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La médecine du travail à bout de souffle
Luxembourg 1 3 min. 26.04.2021

La médecine du travail à bout de souffle

Pour Nora Back, présidente de la Chambre des salariés, "il est désolant de constater qu'un pays comme le Luxembourg ne tient pas ses engagements en matière de protection de la santé de celles et ceux qui en assurent la prospérité".

La médecine du travail à bout de souffle

Pour Nora Back, présidente de la Chambre des salariés, "il est désolant de constater qu'un pays comme le Luxembourg ne tient pas ses engagements en matière de protection de la santé de celles et ceux qui en assurent la prospérité".
Photo Archives : Lex Kleren
Luxembourg 1 3 min. 26.04.2021

La médecine du travail à bout de souffle

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Alors qu'elle lance une campagne de sensibilisation sur la santé au travail, la Chambre des salariés appuie aussi là où ça fait mal : le manque cruel de moyens pour prévenir le risque de maladie professionnelle au Grand-Duché.

Le Luxembourg souffre... et pas seulement du covid. Le problème serait même plus profond puisqu'il impacterait chaque employé du pays. Ainsi, année après année, la Chambre des salariés (CSL) constate une dégradation du ressenti des personnels par rapport à leur travail. Pire, les maux s'accumulent : 35% des travailleurs se plaignent de douleurs au dos, 21% aux articulations, les cas de burn-out se multiplient. Et cela sans oublier ces cancers d'origine professionnelle dont la réalité commence à pointer. «Mais chez nous, on fait quoi?» 


WI,Vorstellung Pressekonferenz Quality of Work Index.Nora Back, Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
«La troisième vague de la pandémie sera mentale»
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En posant la question, la présidente de la CSL connaît déjà la réponse. Bien trop peu. Certes les textes sont là pour protéger d'exposer la santé des employés aux risques, mais dans les faits les écrits pèsent peu. Et Nora Back de souligner : «D'après la réglementation, le pays devrait disposer d'un médecin du travail pour 5.000 salariés. Dans la réalité, la moyenne tournerait plutôt à un 1/7.000.» Loin du compte donc. A cela, outre la résistance possible de certains employeurs, à s'impliquer d'avantage dans la prévention santé, la Chambre pointe aussi un manque de moyens.

Des années que la cotisation entrepreneuriale moyenne aux services de santé au travail n'a pas évolué : de l'ordre de 0,10%. «Insuffisant», commente la présidente qui, depuis des années, n'a de cesse de rappeler à ses partenaires sociaux qu'il faut miser plus pour ce service. «On estime qu'un euro investi dans la prévention des risques professionnels rapporte entre 2,5 à 4,8€.» Autrement dit : ce que la santé au travail gagne, c'est collectivement que le pays y gagne. Moins d'arrêts maladies, moins de frais de santé (chimio, kiné etc), un état d'esprit plus positif des salariés et donc de la société. 

Mais visiblement, le message ne passe pas. Ni côté patronat, ni côté gouvernement. Aussi à l'approche de la Journée mondiale de la santé au travail (28 avril), la Chambre insiste sur ses revendications : comme la prévention accrue autour des troubles musculo-squelettiques notamment, une médecine du travail disposant de moyens (financiers et humains) pour réaliser plus de contrôles, plus d'analyses de poste, plus de recommandations. 


Les effets pervers de la communication digitale
L'usage des différents outils numériques au cours du confinement aura eu des effets néfastes sur les personnes en télétravail lors du confinement, relève mardi une étude du Liser. En cause notamment, une utilisation «trop intense» et trop «impersonnelle».

Au-delà, il serait aussi bon d'embaucher d'autres professionnels de santé pour entourer cette mission. Des recrues pluridisciplinaires pour prendre en charge toute l'étendue des métiers et donc des risques : ergonomes, toxicologues, psychologues...

Certes du côté de l'Inspection du Travail voilà déjà quelques années qu'un (net) effort a été entrepris. Les inspecteurs sont de plus en plus nombreux et les visites de terrain plus fréquentes. Mais il est encore largement possible de muscler la prévention des risques. «D'autant plus vite que la crise covid et le basculement vers le télétravail ont fait apparaître de nouveaux problèmes comme l'intensification du travail, l'isolement, la difficulté de séparer vie privée/emploi mais aussi les conditions même de la pratique du home-office qui peuvent ne pas être optimales pour le corps ou l'esprit de l'employé», liste David Büchel, conseiller à la Chambre des salariés.

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.

Tout comme, pour la Chambre, il serait temps de réviser la liste des maladies professionnelles reconnues au Grand-Duché. Le monde de l'emploi, les facteurs de risque changent mais pas forcément les adaptations liées à la santé. 

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