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La justice française pour exemple
Luxembourg 4 min. 03.07.2022
Avant le procès des attentats de Bruxelles

La justice française pour exemple

L'aéroport de Bruxelles avait été la cible d'un attentat le 22 mars 2016.
Avant le procès des attentats de Bruxelles

La justice française pour exemple

L'aéroport de Bruxelles avait été la cible d'un attentat le 22 mars 2016.
Photo : AFP
Luxembourg 4 min. 03.07.2022
Avant le procès des attentats de Bruxelles

La justice française pour exemple

Le procès des attentats de Paris est salué en Belgique où il tient lieu de référence pour celui qui s’ouvrira en octobre à Bruxelles

De notre correspondant MAX Helleff (Bruxelles) - Tous les journaux francophones belges ont consacré leur une au verdict du procès des attentats de Paris, seul De Morgen lui donnant une importance semblable côté flamand. Sous le titre «L'Etat de droit», Le Soir insiste sur la qualité de la justice rendue dix mois durant. «La France sort la tête haute de ce procès que l'on disait ‘hors normes’. Elle n'a pas cherché à rendre une justice exemplaire. Elle s'est évertuée à rendre avec exemplarité une justice ordinaire », commente le quotidien.


Xavier Nogueras (L), lawyer of defendaNT Mohammed Amri, and Johnathan De Taye, lawyer of defendant  Ali El Haddad Asufi,  speak  to the press at the Palais de Justice courthouse in Paris on June 29, 2022, after of the verdict in the trial of the November 13, 2015, Paris terror attacks. - Salah Abdeslam, the sole surviving member of the terror cell that massacred 130 people in the French capital, was handed a life sentence on June 29 for his role in the November 2015 jihadist attacks on Paris, as a French court convicted all 20 accused in the vast trial. The defendants, six of them tried in absentia, were given jail terms ranging from two years to a full-life sentence with little chance of parole. One hundred and thirty people were killed on the night of November 13, 2015, when a team of Islamic State group jihadists laid siege to the French capital, attacking bars and the Bataclan concert hall, and the Stade de France national sports stadium in Saint-Denis. (Photo by Geoffroy Van der Hasselt / AFP)
Salah Abdeslam condamné à la prison à vie
Le procès des attentats du 13-Novembre a pris fin hier soir. Salah Abdeslam, seul membre encore en vie de commandos qui ont fait 130 morts, a été condamné à la perpétuité incompressible, ce qu'avaient requis les avocats généraux.

Mais ce satisfecit cache mal l'appréhension qui va grandissant, au fur et à mesure qu'approche le moment où sera organisé dans la capitale le procès des attentats du 22 mars 2016 qui ont fait 32 morts à Brussels Airport et à la station de métro Maelbeek. Dès le 13 octobre prochain, dix accusés auront à rendre compte de leurs implications dans ces tueries, dont à nouveau Salah Abdeslam et Mohamed Abrini («l’homme au chapeau»).

Trop loin, trop mal adapté

Ce procès génère son lot de questions. En raison du nombre de parties civiles qui atteint les 600 personnes, il a fallu le déplacer du monumental – mais trop étroit – palais de justice de Bruxelles vers les anciens locaux de l’Otan situés à Haren (nord-est de Bruxelles) et devenus le « Justicia ». C'est loin de tout, captif des embouteillages, desservi par un parking lointain et non adapté à l’exercice de la justice, résume La Libre Belgique qui s’attarde sur l’exiguïté des box des accusés.

Mais la principale difficulté qu'aura à surmonter le procès de Bruxelles réside dans le recours au jury populaire, là où la justice française a misé sur un jury de magistrats professionnels. Le risque est de ne pas trouver suffisamment de titulaires et de suppléants pour tenir les 9 ou 10 mois que durera ce procès. Les citoyens qui ont été convoqués seraient déjà nombreux à avoir demandé à être révoqués, pour de multiples raisons.


