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La précarité étudiante, aussi une réalité au Luxembourg
Luxembourg 5 min. 13.06.2022 Cet article est archivé
Hausse des prix

La précarité étudiante, aussi une réalité au Luxembourg

Outre le problème du logement, l'UNEL déplore également le manque d'accès aux mesures sociales au Luxembourg.
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La précarité étudiante, aussi une réalité au Luxembourg

Outre le problème du logement, l'UNEL déplore également le manque d'accès aux mesures sociales au Luxembourg.
Photo: Getty Images
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Hausse des prix

La précarité étudiante, aussi une réalité au Luxembourg

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Face à l'inflation galopante, les difficultés financières des étudiants les plus précarisés risquent de s'accentuer encore davantage. Une réalité occultée que l'UNEL dénonce depuis des années.

Derrière l'image d'un des pays les plus riches du monde, le Luxembourg est également  le deuxième pays de l'UE, derrière la Roumanie, où le risque de pauvreté professionnelle est le plus élevé. Un titre peu honorifique dont le Grand-Duché se passerait bien, mais qui est pourtant une réalité: un travailleur luxembourgeois sur dix est pauvre. Certes, la vie n'est pas rose pour ces travailleurs actifs mais qu'en est-il de leurs propres enfants qui suivent actuellement des études? Ou encore des étudiants venus de pays où le pouvoir d'achat est bien moindre?


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En effet, si ces dernières semaines, les débats se sont concentrés sur les difficultés financières rencontrées par les ménages luxembourgeois face à l'inflation galopante, la précarité étudiante a quant à elle été quelque peu occultée. Il s'agit pourtant d'une réalité, dénoncée depuis des années par l'Union nationale des étudiants du Luxembourg (UNEL), bien avant la récente hausse fulgurante des prix. «On tire sur la sonnette d'alarme depuis des années», constate Estelle Née, porte-parole de l'UNEL. 

Arrêter ses études par manque d'argent

Et pour cause, cette dernière explique qu'elle et ses équipes sont régulièrement sollicitées par des étudiants ne parvenant plus à joindre les deux bouts. «Ce qui les amène malheureusement à parfois devoir arrêter leurs études ou de faire une pause afin de trouver de nouvelles ressources financières. On avait déjà remarqué une augmentation de ce phénomène au moment de la crise sanitaire et la récente inflation ne fait qu'accentuer le phénomène. Il y a aussi des mesures annoncées il y a peu par l'Université qui ont fait beaucoup de bruit (la durée totale du bail ne pourra dépasser celle normale de leur programme d’études, NDLR).»


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Concrètement, pour l'UNEL, la précarité étudiante ne cesse de croître et la problématique ne risque pas de disparaître au regard de la population estudiante qui grandit également d'année en année. «On constate qu'il y a de plus en plus d'étudiants qui viennent de milieux variés et qui n'ont pas forcément le soutien de leurs parents pour pouvoir financer leurs études et qui se retrouvent justement dans des situations très compliquées. Un profil-type des étudiants concernés? Nous voyons de tout. Par exemple, il y a des personnes qui viennent d'un milieu très aisé mais suite à un conflit avec leurs parents, ils se retrouvent sans rien du jour au lendemain. Et puis, il y a aussi les étudiants qui proviennent de l'étranger et qui n'ont pas le même accès aux différentes aides financières et les bourses sont moins favorables dans leurs pays respectifs», poursuit Estelle Née. 

Le logement, le problème le plus épineux

Le logement semble être l'une des principales préoccupations des étudiants, et plus particulièrement les étudiants luxembourgeois. «Il n'existe pas de bourse de mobilité lorsqu'on reste étudier au Luxembourg. Cela constitue encore un frein en plus, sans évidemment évoquer le fait que l'immobilier au Luxembourg est particulièrement cher. En ce qui concerne les logements étudiants de l'Université, la priorité est bien souvent donnée aux étudiants qui viennent de loin».


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Outre le problème du logement, l'UNEL déplore forcément la hausse du coût de la vie qui impacte négativement les étudiants. «Heureusement, les frais d'inscription restent bas et sont également remboursés en partie. Néanmoins, l'un de nos chevaux de bataille concerne l'ensemble des mesures sociales qui ne sont pas accessibles aux étudiants. Par exemple, lors de la crise sanitaire, il y a eu des aides qui ont été données aux ménages les plus nécessiteux, de même qu'un subside en faveur du logement. Il fallait forcément justifier d'un revenu pour obtenir cette aide. Le souci, c'est que les étudiants n'ont pas le droit d'avoir un revenu sinon, ils s'exposent à la perte de leur bourse. C'est la même chose pour les allocations dites «vie chère», etc. Bref, l'accès aux mesures sociales, c'est notre plus grande demande. Cela ne représenterait d'ailleurs pas un coût excessif pour l'Etat».

Aussi en Belgique

Pour Estelle Née, les étudiants passent toujours à la trappe. «Et les bourses ne suffisent pas, c'est un fait. Mais les bourses ne suffisent pas vraiment. Deux mois de loyers à Luxembourg, c'est ce qu'on reçoit tous les six mois pour survivre. C'est une utopie de dire que cela compense nos coûts.» 

Ne disposant pas de ressources financières suffisantes, l'UNEL ne peut pas se permettre d'aider chaque étudiant précarisé. «On a cependant eu des réunions avec nos homologues belges qui nous disaient qu'il y avait, chez eux, des gens qui venaient chercher de l'aide alimentaire. Le problème est donc global.»


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Toutefois, des pistes de solution existent et certaines sont d'ailleurs déjà mises en place. «Je pense notamment au restaurant universitaire où l'on peut se nourrir pour 3€. On constate que pas mal d'étudiants viennent y manger leur repas de midi mais vont également y chercher leur repas du soir. Et puis après, il y a aussi des aides qui sont données par l'université pour aider les étudiants en extrême précarité à se nourrir. Il y a beaucoup d'étudiants qui se nourrissent exclusivement de pâtes et ce n'est pas parce qu'ils ne veulent pas cuisiner, mais c'est plutôt une question de survie.» 

L'UNEL dit regretter le manque de dialogue avec l'Éducation Nationale. «Dans cette optique de contrecarrer l'inflation, le ministère a pris certaines mesures pour les étudiants. Toutefois, ce ne sont que des «demi-mesures» dans le sens où, effectivement, le montant de la bourse a été adapté. Cela dit, cette même bourse n'avait pas été adaptée depuis des années et celle-ci ne correspond donc plus aux besoins du moment.»

Nous avons sollicité le ministère de l'Enseignement supérieur afin d'avoir leur avis sur le phénomène de la précarité étudiante, mais nous ne sommes pas parvenus à obtenir de réponses à nos sollicitations. 

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