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La nuit, le Findel change de peau
Luxembourg 12 1 5 min. 03.09.2021
Infrastructures

La nuit, le Findel change de peau

Dans quelques minutes, tout devra être en ordre : revêtement, signaux lumineux, fléchage. Comme si de rien n'était...
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La nuit, le Findel change de peau

Dans quelques minutes, tout devra être en ordre : revêtement, signaux lumineux, fléchage. Comme si de rien n'était...
Photo : Claude Piscitelli
Luxembourg 12 1 5 min. 03.09.2021
Infrastructures

La nuit, le Findel change de peau

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Depuis avril et pour de longs mois encore, chaque soir à partir de 23h, la piste d’atterrissage de l'aéroport du Luxembourg se refait une beauté. Mais attention, à 6h pile, il faut laisser un runway impeccable aux avions.

Ce soir-là, Stéphane Brondino a prévu une centaine de rotations de camions, des missions pour 250 ouvriers et techniciens et 2.500 tonnes d'enrobé à poser. Une nuit ordinaire en somme (!) pour le directeur de projet qui, pour un consortium de six entreprises, supervise la remise en état complète de la piste du Findel. Un challenge organisationnel autant que technique qui a débuté en avril dernier. Un chantier XXL qui s'achèvera en octobre. «Enfin là, on aura fait la moitié du job», sourit-il dans l'obscurité.


Lokales, Findel, Ferien-Rückkehrer, Corona-Zeiten Foto: Luxemburger Wort/Anouk Antony
Le Findel parle de moins en moins luxembourgeois
Pourquoi les annonces dans l'aéroport national sont-elles si peu diffusées dans la langue du Grand-Duché? Le député ADR, Fred Keup s'en est ému; le ministre de la Mobilité lui a répondu.

Ainsi en a décidé Lux-Airport qui exploite le site : la piste de 4 km de long pour 60 mètres de large sera refaite entièrement, sans interruption de trafic (en journée) et sur deux sessions de six mois environ. L'une en 2021 donc, l'autre en 2022. «Bien sûr que le choix le plus simple aurait été de dire ''Désolé, on ferme pour quatre mois pour cause de chantier'', mais pas sûr que les compagnies aériennes passagers ou type Cargolux auraient apprécié», reprend Tom Goris. 

Aussi, avec ses équipes, le directeur des opérations Lux-Airport a réfléchi à un plan B. «Un truc plus fun, enfin plus fou...» En résumé : chaque soir, les travaux jouent au chat et à la souris avec le trafic aérien. A 23h pile, plus un appareil ne doit atterrir ou décoller pour laisser la place aux engins de chantier. Ces derniers devant laisser place nette pour 6h tapantes.

«Ce qui veut dire qu'au petit matin, la piste est en mesure de recevoir ou d'accueillir tout type d'avion dans les meilleures conditions techniques et de sécurité qui soient, sans que personne ne s'aperçoive du travail effectué.» Le revêtement fraîchement posé doit ainsi avoir la bonne rugosité, la bonne pente d'évacuation des eaux et surtout la capacité physique de soutenir l'arrivée ou le départ de n'importe quel Boeing 747 ou Antonov AN-124. «Si l'enrobé est redescendu sous les 60°C, ça passe», indique Stéphane Brondino sous son casque Colas.

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A voir la noria de camions qui viennent déposer des tonnes et des tonnes d'enrobé avant de repartir vers les centrales Giorgetti et Karp-Kneip qui les alimentent, le ballet des compacteurs, les va-et-vient des finishers  : tout cela semble relever du miracle. «Ou plutôt d'une parfaite organisation», pointe le directeur des opérations. Chaque soir, toutes les entreprises ont ainsi un livret comprenant leur mission, leur timing et le signalement de qui travaille à côté d'elles. «Sans cela, tout le monde se gêne et perd du temps.» Le temps, ce qu'il y a de plus précieux sur cette réfection à 150 millions d'euros.


Les vols de nuit en déclin au Findel
Le ministre de la Mobilité a indiqué ce vendredi que les atterrissages et décollages nocturnes ont diminué de plus d'un tiers depuis 2017. En cause: les mesures contre les nuisances sonores.

A terme, l'aéroport luxembourgeois retrouvera donc sa piste flambant neuve, de bout en bout. Avec même des nouveaux accotements renforcés et des accès aux taxiways refaits. Le gazon aura lui aussi été changé. Il est vrai que la pelouse subit l'assaut des pelleteuses chargées de reprendre les tranchées qui accueillent tout un nouveau réseau de câbles et de tuyaux. Là encore, les chiffres volent haut :

  • 23 km de canalisations et caniveaux à installer (pour l'évacuation des eaux de pluie et des produits antigel),
  • 450 km de fils électriques à enterrer pour l'alimentation de l'éclairage,
  • 1.500 lampes led et des dizaines de panneaux lumineux guidant les pilotes à mettre en service. 

Dans sa vie, la piste (née en 1954) a déjà connu deux phases de rénovation. En 1958 puis en 1984. Depuis, l'équipement a certes fait l'objet d'une maintenance suivie par les Ponts & Chaussées et l'administration de la navigation aérienne, mais rien de cette ampleur, se plait à rappeler Tom Goris.

«Là, on gratte chacun des 240.000 m2 de piste pour tout remettre bien lisse, avec un enrobé bien serré avec la bonne pente latérale (au degré près) pour ne pas laisser l'eau être à l'origine d'aquaplaning ou de plaques de gel. En fonction de la topographie et de l'usure constatée, on va remettre ici ou là de 2 à 7 couches de revêtement pour rattraper le profil. Soit entre 30 à 66 cm d'asphalte à reprendre).» Une piste garantie 10 ans, a exigé l'exploitant.

Depuis le printemps dernier, le timing n'aura été pris en défaut qu'à quatre reprises. Et encore pour quelques minutes seulement au lever du jour. «Quand c'est comme ça, la tour demande aux pilotes de faire quelques boucles, le temps que l'on vérifie que tout soit bien en ordre. Que les balayeuses aient retiré le moindre petit caillou qui pourrait nuire à une arrivée ou départ. Qu'aucun outil, cône de signalisation, pièce métallique n'ait été oublié : la sécurité prime sur tout.» 

Si l'opération a bénéficié d'une exemption au congé collectif, cet été, le chantier Findel n'a pu échapper aux intempéries de la mi-juillet. Deux nuits off pour les équipes et un retard à rattraper. «On reste dans les temps», confirme le directeur des opérations en regardant sa montre. Il est 4h, l'heure du débriefing qui permet de savoir si le chantier ''du jour'' s'achèvera dans les temps, que les travaux commandés sont bien exécutés.

«Imaginez la joie partagée quand tout est bouclé, bien fait et que l'on peut laisser la piste libre aux avions.» Une joie à la dimension de ces travaux hors normes.

Les avions ne respectent rien, pas même la peinture fraiche...
Les avions ne respectent rien, pas même la peinture fraiche...
Photo : Claude Piscitelli


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