Anti terrorism Police escort a  mail bomb suspect, not named by police, to a public prosecutor's  office in Athens on Tuesday Nov. 2, 2010. Eight embassies in Athens were the intended targets of mail bomb attacks Monday and Tuesday. French President Nicholas Sarkozy was also targeted with a package that was intercepted.  (AP Photo/Petros Giannakouris)
L’antiterrorisme belge étrillé à Paris
Le procès des attentats du 13 novembre 2015 vaut aux enquêteurs une nouvelle volée de critiques après avoir été entendus depuis Bruxelles.

Magistrats, jurés et avocats : tous semblent attendre le procès de Bruxelles avec angoisse. Le très médiatique Sven Mary explique qu’il ne défendra pas à Bruxelles Salah Abdeslam tout en se disant «un fervent supporter du système français». Il ajoute qu'un «juge professionnel pourrait juger cela de façon nettement plus sereine qu’un juge non professionnel». Stanislas Eskenazi, le conseil de Mohamed Abrini, l'autre «tête d’affiche» du futur procès bruxellois, explique que «l'organisation du procès à Paris a été vraiment exceptionnelle (…) Alors évidemment, après une telle expérience, j’ai des craintes pour la tenue du procès à Bruxelles».

La sécurité des lieux est un autre objet de préoccupation. Elle sera en théorie maximale face à la menace terroriste, avec le risque de ralentir l’organisation quotidienne des débats.

Il faut toutefois rappeler qu'en 2018, la justice belge avait condamné sans faillir un Salah Abdeslam turbulent à 20 ans de prison. Il répondait alors de tentative d’assassinat lors de la fusillade de la rue du Dries à Forest, laquelle avait précédé de trois jours son arrestation définitive à Molenbeek. En 2019, c'est le Français Mehdi Nemmouche qui avait été condamné par les assises de Bruxelles à la réclusion criminelle à perpétuité. Nemmouche avait commis quatre «assassinats terroristes» le 24 mai 2014 au musée juif, en plein centre de la capitale. Les parties civiles étaient, il est vrai, bien moins nombreuses.

Le procès du « Petit Paris »

Comme s’il s’agissait d’une répétition, le tribunal correctionnel de Bruxelles a rendu jeudi son jugement dans le procès dit du «Petit Paris» (ou « Paris bis ») lors duquel comparaissaient les petites mains des terroristes du 13-Novembre. Un «menu fretin», des «petites frappes» dont n’avaient pas voulu les assises parisiennes. Quatorze personnes étaient dans le box des accusés.

Une peine de trois ans de prison avec sursis a été prononcée contre Abid Aberkane qui avait hébergé Salah Abdeslam au domicile de sa mère en mars 2016, à Molenbeek. Flanqué de son complice Sofien Ayari, Abdeslam avait demandé à Aberkane de lui fournir une planque, sans savoir que le domicile de ce dernier était surveillé de près.

Abdoullah Courkzine, impliqué dans l’exfiltration d’Abdelhamid Abaaoud à Saint-Denis près de Paris au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, prend 30 mois avec sursis.


Des mesures de sécurité exceptionnelles avaient déjà été prises lors du premier procès de Salah Abdeslam, en
Ouverture du « procès bis » des attentats parisiens
Les quatorze prévenus jugés à Bruxelles ont aidé à des degrés divers les terroristes, mais n’ont pas été retenus par la procédure française

Des peines réduites ont par ailleurs été prononcées. Quatre autres prévenus ont été acquittés, un a écopé d’une peine de travail, et trois ont bénéficié d’une suspension du prononcé de leur condamnation. Deux autres accusés, présumés morts au djihad et jugés par défaut, n’ont pas reçu de peine complémentaire à ce procès. Ils avaient déjà été condamnés au préalable pour terrorisme.

Ici aussi, la qualité du jugement a été saluée. Les juges – professionnels en correctionnelle - sont restés dans la nuance, refusant de céder au caractère émotionnel du dossier.

Une question demeure : qui assurera au terme du procès de Bruxelles la détention de Salah Abdeslam ? Une réponse consiste à dire qu'il passera les 30 prochaines années de prison au frais du contribuable français, avant de purger ses autres peines en Belgique.

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