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«La politique sociale se fait par les impôts»
Luxembourg 10 min. 30.04.2022
Fête du travail

«La politique sociale se fait par les impôts»

Le président du LCGB Patrick Dury : «Nous avons fait de bonnes expériences avec l'index au cours des 45 dernières années.»
Fête du travail

«La politique sociale se fait par les impôts»

Le président du LCGB Patrick Dury : «Nous avons fait de bonnes expériences avec l'index au cours des 45 dernières années.»
Foto: Chris Karaba
Luxembourg 10 min. 30.04.2022
Fête du travail

«La politique sociale se fait par les impôts»

Le président du LCGB Patrick Dury est d'avis que le Luxembourg ne peut pas fonctionner sans la tripartite et que l'index n'est pas le bon instrument pour faire de la politique sociale.

(m. m. avec Michèle GANTENBEIN) - Patrick Dury, le LCGB a signé le pacte de solidarité. Il comprend le report d'une tranche indiciaire qui sera partiellement surcompensée via un crédit d'impôt. Au final, ce dispositif n'est-il pas plus juste socialement que le mécanisme normal de l'indexation ?


ARCHIV - 18.01.2021, Bayern, Neubiberg: Eine Frau trägt bei ihrem Einkauf in einem Supermarkt eine FFP2-Schutzmaske. Mit dem Ende der staatlichen Vorgaben müssen ab nächster Woche in Supermärkten und in Discountern keine Maske mehr getragen werden. (zu dpa: «Supermarkt-Kunden müssen bald keine Maske mehr tragen») Foto: Sven Hoppe/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
«Une aide rapide pour les gens et les entreprises»
Mardi, la commission spéciale nouvellement créée, composée de 15 membres, s'est réunie pour une première séance consacrée à l'accord tripartite et aux aides décidées.

«Disons que l'accord mise sur la solidarité. Nous traversons une crise grave. Le LCGB a donné son accord parce que nous avons atteint nos objectifs. Le mécanisme d'indexation a été garanti et nous avons négocié pour la première fois une compensation qui renforce les petits et moyens salaires. Nous avons convenu avec les employeurs et le gouvernement de convoquer une nouvelle tripartite si la situation devait se détériorer et nous avons convenu que le report de chaque nouvelle tranche indiciaire potentielle serait à nouveau compensé. C'est un compromis que nous pouvons pleinement défendre dans la crise actuelle. 

Lors de la conférence de presse après le premier round de négociations, les trois syndicats se sont montrés satisfaits du résultat des négociations. Comment se fait-il qu'une semaine plus tard, l'OGBL ait exprimé un avis totalement différent ?

«Les trois syndicats ont préparé les négociations ensemble et ont mis des propositions communes sur la table. Nous nous sommes toujours étroitement concertés. A la fin des négociations, nous nous sommes mis d'accord sur le fait que nous devions nous positionner séparément.

N'êtes-vous pas déçu par l'attitude de l'OGBL dans cette crise ?

«Chacun est responsable de ses déclarations. Je constate avec regret que nous ne sommes pas parvenus à la même lecture. Mais je ne veux pas spéculer sur les raisons de qui a fait quoi. Les négociations ont été difficiles dans un premier temps, puis constructives, et je suis satisfait que nous ayons toujours réussi à trouver des solutions depuis 45 ans grâce au modèle de la tripartite. En fin de compte, chaque syndicat doit prendre ses responsabilités.

Après cette prise de position, peut-on encore croire que l'OGBL s'engage pour les intérêts du pays ? 

«C'est le rôle d'un syndicat de défendre les intérêts de ses membres. Le Luxembourg a développé la tripartite comme un modèle de compromis qui garantit également la paix sociale. Les syndicats doivent se demander s'ils veulent continuer à agir dans le cadre de ce modèle. En tout cas, le LCGB s'en tient au modèle luxembourgeois - toujours dans le but d'obtenir le meilleur pour ses membres. C'est ce que nous avons fait.

Je suis satisfait que nous ayons toujours réussi à trouver des solutions depuis 45 ans grâce au modèle de la tripartite

Patrick Dury, président du LCGB

La présidente de l'OGBL, Nora Back, a critiqué le fait que les gens financent les compensations avec leurs propres impôts...


Das Abkommen wurde ohne den OGBL unterzeichnet.
L'OGBL se défend et parle de tromperie
Le syndicat n'avait pas soutenu l'accord tripartite - et s'efforce de rectifier le tir.

