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Là où Claude Wiseler veut mener le CSV
Luxembourg 11 min. 18.09.2021
Politique

Là où Claude Wiseler veut mener le CSV

Claude Wiseler : «Avec les conflits internes de ces derniers mois, nous avons aussi pratiquement fait de l'anti-propagande pour notre propre camp».
Politique

Là où Claude Wiseler veut mener le CSV

Claude Wiseler : «Avec les conflits internes de ces derniers mois, nous avons aussi pratiquement fait de l'anti-propagande pour notre propre camp».
Photo : Guy Jallay
Luxembourg 11 min. 18.09.2021
Politique

Là où Claude Wiseler veut mener le CSV

Cinq mois que Claude Wiseler a repris les rênes du parti chrétien-social, une formation désunie sur le fond des idées et tiraillée en interne. Samedi 25 septembre, le président du CSV tentera de remettre le parti en ordre de marche pour les scrutins de 2023 notamment.

(pj avec Danielle SCHUMACHER) Claude Wiseler est à la tête du CSV depuis fin avril. Un rôle qu'il n'a pas vraiment souhaité mais que l'ancien ministre (2004-2013) assume. Lui reste maintenant à sortir les chrétiens-sociaux du marasme, leur faire gagner en popularité et les positionner pour les élections de 2023. Après le temps des disputes internes, le président du principal parti d'opposition a donc un gros chantier devant lui. A une semaine du congrès extraordinaire du CSV, voilà ce qu'il entend engager. 

Après les conflits internes survenus pendant la présidence de Frank Engel, vous êtes intervenu au printemps et avez été élu à la présidence du CSV. La décision de vous présenter a-t-elle été difficile à prendre ?

Claude Wiseler : «Je suis membre du CSV depuis 1984, j'ai grandi dans ce parti. C'était donc une question de responsabilité. Et puis, de nombreux adhérents m'ont encouragé à franchir le pas. Depuis le printemps, le parti se retrouve lentement. Le fait qu'il y ait des opinions différentes est tout à fait normal dans un parti populaire comme le nôtre. Alors certes, il n'est pas toujours facile de rassembler les différentes ailes, mais ce sont précisément les différents courants qui font la force de notre formation. Elle a besoin de ces opposés.


IPO , ITV Frank Engel , CSV Nationalpräsident (noch) , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Frank Engel loin d'être le seul mis en cause
Un mois après l'annonce de la poursuite d'un volet de l'enquête contre l'ancien président du CSV pour «faux et usage de faux», l'affaire rebondit avec la publication de noms de plusieurs personnalités du parti également dans le viseur de la justice.

Cependant, vous devez vous donner des structures adéquates pour pouvoir travailler ensemble, de manière constructive. Il faut une plateforme où les différentes opinions peuvent s'exprimer. Mais ce n'est pas gagné d'avance; il faut beaucoup de temps et de travail pour maintenir la cohésion du parti. Pour que les différentes idées aboutissent à un consensus, le président du parti ne doit pas imposer son opinion à la base. Ma tâche consiste plutôt à canaliser les différents points de vue pour, au final, qu'il en ressorte quelque chose de cohérent que chacun puisse défendre.

Vous avez mis en place une équipe après votre élection. Pourquoi faites-vous appel à cet ensemble?

«Dans un grand parti comme le CSV, la politique ne peut être façonnée qu'en équipe. Il était important pour moi de trouver des personnes désireuses de contribuer à l'élaboration du projet. Une équipe vous donne de la force lorsque les choses ne vont pas comme sur des roulettes. Elle vous soutient lorsque vous faites des erreurs, ce qui peut toujours arriver. Mais il y a aussi des raisons très pratiques : je ne peux pas faire le travail tout seul, je suis tout à fait honnête à ce sujet.

Les élections législatives et communales auront lieu en 2023, et les élections européennes un an plus tard. Cela signifie que nous avons beaucoup de travail devant nous.

Pourquoi avoir instauré un double leadership dans chaque instance du CSV?

«Je suis conscient que tout le monde n'apprécie pas ce choix. Mais mon objectif est de renouveler le parti ou, plutôt, de le rajeunir. Et la meilleure façon de le faire était d'avoir des binômes à la tête des différents bureaux. Cette double direction nous donne l'occasion de former de jeunes membres du parti et de leur offrir une plateforme afin qu'ils puissent être visibles à l'extérieur et prendre des responsabilités.


