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«La pérennité de l'UE dépend de sa solidarité»
Luxembourg 6 min. 08.05.2020

«La pérennité de l'UE dépend de sa solidarité»

 Selon Xavier Bettel, «le manque de volonté dans certains pays» paralyse l'émergence d'une solution commune contre la pandémie de covid-19.

«La pérennité de l'UE dépend de sa solidarité»

Selon Xavier Bettel, «le manque de volonté dans certains pays» paralyse l'émergence d'une solution commune contre la pandémie de covid-19.
Photo: Lex Kleren
Luxembourg 6 min. 08.05.2020

«La pérennité de l'UE dépend de sa solidarité»

Le Vieux continent commémore sans grande pompe en raison de la crise du covid-19, les 70 ans de la déclaration de Robert Schuman. L'occasion d'un entretien avec le Premier ministre Xavier Bettel qui rappelle l'importance de l'unité européenne, surtout en cette période de pandémie.

(DH avec Dani Schumacher) - Même si elle coïncide avec les 70 ans de la déclaration Schuman, la Journée de l'Europe sera célébrée en mode virtuel ce samedi. La faute à une crise sanitaire qui nous oblige à garder nos distances avec nos voisins et dont les conséquences économiques sont difficilement quantifiables. 

Le Premier ministre Xavier Bettel (DP) demeure néanmoins confiant. Selon lui, l'Europe survivra à cette crise, mais seulement si tous les Etats membres font preuve de solidarité. Et c'est là justement le thème choisi cette année en raison des circonstances liées au covid-19. 

Photo: Lex Kleren

Monsieur le Premier ministre, les frontières sont partiellement fermées, les drapeaux sont mis en berne le long de la Moselle. L'UE, cette année, ne donne-t-elle pas une image plutôt triste à l'occasion de la Journée de l'Europe?

Xavier Bettel - «La fermeture des frontières n'est effectivement pas ce que nous souhaitons célébrer. Mais en raison du covid-19, les réflexes nationaux ont été plus prompts que la volonté de rechercher des solutions communes. Depuis le début de la crise sanitaire, le gouvernement cherche des solutions pour les nombreux frontaliers. Sans eux, notre système de santé se serait effondré.

Lundi dernier, le ministre fédéral de l'Intérieur, Horst Seehofer, a prolongé les contrôles aux frontières jusqu'au 15 mai. Cette fois, Berlin vous a-t-il informé de cette décision?

Non, comme pour l'introduction des contrôles aux frontières, nous avons également été surpris par cette décision. Bien que nous soyons en contact permanent, nous apprenons souvent ce genre de mesures radicales par voie de presse. Ce n'est pas une façon de traiter correctement ses voisins. Lorsque les contrôles aux frontières ont été introduits, nous avons immédiatement cherché une solution et les frontaliers ont finalement reçu une sorte de laissez-passer. 

J'attends de la Commission qu'elle rappelle les règles du jeu

De nombreuses frontières sont actuellement fermées au sein de l'espace européen alors même que nous célébrons le 25e anniversaire des accords de Schengen...

La libre circulation des personnes et des biens est l'un des principes fondamentaux de l'Union européenne. Des considérations nationales ont malheureusement conduit à ce que du matériel de protection ne puisse pas être livré car les camions étaient arrêtés aux frontières. Cela ne doit pas exister. Normalement, c'est la Commission européenne qui devrait donner son accord à un pays qui veut fermer ses frontières. J'attends donc de la Commission qu'elle rappelle les règles du jeu aux Etats membres. Et lorsque vous réintroduisez les contrôles aux frontières, la confiance en vos voisins s'effondre.

A propos de la Commission européenne, sa présidente, Ursula von der Leyen, a avoué qu'elle avait commis des erreurs. Pensez-vous que la Commission soit capable de prendre des mesures pour faire face à la crise du covid-19?