«L'affirmation selon laquelle les gens financent eux-mêmes leurs compensations est boiteuse. Cela signifierait en effet que les gens financent eux-mêmes les allocations familiales, les transferts sociaux, les allocations de chômage, etc. Ce que l'État fait ici, c'est une politique normale, comme il en fait d'habitude. Sur les recettes fiscales, 400 millions d'euros sont utilisés pour les compensations. Je pense qu'il serait opportun de revenir aux faits concrets dans cette discussion. 

La CGFP semble avoir du mal avec l'accord et a demandé cette semaine des améliorations, notamment pour les familles monoparentales et les familles nombreuses. Partagez-vous les revendications du syndicat de la fonction publique?

«La CGFP et le LCGB sont arrivés à la conclusion qu'ils pouvaient approuver le compromis négocié parce qu'il est basé sur le principe de solidarité. Mais la solidarité dans cette crise et au-delà de cette crise signifie aussi que les syndicats ne laisseront pas tomber leurs revendications légitimes, par exemple en ce qui concerne une réforme fiscale socialement juste avec un allègement de la charge fiscale des familles monoparentales et des petits et moyens revenus. Cela vaut également pour le LCGB. 

Le terme «justice sociale» est souvent mentionné en relation avec le constat qu'il existe un problème de justice sociale. Est-ce le cas et que faudrait-il faire pour y remédier ?

«Le Luxembourg connaît quelques problèmes structurels, à commencer par la crise immobilière. Elle a pour conséquence que les personnes ayant un pouvoir d'achat normal peuvent à peine se payer un logement et doivent déménager dans la région frontalière. La politique doit y remédier de toute urgence. La justice sociale est toujours liée au pouvoir d'achat. Le mécanisme de l'indexation garantit le pouvoir d'achat dans une certaine mesure. Nous négocions des conventions collectives dans les entreprises afin que les gens reçoivent une part équitable de la richesse.

La justice sociale est toujours liée au pouvoir d'achat.

Patrick Dury, président du LCGB

Mais la justice sociale passe aussi par le système fiscal. Nous attendons avec impatience la réforme fiscale annoncée. Pour nous, il est clair que les petits et moyens salaires doivent être allégés. Par le biais d'une simple adaptation du barème fiscal à l'inflation, ce sont surtout ceux qui paient des impôts élevés qui sont récompensés. La demande d'adapter le barème fiscal à l'inflation n'est qu'un aspect et est complémentaire à la demande d'alléger davantage la charge des petits et moyens salaires.

Dans le contexte de la justice sociale, la formation initiale et continue des travailleurs ainsi que la numérisation sont également importantes. Ceux qui ne sont pas à l'aise dans le monde numérique risquent d'être laissés pour compte. La justice sociale signifie également que les gens ont un accès de qualité aux services de santé et de soins, quel que soit leur revenu. Nous devons sans cesse veiller à ne pas glisser vers une société à plusieurs vitesses, où certains peuvent se payer ces services et d'autres non. La justice sociale va bien au-delà de la question des revenus.

La question est de savoir dans quelle mesure l'index aggrave l'injustice sociale. Qu'est-ce qui est juste dans le fait que les gros salaires reçoivent 250 euros lors d'une tranche d'indexation et les bas salaires 44 euros ? 


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Le nouvel index déclenché au 1er avril
C'est une bonne nouvelle pour tous les salariés, les fonctionnaires et les retraités: le Statec a confirmé ce mercredi matin que l'indexation des salaires sera effective dès ce vendredi.

«L'indice n'est pas un instrument de politique sociale et de redistribution. L'indice compense la perte de pouvoir d'achat due à l'inflation. Ce qui est important, c'est de savoir comment les salaires sont établis. Les salaires sont déterminés par des conventions collectives ou des négociations individuelles entre l'employeur et l'employé. Une idée du patronat est de plafonner l'index. Nous soupçonnons qu'il s'agit de réduire les coûts salariaux. Autre point : l'indice est exprimé en pourcentage, tout comme les conventions collectives.

L'indice est un élément de la politique salariale. Si l'index crée des disparités, une solution serait de revaloriser les fonctions dans les entreprises. J'en profite pour rappeler que près de 50 % des travailleurs n'ont pas de convention collective. L'index est la seule garantie de la protection de leur pouvoir d'achat. La question de savoir à partir de quel niveau de salaire on devrait plafonner l'index est une question très subjective. La politique sociale se fait par les impôts, pas par l'index.

