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«La parole verte est beaucoup plus audible» y compris au Luxembourg
Arnaud Mercier, chercheur associé au Laboratoire Communication et Politique du CNRS: «Je ne dirais pas que le vote écologique soit réellement une volonté de mener ces personnes au pouvoir, ce n'est pas forcément le cas, mais je pense que c'est pour envoyer un message fort aux autres partis».

«La parole verte est beaucoup plus audible» y compris au Luxembourg

Photo: Youtube capture écran
Arnaud Mercier, chercheur associé au Laboratoire Communication et Politique du CNRS: «Je ne dirais pas que le vote écologique soit réellement une volonté de mener ces personnes au pouvoir, ce n'est pas forcément le cas, mais je pense que c'est pour envoyer un message fort aux autres partis».
Luxembourg 2 min. 18.10.2018

«La parole verte est beaucoup plus audible» y compris au Luxembourg

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Arnaud Mercier, docteur en sciences politiques, est professeur à l'Institut français de presse et à l'Université Panthéon-Assas, spécialiste en communication politique et chercheur associé au Laboratoire Communication et Politique du CNRS. Il revient pour nous sur les résultats des élections législatives au Luxembourg dans un contexte plus européen.
  • Comment expliquez-vous la montée soudaine de petits partis comme les Verts ou les Pirates, notamment en Belgique et au Luxembourg?

«Bien qu'il y ait des déclinaisons nationales dans chaque pays, je pense que des éléments communs sont tout de même à prendre en considération ici.

C'est simple, nous sommes de plus en plus face à une tendance qui vise à rejeter les forces de gouvernement déjà en place.

Il faut dire que pour beaucoup de gens, les temps sont durs: montée du chômage, immigration, mondialisation, absence de croissance... sont autant de sujets qui amènent une frustration, une tension forte, qui se répercute dans les urnes au moment des votes.

Dans beaucoup de pays, les partis traditionnels sont beaucoup plus contestés qu'avant, moins légitimes. Il y a une vraie dimension morale qui entre en jeu: les cas de corruption, les scandales politiques de plus en plus nombreux lassent les gens.

On le voit, il y a une hausse de l'abstention dans beaucoup de pays où le vote n'est pas obligatoire. Et là où il l'est, comme au Luxembourg par exemple, on remarque une montée des partis perçus comme alternatifs».

  • Ce choix des électeurs, c'est pour envoyer un message?

«Oui c'est ça. C'est "je ne suis pas content, je veux vous envoyer un message". Alors certains vont se tourner vers les alternatives protestataires, nationalistes, extrêmes. D'autres vont davantage se diriger vers de alternatives sages, perçues comme différentes des autres; un vote refuge en somme.

Au Luxembourg en l’occurrence, c'est vers le réceptacle écologique que les électeurs se sont tournés. Il faut noter que l'on voit de façon évidente les effets du réchauffement climatique et que la parole verte est beaucoup plus audible qu'auparavant.

Je ne dirais pas que le vote écologique soit réellement une volonté de mener ces personnes au pouvoir, ce n'est pas forcément le cas, mais je pense que c'est pour envoyer un message fort aux autres partis, aux gouvernements déjà en place, pour qu'ils se saisissent eux aussi, de ce message écologique.

En somme, je pense que nous assistons à une vraie rupture entre les citoyens et les politiques traditionnelles, couplée à ces votes écologiques, qui, je le répète, ne sont pas, à mon sens, de vrais votes d'adhésion au mouvement écologique. Ce sont des gens sympas, qui n'ont aucun scandale ou problème derrière eux, ça aide».

Est-ce également annonciateur de changement pour les élections européennes à venir?

«En général, ce type d'élections est plutôt favorable aux écologistes, en effet. Ils vont certainement tirer leur épingle du jeu, mais à nouveau, tout dépend des pays. Les européennes sont l'occasion de se lâcher dans les urnes parce qu'il n'y a aucune mobilisation des électeurs; on ne sait pas vraiment à quoi servent ces élections.

On note donc une abstention croissante, et là encore, ce sera l'occasion d'envoyer un message au gouvernement en place».

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