«La Lorraine a besoin du moteur luxembourgeois»
«La Lorraine a besoin du moteur luxembourgeois»
Après avoir occupé pendant cinq ans la présidence du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, Mathieu Klein occupe depuis début juillet le fauteuil de maire de Nancy. A 44 ans, l'élu socialiste ambitionne de créer une nouvelle relation stratégique au sein du sillon lorrain vouée à s'arrimer plus efficacement au Grand-Duché. Explications.
Parmi les idées que vous avez défendues pendant votre campagne figurait l'idée d'un train rapide reliant directement Nancy au Luxembourg et à son aéroport. Cette idée est-elle réaliste et réalisable d'ici 2026 et la fin de votre mandat?
Mathieu Klein - «Ce qui est réaliste, c'est de lancer le projet. Discuter d'abord avec nos voisins luxembourgeois et puis aussi avec les maires des villes et territoires concernés, puisque l'idée de ce 'sillon lorrain express', c'est d'offrir aux travailleurs frontaliers lorrains un moyen de déplacement supplémentaire. Et à l'inverse de permettre à la Lorraine d'être encore mieux connectée au Grand-Duché, à un aéroport international et à une métropole monde qui est pourvoyeuse de développement pour elle-même mais aussi pour l'ensemble de son territoire métropolitain auquel appartient Nancy.
Pourtant, à l'heure actuelle, Nancy se trouve à la marge de cette dynamique, contrairement à Metz ou Thionville...
«Je ne pense pas que Nancy soit à la marge, parce que le développement du travail frontalier qui va se poursuivre se trouve renforcé par les évolutions que nous connaissons sur le télétravail. Je ne parle pas ici seulement des évolutions dans la législation luxembourgeoise, mais d'une manière plus générale car la crise sanitaire actuelle n'est pas terminée. Et cela induit de nouveaux comportements qui, selon moi, survivront à cet épisode. Tout cela plaide pour se projeter dans une situation où le travail frontalier n'est pas uniquement une problématique nord lorraine. Sans compter qu'il y a, de mon point de vue, un enjeu pour le Grand-Duché à se développer hors les murs avec une prise de conscience plus importante que le développement du pays doit se faire en parallèle du développement de ses voisins.
Pour revenir sur votre idée de train express, l'un des problèmes tient dans la circulation importante de trains de marchandises sur l'axe Metz-Luxembourg. Comment contourner cette difficulté?
«J'ai bien conscience que le réseau ferré sur le sillon lorrain est très sollicité et que la priorité, notamment avec le centre multimodal de Bettembourg, est mise sur la circulation de marchandises. C'est pourquoi j'estime que le développement de cette plateforme doit s'imaginer au niveau régional et pas seulement dans une perspective luxembourgeoise. Pour mettre en place cette liaison renforcée, toutes les hypothèses et tous les scénarios peuvent être analysés. Que ce soit un 'sillon lorrain express', un RER ou même un monorail. Je constate que tout le monde réfléchit aujourd'hui à l'amélioration des transports et du lien entre la Lorraine et le Luxembourg. Ce qui pose en réalité la question d'un espace de dialogue adapté à des décisions conjointes sur un même bassin de mobilité. Et c'est ce qui fait clairement défaut aujourd'hui.
Vous plaidez d'ailleurs pour la création d'un délégué interministériel chargé de la relation avec le Luxembourg, avec pour idée de cesser d'avoir une multitude d'interlocuteurs face au gouvernement luxembourgeois. Pourquoi seulement avec le Grand-Duché?
Parce que je pense qu'il faut distinguer justement ce qui relève de la relation entre les États et la gouvernance territoriale. Ce délégué permettrait de mieux traiter l'ensemble des questions qui sont en jeu entre les deux États, notamment financières, afin de mettre réellement en place un réel dialogue intergouvernemental. Et donc en finir avec la situation actuelle, qui ne fonctionne pas selon moi, à savoir le binôme entre président de région et préfet de région. Il nous faut donc un vrai interlocuteur et une vraie organisation pour permettre de mettre sur pied un espace organisé capable de se donner des objectifs stratégiques et de les mettre en oeuvre.
Pour vous, la solution serait l'élargissement de la mission de l'EPA Alzette-Belval à une véritable bande frontalière. Avec quelle efficacité escomptée au final ?
«Le fait que l'État français ait décidé d'une opération d'intérêt national sur le secteur Alzette prouve que ce projet est jugé d'importance, même si effectivement je considère que son périmètre est trop restreint. C'est la raison pour laquelle j'estime que cet EPA pourrait épouser les contours du pôle métropolitain frontalier pour apporter un accélérateur économique en complément du travail d'aménagement mené, notamment autour des enjeux de logement et d'urbanisme. Car le but n'est pas de créer des cités dortoirs, mais aussi de développer l'accueil d'entreprises et d'activités économiques, notamment en lien avec l'économie circulaire.
Cette volonté de coopération n'arrive-t-elle pas trop tard, alors que le modèle luxembourgeois va être contraint de se transformer?
«Il n'est jamais trop tard, d'autant plus que ce modèle doit être transformé, vers une économie qui va s'appuyer sur des ressources plus locales, tournée vers la transition écologique et s'intéresser aux industries du futur. Mais en attendant, l'économie luxembourgeoise a besoin de travailleurs frontaliers et de résidents étrangers. Et la Lorraine a besoin de ce moteur luxembourgeois. Pour moi, c'est le moment ou jamais de montrer que ce modèle européen est parfaitement capable de se réinventer.
Quelle position adoptez-vous en ce qui concerne les aspects financiers et fiscaux au sein de cet ensemble en devenir?
«Je souhaite que nous faisions en sorte que le débat sur la rétrocession fiscale n'atteigne pas les acteurs locaux. C'est un débat entre les deux gouvernements qui doit aboutir à un juste échange. Les acteurs locaux, eux, doivent travailler dans une logique de codéveloppement et non dans celle d'investissements de quelques projets d'aménagement routiers ou d'infrastructures. Je parle ici d'investissements dans des projets structurants qui auront été définis ensemble.
Quels pourraient être ces projets et à quel horizon pourraient-ils voir le jour?
Je ne peux pas vous dire si cela pourrait se réaliser d'ici 2030, 2040 ou 2050, mais l'idée d'un 'sillon lorrain express' a du sens. On pourrait aussi s'imaginer une coopération autour du photovoltaïque de nouvelle génération, secteur où une entreprise lorraine est leader européen. Si nous travaillons ensemble, nous pourrions faire de la Grande Région le leader européen des énergies renouvelables car nous cochons toutes les cases, que ce soit en termes de ressources, de recherche et développement ou d'attractivité internationale.
Pour y parvenir, il faudra collaborer avec le nouveau maire de Metz, qui n'est pas le candidat que vous avez soutenu...
Nous échangeons avec François Grosdidier, même s'il a le souci légitime de développer Metz. Dans tous les cas, nous partageons l'idée que la Lorraine ne devait pas disparaître du paysage administratif puisque si la création de la région Grand Est a presque abouti à ce résultat, elle n'a pas mis fin à la Lorraine culturelle. C'est pourquoi la colonne vertébrale que constitue le sillon lorrain doit plus que jamais être renforcée au service d'un projet utile à tout ce territoire. Il faut donc que Metz et Nancy travaillent ensemble pour bâtir cette nouvelle relation stratégique. Et cela constitue clairement une priorité de ce mandat.»
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