Changer d'édition

La médecine du travail peine à trouver des candidats
Luxembourg 3 min. 14.02.2022 Cet article est archivé
Santé

La médecine du travail peine à trouver des candidats

15 médecins manquent actuellement au Service de santé au travail multisectoriel selon Nicole Majery, chargée de direction du service.
Santé

La médecine du travail peine à trouver des candidats

15 médecins manquent actuellement au Service de santé au travail multisectoriel selon Nicole Majery, chargée de direction du service.
photo: Shutterstock
Luxembourg 3 min. 14.02.2022 Cet article est archivé
Santé

La médecine du travail peine à trouver des candidats

Thomas BERTHOL
Thomas BERTHOL
La situation devient critique pour la médecine du travail, qui manque de professionnels. Les représentants demandent que les décideurs politiques et l'Université agissent rapidement.

L'Association Luxembourgeoise de Santé au travail (ALSAT) tire la sonnette d'alarme face à la pénurie de médecins du travail ce lundi. «Un problème au niveau européen, mais aussi de plus en plus au Luxembourg», souligne le  président de l'ALSAT Marc Jacoby. Il déplore que le Grand-Duché ne recense qu'un médecin du travail pour 5.000 salariés, alors que le ratio européen est de  un pour 3.500 employés. 


Le bien-être des travailleurs se dégrade
La pandémie qui perdure affecte la santé mentale des travailleurs, selon le «Quality of Work Index 2021». L'étude montre aussi que le home office a peu d'influence sur la qualité du travail.

Marc Jacoby indique que près d'une centaine de médecins du travail exercent au Luxembourg, dont la majorité est inscrite en tant que membre de l'association. Selon lui, la pénurie de ces professionnels de santé s'explique par une mauvaise promotion du métier: «Quand j'ai fait mes études, j'avais plus d'informations relatives à la sécurité du travail. Je ne pouvais pas m'imaginer ce qu'il pouvait y avoir encore d'autre derrière. Je voyais ce qu'était un accident du travail ou une maladie professionnelle. Mais ça se limitait à cela. Les médecins en voie de spécialisation ont souvent une vision assez monotone du métier».

Une profession «multifacette»

Un métier qui est pourtant bien plus riche et diversifié qu'il n'en a l'air, tient à souligner Marc Jacoby, lui-même médecin du travail chez ArcelorMittal. Il rappelle que ce métier ne se limite pas uniquement aux examens d'embauche, mais qu'il a aussi un rôle important dans la prévention des risques psychosociaux au travail: «Nous formons par exemple des managers pour qu'ils aient un management plus humain qui génère moins de stress et valorise davantage les collaborateurs, mais qui permet aussi de faire gagner en performance.» 


Des horaires «à la carte», le pari de DG Group
Organiser sa vie professionnelle en fonction de sa vie privée, c'est le pari osé de David Gavroy, PDG de DG Group. Ses employés ont désormais des horaires de travail libres, une petite révolution.

Nicole Majery, vice-présidente à l'ALSAT et chargée de direction au Service de santé au travail multisectoriel (STM) met aussi en avant une profession «multifacette»: «Ce métier est un volet important pour les entreprises, il va de l'adaptation au travail au conseil. Nous sommes les interlocuteurs et conseillers des employeurs et des salariés.»

Pour gérer la pénurie actuelle des médecins du travail, le président de l'ALSAT souhaiterait que ces professionnels puissent davantage se concentrer sur les aspects pour lesquels ils peuvent apporter une plus-value. Et donc de déléguer une partie de leur travail à des infirmiers: «Dans le cas d'un suivi routinier comme pour l'audiométrie par exemple, il n'est pas nécessaire que le médecin s'en charge à chaque fois, sauf en cas de dégradation.» 

Une situation très critique

Les représentants de l'association estiment qu'il est urgent de mettre en place une formation spécifique à l'Université du Luxembourg pour les futurs médecins du travail. Ce sera un moyen de promouvoir «l'attractivité de cette spécialisation», considère Marc Jacoby. Alors que ce projet est déjà dans les cartons depuis 2016, il souhaite une accélération dans ce dossier: «Il est vraiment temps que les décideurs politiques et l'Université prennent une décision. Ça fait maintenant déjà plus de cinq ans qu'on en parle. Tout est prêt pour le faire maintenant, il faut passer à l'action. Si on laisse les choses en suspens, on n'aura pas l'outil qui nous permet de répondre à la pénurie en question». 

Marc Jacoby, président de l'ALSAT
Marc Jacoby, président de l'ALSAT
Photo: privé

La situation est d'ailleurs devenue encore plus critique. Les étudiants en formation de spécialisation en Belgique ne sont plus autorisés à faire leur stage au Luxembourg. Ils constituaient pourtant un «vivier» important pour les services de santé au travail luxembourgeois dans lequel il était possible de puiser et ce vivier s'est encore restreint, déplore Marc Jacoby. 

Pour Nicole Majery, il faut également réagir rapidement: «A l'heure actuelle, il y a 15 médecins manquants au STM et dans cinq ans, le service aura encore besoin de 25 médecins». La vice-présidente de l'ALSAT estime que la mise en place d'une formation au Luxembourg augmentera les chances pour avoir plus de professionnels du secteur au Grand-Duché. Mais pour exercer au Luxembourg, la maîtrise de plusieurs langues est inévitable. Marc Jacoby juge qu'il faut voir cet aspect linguistique «davantage comme un challenge qu'une barrière». Selon lui, la formation devrait donc se faire en deux langues, comme en Suisse.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Démotivation, fatigue, envie de changements professionnels : la crise covid se traduit chez les salariés par de nombreuses remises en question. Après la houle virale, l'économie luxembourgeoise doit-elle craindre une vague de départs?
ILLUSTRATION - Zum Themendienst-Bericht vom 12. November 2020: Alles gleichgültig: Haben Mitarbeiter innerlich gekündigt, braucht es oft ein klärendes Gespräch mit der Führungskraft, um den Ursachen auf die Spur zu kommen. Foto: Klaus-Dietmar Gabbert/dpa-tmn - Honorarfrei nur für Bezieher des dpa-Themendienstes +++ dpa-Themendienst +++
Face à l'évolution en nombre et en âge de la population, le Luxembourg peine à recruter ou à former suffisamment de professionnels. Aussi le ministère envisage-t-il une nouvelle politique à mener afin de rendre plus attirantes les professions en manque de personnels.
Aortenaneurysma OP lokale Betäubung, Foto Lex Kleren
De la prévention des accidents et des maladies professionnelles jusqu'au reclassement des salariés, le médecin du travail joue un rôle crucial dans l'entreprise. Ou plutôt, il devrait jouer ce rôle.
Testez-vous dans cet article
Dans le secteur financier, un tiers des salariés présente un risque de "faire un burn-out". Le syndrome d'épuisement professionnel peut survenir là où on ne s'y attend pas et concerne plusieurs professions au Luxembourg. Cet article vous propose de vous tester, de voir quelles sont vos pratiques au travail mais également de découvrir des moyens qui sont offerts au Luxembourg pour se rétablir après un burn-out.