Une même voix pour les deux chefs de fraction CSV
Martine Hansen et Gilles Roth dirigent désormais à deux le groupe parlementaire le plus garni à la Chambre, mais dans l'opposition. Une double direction qui s'exprime sur ses envies, ses batailles et ses failles.

Je me réjouis que notre fraction à la Chambre se soit également dotée d'une double direction. Si le congrès extraordinaire du parti, le weekend prochain, approuve la modification des statuts, notre réorganisation sera achevée.

Ce double leadership s'inscrira-t-il dans la durée? 

«La formule retenue dans les statuts nous donne beaucoup de flexibilité. Le double leadership est une possibilité à laquelle on peut recourir mais pas obligatoire. Par ailleurs, la double direction doit toujours être composée d'une femme et d'un homme. Les statuts ouverts étaient importants pour moi afin que nous puissions réagir de manière appropriée à toute situation. 

"Certaines de nos positions ne peuvent se résumer en une punchline!"
"Certaines de nos positions ne peuvent se résumer en une punchline!"
Photo : Guy Jallay

La décision de savoir comment nous nous présenterons pour les législatives de 2023 sera prise six mois avant le scrutin. Ce n'est qu'alors que nous saurons qui est le mieux placé pour diriger la liste.  

Seriez-vous prêt à mener à nouveau le CSV à ces élections?

«Je ne suis pas devenu président pour être le candidat unique. Pour le moment, cette question de tête de liste n'est pas un problème dans le parti. Nous avons convenu de prendre la décision plus tard, lorsque nous saurons ce qui est le mieux pour représenter les idées des chrétiens-sociaux.

Il est plutôt inhabituel que le parti fonctionne en équipe. Jusqu'à présent, le parti a toujours eu beaucoup de succès lorsqu'il avait un leader fort, comme Jean-Claude Juncker...

«C'est vrai mais les temps ont changé, et le CSV se retrouve dans l'opposition. La personnalité au sommet était souvent un ministre d'État. Ce sont donc des conditions différentes. 

Le CSV reste mal placé dans les sondages d'opinion. Quelles en sont les raisons, selon vous?

«Il y a plusieurs causes. Depuis un an et demi, nous vivons une situation exceptionnelle avec le covid. Les périodes de crise font toujours le jeu des gouvernements respectifs. Ceux qui exercent le pouvoir deviennent le centre d'attention et reçoivent beaucoup plus d'attention que l'opposition. Une deuxième raison est que les partis populaires, comme le CSV, ont la vie dure partout en Europe. La société, mais aussi la communication, ont changé. Un parti populaire essaie toujours de rassembler les différents courants de pensée et de proposer une solution viable pour chacun. Seulement, ce procédé est mal adapté aux nouveaux médias : certaines de nos positions ne peuvent se résumer en une punchline!

Avec les conflits internes de ces derniers mois, nous avons aussi pratiquement fait de l'anti-propagande pour notre propre camp. Les querelles ont nui au parti. Du coup, dans les derniers sondages, cela aurait pu être encore pire... Je suis persuadé que nous ferons des progrès dans les mois à venir.

La situation est également difficile en ce moment car la pandémie a rendu le contact avec la base presque impossible pendant des mois. Nous n'avons pas pu organiser de réunions pour échanger des idées avec les membres. Et c'est précisément cet échange qui a toujours fait la force du CSV. Il faut relancer l'appareil pour que la présence des élus sur le terrain soit à nouveau garantie. Le travail à la base est extrêmement important, surtout dans la perspective des élections municipales.

En parlant des municipales, la chance du CSV de ravir la capitale après plusieurs décennies de domination du DP semble se présenter. Allez-vous soutenir une candidature de Serge Wilmes, actuel premier échevin?

«Je vais avoir cette discussion avec Serge Wilmes. Quelle que soit la décision prise, je le soutiendrai du mieux que je pourrai. Mais de façon plus générale, la constitution des listes électorales pour les communales est un bon moyen de renouveler le parti.

Elisabeth Margue et Stéphanie Weydert, deux membres de votre équipe, sont dans la ligne de mire dans l'affaire dite des Frëndeskrees...

«Elles sont surtout toutes deux activement impliquées dans le parti. La justice doit maintenant décider et tant que le verdict n'est pas rendu, la présomption d'innocence s'applique. Y compris pour Frank Engel. 

