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«La pénurie de médecins se ressent déjà»
Luxembourg 4 min. 27.03.2019

«La pénurie de médecins se ressent déjà»

Actuellement, plus de la moitié des médecins du pays sont âgés de 55 ans ou plus

«La pénurie de médecins se ressent déjà»

Actuellement, plus de la moitié des médecins du pays sont âgés de 55 ans ou plus
Photo: Shutterstock
Luxembourg 4 min. 27.03.2019

«La pénurie de médecins se ressent déjà»

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Alors que ces dernières années, les ministres de la Santé ont toujours réfuté le manque de médecins au Luxembourg, le monde médical constate, chiffres à l'appui, que la situation se dégrade.

Le serpent de mer du désert médical luxembourgeois revient une fois encore sur le devant de la scène. Alors que ses prédécesseurs se sont toujours refusés à parler de «pénurie» de médecins, le nouveau locataire de la villa Louvigny, Etienne Schneider, se montre moins catégorique.

Dans une réponse parlementaire publiée mi-mars, il reconnaît que le registre censé renseigner le ministère sur la démographie médicale du pays comporte des lacunes. Pour régler ce problème, le ministre de la Santé annonce qu'un vaste recensement est en cours. Grâce à ces chiffres, attendus avant la fin de l'année, il sera possible de connaître avec précision l'âge auquel les médecins luxembourgeois prennent leur retraite, de dégager un taux de non-remplacement et de prendre les mesures politiques qui s'imposent.

Seulement 90 généralistes pour 100.000 habitants

Actuellement, «plus de la moitié des médecins sont âgés de 55 ans ou plus», indique le docteur Alain Schmit, président de l'Association des Médecins et Médecins-Dentistes (AMMD). Et «la situation risque de s’aggraver fortement les prochaines années.» En cause, les départs programmés des médecins issus de la génération du baby-boom qui seront nombreux à faire valoir leurs droits à la pension d'ici 2025. Une problématique d'autant plus épineuse que les blouses blanches luxembourgeoises sont déjà «bien inférieures en comparaison avec les pays limitrophes», ajoute-t-il. 

Ce que confirment les chiffres du Statec. Avec seulement 90 médecins généralistes pour 100.000 habitants en 2018, le Luxembourg se situe loin derrière ses voisins de la Grande Région en ce qui concerne l'offre de soins.    

Dans sa réponse au député Gusty Graas (DP), Etienne Schneider indique bien que «depuis 2000, le nombre absolu de médecins a presque doublé» et que «la densité de praticiens pour 1.000 habitants a nettement augmenté», mais il n'avance aucun chiffre. Or, cette tendance des effectifs à la hausse n'empêche pas le manque de médecins de gagner du terrain: «La pénurie se ressent déjà. Les patients ont de plus en plus de difficultés à obtenir des rendez-vous rapidement», constate le docteur Schmit.

En 2018, selon les chiffres de la Caisse nationale de santé, le Luxembourg comptait 477 médecins généralistes et 1.079 spécialistes en activité, avec des tranches d'âge inégalement réparties.

Dès 2011, l'Association luxembourgeoise des étudiants en médecine (ALEM) avait pourtant alerté les pouvoirs publics. «On estime qu'il faut environ 100 nouveaux médecins par an pour assurer la pérennité du système», explique Frédéric Schwarz, président de l'asbl. Or, les chiffres avancés par Etienne Schneider font état d'à peine 89 médecins supplémentaires ces cinq dernières années sur les 500 espérés.

Pour expliquer cette situation, Frédéric Schwarz avance trois explications: des patients qui consultent de plus en plus, des jeunes médecins qui refusent «d'enchaîner 70 heures de travail par semaine» et enfin, l'absence d'un cursus complet au Luxembourg. Si les deux premiers aspects relèvent de l'évolution de la société, le troisième point résulte d'une décision politique, qui a pour conséquence de pousser les aspirants médecins hors des frontières.

«Le cursus complet manque»

Actuellement, les bacheliers qui choisissent la médecine peuvent effectuer une première année au Luxembourg mais pour boucler leur premier cycle, ils sont contraints de partir à l'étranger. Même si des efforts ont été consentis avec l'ouverture d'un bachelor annoncée pour la rentrée 2020 à l'université, et la création de deux spécialisations, l’une en neurologie et l’autre en oncologie, la situation reste préoccupante.  

«Le cursus complet manque. On a un vrai souci», déplore Marc Hastert, secrétaire général de la Fédération des hôpitaux luxembourgeois (FHL), en référence au recrutement dans le milieu hospitalier. «C'était un choix. Il faudra revoir cette politique», conclut-il.

En attendant, le recensement en cours, dont les résultats sont attendus avant la fin de l'année, est considéré comme un premier pas «positif» par les professionnels.


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