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La mirabelle passe entre les gouttes
Luxembourg 3 min. 17.08.2020 Cet article est archivé

La mirabelle passe entre les gouttes

L'aide de sa fille Anne-Marie est la bienvenue tant les fruits sont nombreux cette année sur les mirabelliers de Jean-Claude Muller.

La mirabelle passe entre les gouttes

L'aide de sa fille Anne-Marie est la bienvenue tant les fruits sont nombreux cette année sur les mirabelliers de Jean-Claude Muller.
Photo : Gerry Huberty
Luxembourg 3 min. 17.08.2020 Cet article est archivé

La mirabelle passe entre les gouttes

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Elle a échappé aux gelées d'avril, a bien supporté la sécheresse et s'est gorgée de sucre sous le soleil. Ne reste plus au «fruit d'or» qu'à résister aux averses annoncées, pour clore la saison en beauté.

Depuis une bonne semaine maintenant, Batty Kapgen n'a d'yeux que pour ses mirabelliers. Il faut dire que 2020 s'annonce comme une «très bonne année», commente le producteur. Et même le coup de chaleur de ces dernières semaines a été profitable à la récolte en cours : «C'est simple, le soleil a permis aux fruits d'augmenter leur teneur en sucre». Et cela est aussi bon pour la part de mirabelles qui sera destinée à la distillation que celle qui sera commercialisée sur les marchés ou dans les rayons des grandes surfaces. 

Clairement, ceux qui réservent leurs mirabelles pour en faire de l'alcool devraient enregistrer d'excellents rendements. Quant aux consommateurs, ils trouveront une prune bien jaune, piquée de rouge, et «au goût fantastique». Et la quetsche du Luxembourg devrait disposer des mêmes qualités après avoir traversé cet été particulièrement propice. On verra cela mi-septembre. Mais pour l'heure, Batty Kapgen se concentre sur ses mirabelliers, soit tout de même près de 1.600 arbres à délaisser de leur production.

A Contern, Jean-Claude Müller est lui aussi aux anges. Ses 250 mirabelliers ont aussi les branches bien chargées. Et les points jaunes se multiplient, «un peu trop presque». Car l'abondance de fruits est également à surveiller par les producteurs comme celui de l'exploitation Haff Muller-Lemmer. «Plus il y a de mirabelles parfois et moins elles sont grosses. Il faut donc trouver le juste milieu.» Mais, à analyser quantité et qualité, lui aussi sait que 2020 s'annonce comme «une récolte exceptionnelle au goût énorme».

Pourtant, en avril il l'avoue, Jean-Claude Müller a tremblé. Les dernières gelées auraient pu être fatales à la petite prune dorée. «Les coups de froid l'ont finalement épargnée. Mais cela n'a pas été le cas pour certaines espèces de cerises dont la fleur venait d'éclore et qui n'ont pas résisté.» Comme quoi le destin des fruits à noyau peut varier d'une semaine à l'autre.


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A scruter le ciel, le producteur de Contern fronce un peu les sourcils. Que la pluie arrive n'est certes pas pour lui déplaire, mais il ne faudrait pas que les averses soient trop fortes. "L'eau est bonne pour que les fruits puissent gonfler. Mais trop d'eau ou avec des gouttes trop grosses peut faire éclater la peau des prunes, et ça pourrait remettre en cause une partie de la production. Autrement dit, mieux vaudrait que cette période chaude et sèche se conclue par des ondées plutôt que des orages... 

Selon le ministère de l'Agriculture, environ 23 hectares de surfaces agricoles sont actuellement consacrées à la production de prunes en tous genres. Et si aucune statistique n'évalue les quantités exactes de mirabelles produites chaque année, une certitude s'impose : même pour une essence végétale rustique, «il s’agit d’une culture techniquement assez exigeante pour obtenir les qualités exigées pour des fruits de table». Pour la famille des fruits à noyau (prunes et cerises confondues), la saison 2019 aura vu les professionnels luxembourgeois récolter 165 tonnes.

Et pour l'avenir de la Mirabelle de Nancy au Grand-Duché (95% de la production nationale), les horticulteurs experts de l'Administration des Services Techniques de l’Agriculture (ASTA), mettent en garde : «A l'avenir, le risque de gel tardif devrait augmenter avec le changement climatique. Celui-ci engendre en effet des débuts de la phase de végétation (et donc de floraison) plus précoces», à des dates où dans nos régions le thermomètre peut encore descendre sous le 0°C. 

Alors autant profiter maintenant d'une récolte abondante. Et il faut le faire toujours en saison, recommande le ministère de l'Agriculture. «En effet, comme pour tous les fruits à noyau, les possibilités de conservation des fruits frais est limitée, à l’opposé des fruits à pépins comme les pommes ou les poires.» Sachant que ce qui est vrai pour la mirabelle luxembourgeoise l'est tout autant pour sa grande concurrente venue de Lorraine. A elle seule, la région voisine produit en moyenne 15.000 tonnes. Soit 95% de la production mondiale!

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