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La «pauvreté laborieuse» gagne du terrain
Luxembourg 3 min. 21.04.2021 Cet article est archivé

La «pauvreté laborieuse» gagne du terrain

Depuis 2018 au Luxembourg, l'indice de Gini (qui mesure le risque de tomber dans la pauvreté) est supérieur à la moyenne européenne.

La «pauvreté laborieuse» gagne du terrain

Depuis 2018 au Luxembourg, l'indice de Gini (qui mesure le risque de tomber dans la pauvreté) est supérieur à la moyenne européenne.
Wolfram Steinberg/dpa
Luxembourg 3 min. 21.04.2021 Cet article est archivé

La «pauvreté laborieuse» gagne du terrain

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Travailler ne suffit plus pour faire face au niveau de vie luxembourgeois, regrette à nouveau la Chambre des salariés. D'autant que la crise covid n'a rien arrangé : le risque de pauvreté s’accroît et les inégalités se creusent.

Il y a l'image dorée. Une Place financière qui a réussi à capitaliser 5.000 milliards en fonds d'investissement. Un taux de chômage bien plus bas que la moyenne des partenaires européens (6,1% au dernier bilan). Un pays qui crée toujours de l'emploi, même en période de disette économique (+1,7% l'an passé). Ou encore un salaire social minimum à faire pâlir ses voisins. Mais il y a aussi l'analyse, plus sombre, du Panorama social de la Chambre des salariés (CSL). Et là, pas de quoi applaudir.


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Ainsi, voilà le Luxembourg à la traîne avec un taux de risque de pauvreté qui ne cesse de progresser. «Aujourd'hui, un ménage sur quatre (26%) reconnaît ne plus pouvoir joindre les deux bouts en fin de mois», résume Jean-Claude Reding, vice-président de la CSL. En trois ans, le Grand-Duché est même l'Etat de la zone Euro où le risque de pauvreté s'est le plus accentué. Et l'année qui vient de s'écouler, avec la crise covid, n'a fait «qu'exacerber les situations d'instabilité» pour reprendre les mots de la présidente Nora Back.

Pour sa 11ème édition, le Panorama social accumule ainsi les pages sombres de la réalité du pays. «Nous restons lanterne rouge de l'Union sur le risque de pauvreté des salariés eux-mêmes. L'emploi ne préserve plus, et les salaires perçus ne permettent plus à une grande part de la population de faire face aux dépenses du quotidien», regrette amèrement Jean-Claude Reding. Le poids des frais de logement y est pour beaucoup d'ailleurs (pour un tiers des sondés). Mais pas seulement; joue aussi la constitution du foyer.

Adultes isolés ou couples avec au moins trois enfants : la Chambre pointe bien des situations sur le fil. Mais les cas les plus tangents sont bien souvent à trouver au sein des ménages monoparentaux. En quinze ans, leur vulnérabilité s'est considérablement accrue. Et maintenant, on estime à 41% de ces familles en danger de tomber dans la pauvreté. 

Pour Jean-Claude Reding, le constat ne suffit pas, «le gouvernement doit réagir et cela au-delà du plan de relance actuel». Et la voix de la Chambre des salariés d'inviter Xavier Bettel et ses ministres à réviser à la hausse les transferts sociaux (aides au logement, aides alimentaires, etc.) ou le niveau des pensions les plus basses. «Car c'est notamment grâce à ces dispositifs qu'une grande partie de la population réussit encore à s'en sortir.» Même accent à mettre sur la revalorisation des salaires, la couverture sociale ou la protection des conditions de travail. 

Car si le contrat à durée indéterminée reste -de loin- la forme de contrat la plus en usage parmi les salariés résidents (91%), le fait est que l'emploi temporaire prend une ampleur de plus en plus forte au pays. De 2010 à 2019, le CDD aurait progressé de 30%, avec toute la précarité que cela peut engendrer. «Tout comme il faut se préoccuper de voir progresser le chômage longue durée au Luxembourg», conclut la Chambre des salariés écornant un peu plus l'image dorée du pays mais ajustant le reflet à une plus juste réalité sans doute.

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