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La langue française, la mal-aimée du système scolaire luxembourgeois
La langue de Molière est-elle la mal-aimée du système éducatif luxembourgeois?

La langue française, la mal-aimée du système scolaire luxembourgeois

Photo: Shutterstock
La langue de Molière est-elle la mal-aimée du système éducatif luxembourgeois?
Luxembourg 4 min. 07.03.2014

La langue française, la mal-aimée du système scolaire luxembourgeois

Boudée par les élèves, la langue française tend à devenir la mal-aimée du système éducatif luxembourgeois. Marc Barthelemy, premier conseiller de gouvernement du ministère de l'Education nationale, explique les raisons de ce phénomène à wort.lu/fr.
  • La langue de Molière est-elle la mal-aimée du système éducatif luxembourgeois?

Pour Marc Barthelemy, premier conseiller de gouvernement du ministère de l'Education nationale et président du Conseil permanent de la langue luxembourgeoise, le constat est simple: "Le français n'est aimé ni par les écoliers ni par les lycéens. Je dirais même qu'ils le détestent... Et pour cause! La manière dont cette langue est enseignée dans notre système éducatif n'incite pas à l'aimer, au contraire!"

Une langue normée tue-t-elle le plaisir de la langue?

Les écoliers de l'école fondamentale font gentillement connaissance avec la langue française en 2e année de primaire pour l'aborder plus franchement dès la 3e année. Pour Marc Barthelemy, l'apprentissage trop normé de la langue se fait au détriment du plaisir des élèves:

"Dès la 3e année, l'enseignement du Français se fait de manière très formalisée et ce sont davantage les règles grammaticales et orthographiques, des listes de vocables et de verbes irréguliers du français qu'on apprend aux enfants. Tout ça devient alors rébarbatif pour nombre d'élèves qui décrochent... Or quel plaisir peut-on avoir à apprendre une langue qui n'est qu'un amas de normes?"

Tout au long de leur scolarité de primaire, les élèves auront l'allemand comme langue d'enseignement alors que le français sera appris comme langue étrangère.  A partir de la 3e / 4e année de lycée classique, la langue d'enseignement change et devient alors le français: "Cela pose de graves problèmes à beaucoup d'élèves" commente-t-il, " car ils doivent à partir de ce moment pratiquer le français tout le temps et dans tous les cours!" 

"Même les francophones n'aiment pas le français"

L'école fondamentale jongle avec les langues et permet aux enfants de découvrir très vite d'autres univers linguistiques. Au Luxembourg, 2/3 des élèves scolarisés dans le public n'ont pas pour langue maternelle la langue luxembourgeoise.

Pour 1/3 d'entre eux, c'est le Portugais qui est la langue prédominante, près de 15% s'expriment en français, 10 % sont originaires d'Ex-Yougoslavie et les 20% restant s'expriment encore dans d'autres langues.

L'objectif du préscolaire est donc d'apprendre le Luxembourgeois aux tout-petits et l'alphabétisation en langue allemande a pour but d'y ajouter une langue "proche de la langue luxembourgeoise".

"L'alphabétisation en allemand semble pertinente dans la mesure où les deux langues sont tout de même très proches", poursuit le président du conseil permanent de la langue luxembourgeoise, "Cependant, apprendre le luxembourgeois et l'allemand, ce n'est vraiment pas la même chose et complique sérieusement les choses pour les élèves provenant d'autres univers linguistiques".

"Les choses vont même plus loin", poursuit-il, " notre enseignement du français est tel dans notre système qu'il dégoûte même nos élèves francophones de leur langue maternelle... Même eux n'aiment pas étudier en français!"

Une double alphabétisation?

L'idée d'une double alphabétisation en langue allemande et en langue française serait-elle dès lors envisageable?

L'école francophone de Walferdange, qui vient de fermer ses portes en juillet dernier, a dû mettre au placard tous les projets allant dans ce sens et présentés depuis 2010 à Mady Delvaux-Stehres.

"C'était une décision politique dans le cadre de notre système scolaire actuel", déclare le premier conseiller de gouvernement du ministère de l'Education nationale, "Peut-être qu'après les élections, la donne sera différente et que le sujet sera à nouveau d'actualité."

Le système scolaire luxembourgeois, qui tire sa renommée de sa richesse linguistique, fait des langues étrangères au luxembourgeois, un critère de sélection. Et alors que l'allemand se trouve être la langue d'alphabétisation, c'est le français qui demeure la langue de sélection:

"Le Français est la langue qui cause le plus d'échecs dans notre système scolaire car il y a une tradition au Luxembourg qu'il est difficile d'éradiquer", poursuit Marc Barthelemy, " Le succès d'un élève est mesuré au nombre de fautes qu'il commet... en français et dans une moindre mesure en allemand!"

Virginie Orlandi


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