L'indice n'est pas un instrument de politique sociale et de redistribution. L'indice compense la perte de pouvoir d'achat due à l'inflation.

Patrick Dury, président du LCGB

Néanmoins, ne serait-il pas opportun de transformer l'index en un instrument plus socialement acceptable, ou du moins d'en discuter ? Ainsi, les salaires, notamment ceux de l'Etat, ne cessent de déraper... 

«Je représente le secteur privé. Il serait faux de dire aux salariés du secteur privé : tu as un gros salaire. Il faudrait définir ce qu'est un gros salaire. De plus, nous serions très vite dans un débat où interviendrait la jalousie. Dans le secteur privé, il existe des structures salariales et le principe du mérite. Avec un indice plafonné, on risque de détruire le principe de performance. Celui qui fournit des prestations doit aussi être rémunéré pour cela.

Le Solidaritéitspak soutient davantage les bas salaires que les hauts salaires, et nous voyons bien qu'il n'y a pas de révolution. Ne pourrait-on pas poursuivre cette politique avec plus de vigueur et appliquer le principe de la sélectivité sociale dans beaucoup plus de domaines ?

«C'est ce qui se passe avec le crédit d'impôt. Il est financé par le budget de l'État et ne pèse donc pas sur les employeurs. Cette politique a été développée pour soutenir davantage les personnes à faibles revenus dans la société. De manière complémentaire, les personnes qui gagnent plus paient aussi plus d'impôts. Cette politique a commencé il y a plus de dix ans et doit être poursuivie. 


Après le DP, c'était au tour du LSAP de faire le bilan de son année parlementaire.
Une étude sur la réduction du temps de travail
Le ministre du Travail et de l'Emploi Georges Engel (LSAP) entend fournir des données objectives afin de débattre sur la possibilité de réduire le temps de travail au Luxembourg.

Toutefois, le meilleur moyen d'aider les gens serait de leur proposer des logements abordables afin qu'ils puissent vivre décemment de leur salaire. Cela renforcerait le pouvoir d'achat, en particulier celui de la jeune génération. La politique a une dette à cet égard, et cela ne date pas d'hier.

Après toutes ces années, peut-on encore sérieusement faire confiance à la politique pour régler le problème du logement? 

«En tant que syndicat et avec les autres organisations syndicales, nous avons déposé des expertises et des propositions de solutions à la Chambre des salariés. Nous pouvons nous en mordre les doigts. Si la volonté politique de mettre ces choses en œuvre fait défaut, cela ne peut pas marcher. Le gouvernement et les communes doivent, en tant que décideurs politiques, en venir à des mesures concrètes.

Nous sommes toujours prêts à entamer des négociations constructives pour une réduction générale du temps de travail.

Patrick Dury, président du LCGB

Le gouvernement veut commander une étude sur la question de la réduction du temps de travail. Des heures de travail plus courtes pour un même salaire, cela devrait également être dans l'intérêt de vos membres...

«Ma carrière professionnelle et syndicale a commencé dans l'industrie sidérurgique. Dans la sidérurgie, les syndicats ont négocié en temps de crise une réduction du temps de travail, la semaine de 38 heures, qui a été mise en œuvre avec douze jours de congé supplémentaires par an. 

Cette réduction du temps de travail représente une solution intelligente, à savoir un modèle de temps de travail flexible qui concilie les revendications légitimes du personnel en matière d'aménagement du temps de travail avec les besoins du fonctionnement de l'entreprise. Nous sommes toujours prêts à entamer des négociations constructives pour une réduction générale du temps de travail.

Quels seront vos principaux messages pour la Fête du travail ?

«L'Europe doit tirer les leçons de la crise covid et se doter de compétences plus fortes dans le domaine de la santé. La guerre en Ukraine nous rappelle que l'Europe doit se reconvertir économiquement et devenir plus autonome. 

Nous sommes favorables à la mondialisation, mais une mondialisation avec des garde-fous, ce qui signifie que l'Europe devrait de préférence coopérer avec des pays qui partagent nos valeurs démocratiques, qui sont socialement développés et qui respectent les normes environnementales. 

En outre, l'UE doit être autonome en matière de politique de défense. Ici, nous nous engagerons pour le maintien du pouvoir d'achat, la sécurité de l'emploi et le développement des prestations de santé pour les assurés.»

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