Si des membres du parti ont choisi de porter ce qui leur apparaissait comme des irrégularités, ils n'ont fait que respecter la loi. C'était donc légalement la bonne décision. Bien sûr, une telle démarche est extrêmement difficile à digérer pour l'ensemble du parti.

Ce premier congrès national extraordinaire, du 25 septembre, sera l'occasion pour vous de prononcer votre premier discours en tant que président élu du CSV. Quel message adresserez-vous aux adhérents?

«L'adoption de nos nouveaux statuts constituera la première étape du renouvellement. La deuxième étape consistera en l'élaboration des idées. Il faut nous concentrer à nouveau sur ce travail politique. Nous devons trouver des alternatives. C'est pourquoi, dans mon intervention, je couvrirai les questions qui seront au premier plan pour le CSV dans les mois à venir. Comme la protection du climat et digitalisation. Les deux sujets sont intimement liés et d'une importance capitale pour les générations à venir, au Luxembourg, en Europe et dans le monde.

Au niveau national, la politique de l'éducation et la santé dominent, sans oublier la politique du logement. Sur ce thème, nous avons déjà élaboré de nombreuses propositions. Nous devrons nous concentrer encore plus sur l'éducation que nous ne l'avons fait jusqu'à présent, car de nouveaux problèmes apparaissent constamment. Dans le domaine des soins, le débat sur le changement du système de santé, qui passe d'une orientation hospitalière à une orientation plus ambulatoire, est important. C'est pourquoi j'ai demandé un débat au Parlement. La médecine moderne va changer, elle sera moins centrée sur l'hôpital. 

Au cours des 18 derniers mois, en tant que porte-parole du CSV pour la politique de santé, vous avez accompagné et, dans une certaine mesure, contribué à façonner la politique de lutte anti-covid. Comment évaluez-vous le travail du gouvernement sur ce dossier?

Il n'y a pas de réponse universelle. La lutte contre la pandémie se déroule en plusieurs phases. Au printemps 2020, le gouvernement a bien réagi et, surtout, rapidement. Nous avons donc soutenu ses choix. En automne, avec la deuxième vague, c'était complètement différent. Entre septembre et décembre, le gouvernement n'a pas réagi assez vite, pas assez bien, pas assez loin et pas assez techniquement. C'est pourquoi nous avons alors voté contre les lois covid à l'époque. Les chiffres nous ont donné raison.


18.10, Min Finances /Letzter Conseil de Gouvernement vor den Wahlen / Ankunft vor Sitzungsbeginn / Francoise Hetto-Gaasch  / Foto: Guy Jallay
La députée Françoise Hetto-Gaasch cède sa place
Dix-sept ans après son élection (et sa réélection) à la Chambre, la parlementaire CSV a choisi de quitter ses fonctions. Son siège devrait être repris par Max Hengel, actuel échevin à Wormeldange.

Fin 2020, les performances sanitaires du Luxembourg étaient nettement inférieures à celles d'autres pays européens, plus d'infections, plus de décès. C'était un désastre. Aujourd'hui, la situation a encore changé. Le système CovidCheck (que nous réclamions depuis longtemps) fonctionne très bien. C'est pourquoi nous avons également voté pour le projet de loi covid cette fois. Nous aurions fait plus ou moins la même chose, sauf dans le secteur de l'éducation.


Di Bartolomeo, le virus et la Chambre des députés
En tant que rapporteur sur les lois covid, Mars Di Bartolomeo (LSAP) a été un des acteurs politiques de cette longue séquence de crise. En tant qu'ancien ministre de la Santé, voilà son auto-diagnostic sur les actions qu'il a pu mener.

Par exemple, nous aurions aimé voir un système de contrôle covid dans les écoles, ou au moins plus de tests et d'autres systèmes de traitement de l'air en classe. Je ne peux qu'approuver le fait que l'obligation de porter un masque dans les salles de classe ait été supprimée.

Cependant, un défi demeure : le taux de vaccination n'est pas assez élevé. Des pays comme le Portugal et le Danemark font bien mieux. Je suis contre la vaccination obligatoire. Par conséquent, la persuasion doit être renforcée et la campagne de vaccination doit être mieux ciblée. Nous devons viser ces parties de la population où le taux de vaccination est encore faible et pour cela nous avons besoin de statistiques précises. Je ne crois pas que les non-vaccinés soient tous des anti-vax. La plupart des personnes qui ne veulent pas se faire vacciner ont simplement des doutes, il faut donc les convaincre.»  

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