ou plusieurs personnes physiques, d'autre part, notre Commission d'éthique - la CLEP (Commission Luxembourgeoise pour l’Éthique en Publicité) - peut se saisir de l'affaire, émettre un avis et intervenir au plus vite auprès du média concerné pour qu'il retire sa pub.»

Petit bémol toutefois: la CLEP n'a aucun pouvoir de contrainte, ni aucun poids législatif pour faire stopper ou retirer l'annonce. «Si le méfait se poursuit, elle peut alors saisir le pouvoir judiciaire, comme n'importe quelle personne, mais il faut pour cela qu'un délit au regard de la loi soit constaté», précise Daniel Eischen.

Deux ministres portent plainte

Cette marge de manœuvre étriquée tient au fait que la Commission est purement consultative, ainsi qu'à la nature-même du Conseil de la publicité, qui est «un organe d'autorégulation tripartite représentant les annonceurs, les médias et les clients».

En Belgique, l'affaire dite du «Bicky Burgergate» a pris une tournure politique, puisque Nawal Ben Hamou et Christie Morreale, ministres de l'Égalité des chances respectivement à la région Bruxelles-Capitale et en Wallonie, ont annoncé avoir saisi l'organe disciplinaire de la publicité.

Pas si éphémère

Une sanction pourrait être décidée d'ici quelques semaines. Et cela même si la publicité a rapidement été retirée de Facebook. «C'est tout le problème de la temporalité induite par les réseaux sociaux», renchérit Daniel Eischen. «On peut avoir un spot ou une image qui ne dure qu'un jour, voire même quelques heures. Mais il n'empêche que cela aura néanmoins bel et bien existé à un moment donné.»


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