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«La nouvelle loi hospitalière sera un réel danger pour les patients»
Luxembourg 6 min. 30.11.2016 Cet article est archivé
Les médecins sont en colère

«La nouvelle loi hospitalière sera un réel danger pour les patients»

Les médecins n'approuvent pas du tout la nouvelle loi hospitalière qui sera mise en place au mois de janvier 2017.
Les médecins sont en colère

«La nouvelle loi hospitalière sera un réel danger pour les patients»

Les médecins n'approuvent pas du tout la nouvelle loi hospitalière qui sera mise en place au mois de janvier 2017.
Shutterstock
Luxembourg 6 min. 30.11.2016 Cet article est archivé
Les médecins sont en colère

«La nouvelle loi hospitalière sera un réel danger pour les patients»

La nouvelle loi hospitalière aura fait beaucoup parler d'elle avant même son entrée en vigueur en janvier prochain. Les médecins s'estiment lésés et appellent à débattre avec la ministre de la Santé sur ce projet.

Par Sophie Wiessler

La nouvelle loi hospitalière aura fait beaucoup parler d'elle avant même son entrée en vigueur en janvier prochain. La ministre de la Santé, Lydia Mutsch présentait son projet en septembre dernier, promettant un «hôpital au service du patient», avec la «meilleure prise en charge possible».

Mais il semblerait que les médecins ne soient pas de cet avis. L'AMMD, l'association des médecins et des médecins-dentistes de Luxembourg crie en effet haut et fort sa réticence face à ce projet qu'elle qualifie de «texte déséquilibré» et de «réel danger pour la prise en charge du patient». Deux poids, deux mesures.

Les médecins mis à l'écart

Le principal reproche des médecins à l'égard de cette loi réside dans leur «mise à l'écart». En effet, selon l'AMMD, la décision de donner les pleins pouvoirs à un seul actionnaire, qui ne sera pas «obligé de consulter les médecins» est scandaleux. «On parle clairement ici de mise sous tutelle des médecins. Mais nous avons notre mot à dire sur tout ce qui se fait à l'hôpital! Les patients viennent dans les hôpitaux pourquoi? Parce que nous y sommes. Les médecins sont indispensables», martèle vigoureusement Philippe Wilmes, chirurgien orthopédiste et traumatologue aux Hôpitaux Robert Schuman.

Accompagné de Alain Schmit, président de l'AMMD, ils multiplient les appels contre cette loi. «Toute la gestion de l'hôpital passera outre l'avis des médecins, et nous ne sommes pas d'accord. Il faut pouvoir travailler en collaboration avec cette nouvelle gouvernance que propose Lydia Mutsch».

Une mobilisation a eu lieu le 24 novembre dernier, pour marquer l'opposition des médecins à cette nouvelle loi et d'autres actions de ce genre pourraient encore se faire à l'avenir. 

Des actions qui inquiètent d'ailleurs Claude Wiseler du CSV, qui demande à Mars Di Bartolomeo de porter la prochaine réunion de la Commission de la Santé autour de cette question de «potentielle grève du corps médical».

Les médecins multiplient les démarches pour montrer leur mécontentement: comme ici, aux Hôpitaux Robert Schuman, où un rassemblement a eu lieu le 24 novembre dernier.
Les médecins multiplient les démarches pour montrer leur mécontentement: comme ici, aux Hôpitaux Robert Schuman, où un rassemblement a eu lieu le 24 novembre dernier.
Photo:Gerry Huberty

Si les médecins s'inquiètent de leur «mise sous tutelle», la ministre de la Santé elle, s'insurge de cette «fausse information» et appelle à faire la part des choses.

«Ni la liberté thérapeutique, ni le statut des médecins sont remis en cause, au contraire, ils seront maintenus! Prétendre que la liberté thérapeutique du médecin exerçant au sein d'un établissement hospitalier serait menacée par la nouvelle loi hospitalière est tout simplement faux. Le règlement général ne peut contenir de dispositions qui mettraient en cause l'autonomie professionnelle du médecin hospitalier individuel dans sa relation individuelle avec un patient. 

Il me semble néanmoins évident que les médecins doivent respecter certains standards thérapeutiques définis, les procédures de qualité, les critères d'efficience et les procédures internes du service et de l'établissement, ainsi qu'ils doivent tenir compte des décisions des réunions de concertation pluridisciplinaires. La gouvernance sera améliorée afin d'optimiser le fonctionnement des hôpitaux dans l'intérêt des patients», explique-t-elle.