La Commission ne peut pas décider seule. Il y a 27 pays autour de la table, et il y avait 27 opinions différentes. En ce qui concerne l'élaboration d'une stratégie commune de lutte contre le virus, certains pays ont clairement indiqué que Bruxelles n'avait pas à décider comment protéger leur population. En conséquence, aucune stratégie commune n'a pu être trouvée. Mais je suis satisfait que nous ayons finalement trouvé un dénominateur commun.


European Commission President Ursula Von Der Leyen gives a press conference following a video conference EU summit to discuss the measures to tackle the spread of the Covid-19 pandemic caused by the novel coronavirus, in Brussels, on April 23, 2020. (Photo by Olivier HOSLET / EPA / AFP)
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Et quel est-il?

Nous avons convenu que la Commission devait élaborer des règles spécifiques pour les citoyens de l'UE, pour les semaines et les mois à venir, si les restrictions de sortie sont levées. Par exemple, certains pays ont ordonné une quarantaine de quatorze jours pour tout le monde après l'assouplissement. Il a maintenant été convenu que la quarantaine devait s'appliquer aux ressortissants de pays tiers, mais pas aux citoyens de l'UE voyageant à l'intérieur de l'UE. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens. Par exemple, qu'en est-il des étudiants? Peuvent-ils retourner dans les pays où ils étudient pour passer leurs examens?

Il est extrêmement difficile de trouver une solution à ces problèmes pour le moment, car il y a un manque de volonté dans certains pays. Mais je le répète, le covid-19 est un problème commun, nous avons donc également besoin d'une solution commune.

Photo: Lex Kleren

Une des leçons de cette crise n'est-elle pas que Bruxelles obtienne davantage de compétences dans le domaine de la santé ? En matière de matériel de protection par exemple?

La pandémie nous a montré sans équivoque que la production européenne est loin d'être suffisante pour répondre à la demande. L'Europe ne peut plus dépendre d'autres pays. Et le prochain défi approche à grands pas: s'il existe un vaccin, comment garantir qu'il sera destiné là où il est le plus nécessaire dans une première phase, à savoir les personnes à risques? Si les réflexes nationaux reprennent le dessus, nous n'y parviendrons pas. Il est absolument essentiel que la Commission prenne l'initiative de la coordination.

Selon Jacques Delors, l'ancien président de la Commission européenne, l'UE est sur le point de se désintégrer au milieu des quintes de toux. Partagez-vous cette opinion?

Non. Nous avons trouvé des solutions. Cela n'a pas été facile, mais nous nous sommes mis d'accord sur un plan d'aide de plusieurs milliards d'euros afin que chaque pays puisse surmonter la crise. Mais il est vrai que les négociations se sont avérées plus difficiles en raison des discussions à propos des corona bonds.


A protester, wears a face mask bearing the words "leave no one behind, during a nationwide action under the moto �Wir hinterlassen Spuren - #LeaveNoOneBehind� to protest against Europe external borders and asking to prevent a "corona catastrophe" on April 5, 2020 in front of the landmark Brandenburg Gate in Berlin, amid the new coronavirus COVID-19 pandemic. (Photo by Tobias SCHWARZ / AFP)
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Le gouvernement luxembourgeois a soutenu ces obligations, pourquoi?

C'est une question de solidarité. En raison de sa bonne situation financière, le Luxembourg a pu contracter un prêt à taux d'intérêt négatif il y a quelques jours. Donc, à la fin, nous gagnerons toujours de l'argent. D'autres pays comme l'Italie, l'Espagne ou la France, qui sont beaucoup plus touchés par la crise et auront donc besoin de plus d'argent, ne peuvent pas le faire. 

La crise du covid-19 s'inscrit en parallèle de la crise migratoire. Mais jusqu'à présent, il n'y a pas de déclarations claires de Bruxelles sur cette question...

Malheureusement, nous n'avons toujours pas de solution pour la crise migratoire. Là aussi, je déplore un manque de solidarité. Nous ne pouvons pas laisser des pays comme la Grèce, l'Espagne, l'Italie ou Malte se débrouiller seuls. L'UE a besoin d'une politique commune en matière de réfugiés. Mais je veux faire preuve de réalisme, nous devons en premier lieu faire face à la crise sanitaire. 

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