Mais c'est justement cette question des «standards définis» qui fait bondir de leur siège les médecins...

Le budget, au centre des préoccupations

Car pour eux, qui dit «nouvelle gouvernance et nouveaux standards», dit aussi économies. Et pour les médecins, impossible de proposer un service optimal si l'hôpital freine des quatre fers pour gagner un peu d'argent. «Qui va définir ces standards? Si c'est l'actionnaire, il va forcément chercher le moins cher! C'est de la mauvaise foi», s'insurge Alain Schmit. 

«On parle de standards mais pour les médecins, ce n'est pas comme ça que cela fonctionne. Quand je veux mettre en place une prothèse X sur un patient, je regarde ce qui sera le mieux pour lui. Là, avec cette loi, impossible pour moi de dire ce que je veux acheter: je devrai m'en tenir aux standards déjà définis», détaille de son côté Philippe Wilmes. Ce qui, pour les médecins, pose un problème dans leur relation avec le patient.

Avec cette loi, on ne contrôle plus rien!

«Il faut le dire comme c'est: cette nouvelle loi hospitalière est un réel danger pour la prise en charge des patients», assène le médecin. Car pour eux, c'est leur responsabilité qui est en jeu. Face aux patients, ils se doivent de tout contrôler: «Nous sommes les responsables face aux patients qui attendent de nous que l'on contrôle absolument tout pour leur garantir les meilleurs soins possibles. Mais avec cette loi, on ne contrôle plus rien».

Pour Alain Schmit, la loi hospitalière à venir a un but purement économique. «Lydia Mutsch ne l'avouera jamais, mais cette loi donne un cadre au gestionnaire pour faire des économies, au détriment des patients. On nous met dans une situation désagréable».

Mais la ministre de la Santé, elle, martèle que le «patient est au centre des préoccupations de cette loi qui prévoit des adaptations du système, nécessaires depuis longue date». Un point qui semble être le seul sur lequel s'accordent les deux parties. «Vu la taille des hôpitaux, bien sûr que nous arrivons à un stade où il faut formaliser le discours, nous sommes d'accord, mais pas de cette façon», souligne Alain Schmit.

Un conflit qui ne fait que commencer

Ces médecins, qui estiment de ne pas avoir été suffisamment écoutés, se sont mobilisés pour faire entendre leurs voix auprès des partis politiques de la majorité, mais aussi auprès des autres, «sauf Dei Lenk». «Nous avons été très bien reçus. Le DP et le LSAP notamment nous ont pris très au sérieux et nous ont proposé de plancher sur des amendements pour contrer ce projet. Les médecins des hôpitaux du pays nous ont demandé de faire toutes les démarches possibles pour stopper ça», explique gravement Alain Schmit.

Lydia Mutsch: «Je tiens à souligner que les médecins et le personnel médical et soignant font un travail excellent et honorable».
Lydia Mutsch: «Je tiens à souligner que les médecins et le personnel médical et soignant font un travail excellent et honorable».
Pierre Matgé

Pour l'instant, médecins et ministre de la Santé sont en suspens en attendant l'avis du Conseil d'Etat. «Nous attendons l'avis du Conseil d'Etat. Ensuite, la Chambre des Députés va entamer son travail en bonne et due forme. Procédure qu'il convient de respecter», souligne Lydia Mutsch.

La ministre a également ajouté: «J'estime qu'il est de bonne guerre pour une association de défendre les intérêts et positions de ses membres et que l'AMMD est donc dans son rôle. Mais je tiens absolument à souligner que les médecins et le personnel médical et soignant font un travail excellent et honorable et je me félicite pour la prise en charge de haute qualité dont peuvent bénéficier les patients en milieu hospitalier au Grand-Duché. Nous souhaitons simplement faire progresser davantage la coopération entre les différents prestataires de soins en milieu hospitalier, viser l'excellence», explique-t-elle.

Pas sûr que cela amenuise les conflits, puisque les médecins se disent déjà «étouffer sous les démarches administratives» et que «cette loi va encore en rajouter une couche».  

«Lydia Mutsch est passée comme un bulldozer avec cette loi, et elle nous évite depuis 2014. Nous voulons débattre avec elle, de vive voix, avec des arguments concrets de part et d'autre», explique Philippe Wilmes. Et visiblement, les médecins ne lâcheront pas l'affaire.

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