Changer d'édition

La jeunesse peine à se loger au Luxembourg
Luxembourg 1 6 min. 09.06.2017 Cet article est archivé
Immobilier

La jeunesse peine à se loger au Luxembourg

Immobilier

La jeunesse peine à se loger au Luxembourg

Luxembourg 1 6 min. 09.06.2017 Cet article est archivé
Immobilier

La jeunesse peine à se loger au Luxembourg

Si les loyers du Luxembourg augmentent, les salaires continuent à stagner. Un constat particulièrement dur pour les jeunes fraîchement diplômés qui peinent souvent à trouver un logement à portée de portefeuille. Tour d'horizon de l'immobilier au Luxembourg.

Par Jean Vayssières

Si les loyers du Luxembourg augmentent, les salaires continuent à stagner. Un constat particulièrement dur pour les jeunes fraîchement diplômés qui peinent souvent à trouver un logement à portée de portefeuille. Tour d'horizon de l'immobilier au Luxembourg.

Les loyers sont trop chers

Se loger au Luxembourg lorsqu'on est un jeune travailleur n'est pas une mince affaire. Entre 2015 et 2016, le prix moyen des logements au Luxembourg a augmenté de 5,6%.

Mardi 9 mai, un débat avait lieu sous le dôme des rotondes, mettant les jeunes en contact avec des représentants politiques et communaux. L'occasion pour eux de poser leurs questions. 

Les étudiants, qui bénéficient d'aides et de logements à bas prix, sont moins concernés: "L'université du Luxembourg propose 1.300 logements universitaires pour 6.000 étudiants, ce qui est un bon taux. Ils ne sont même pas tous occupés", explique Laurent Heyder, vice-président de l'Association des Cercles d’Étudiants Luxembourgeois (ACEL). En revanche, les jeunes travailleurs ont moins d'options et se retrouvent plus facilement démunis.  

"Les jeunes prêts à se lancer dans la vie veulent un logement abordable. C'est difficile de se débrouiller avec le salaire minimum, et on ne décroche pas facilement un CDI", confirme Georges Andrade, chargé de direction à la Wunnengshëllef.

Si certaines aides financières existent, il semble que la plupart des gens ne connaissant même pas leur existence. "Il faut les promouvoir et les demander", poursuit Laurent Heyder. "Certaines associations étudiantes pourraient en faire la promotion. Le gouvernement doit le mettre en place, mais les démarches sont très longues".

Le gouvernement, c'est Marc Hansen, ministre du Logement, qui rappelle au passage que le service Info'Logement a pour but de répondre aux questions des futurs locataires. Mais pour Daniel Dario, le problème est ailleurs: "La demande est beaucoup plus grande que les structures existantes", rétorque le représentant de l'Entente des Gestionnaires des Maisons de Jeunes. "Si l’État et les communes ne soutiennent pas les jeunes, personne ne peut le faire".  

"Il faut construire là où il y a de la place, et construire de manière condensée. Près des infrastructures et de la verdure", pour Pitt Sietzen, membre du bureau exécutif de la Conférence Générale de la Jeunesse du Luxembourg (CGJL).

Un retard historique à rattraper

Le ministre annonce avoir déjà conclu un arrangement avec ArcelorMittal, qui cède ses anciennes friches à la construction. "Un terrain occupé par ArcelorMittal, je sais pas si j'y planterais mes salades!" s'inquiète-t-on dans le public, mais Marc Hansen est formel, "des tests ont été effectués avant les projets, et pour toute construction, les critères sont très stricts."

A Wiltz, un projet de quartier de 1.000 habitations est en gestation, tandis que Dudelange se prépare également pour de grands travaux. Mais, tout comme Rome ne s'est pas faite en un jour, "on ne peut pas tout faire du jour au lendemain, cela va prendre un certain temps. On observe au Luxembourg un décalage historique entre la demande et l'offre. Il faut le rattraper, et c'est ce que l'on fait".

La colocation, solution miracle?

"Une de mes amies travaille dans une école privée. Impossible pour elle de trouver un logement, même en tant qu'enseignante, alors elle a choisi la colocation" raconte Laurent Heyder. Logique: plus un loyer est divisé, plus il est plus facile à payer.

Mais l'aspect légal de cette pratique demeure bancal. "La colocation est toujours considérée comme un ménage, ce qui peut créer des soucis si l'un des colocataires perd son emploi par exemple. Il faut discuter d'un nouveau cadre légal pour la colocation."

"Les prix sont moins chers dans le nord, c'est un problème de mentalités" s'insurge un spectateur. "Tout le monde veut habiter dans la capitale !" argumente-t-il, avant d'avancer que certaines communes du nord proposent des logements à moindre coût, en plus de n'être qu'à 35 minutes de train de Luxembourg-Ville.

Entre 2015 et 2016, le prix moyen des logements au Luxembourg a augmenté de 5,6%.
Entre 2015 et 2016, le prix moyen des logements au Luxembourg a augmenté de 5,6%.
Photo: Chris Karaba

Christine Schweich, bourgmestre de Mondercange, propose en effet aux jeunes des logements à prix attractifs. Selon elle, "si toutes les communes s'y mettent, notamment celles qui sont plus grosses que Mondercange, on peut sortir de cette situation. J'encourage les communes à construire".

Emménager à la campagne, serais-ce là la solution miracle ? Laurent Heyder porte un regard pessimiste sur cette alternative. "C'est bien souvent à Luxembourg-Ville que l'on trouve du travail. C'est également là bas que les loyers sont les plus chers. Surtout, on manque vraiment de transports publics pour se déplacer de la campagne à la capitale."

Comment faire pour mieux bâtir?

Aux Rotondes, les questions brûlaient les lèvres de plusieurs spectateurs. "Pourquoi ne pas agrandir les périmètres de construction ?". Réponse du ministre: ils servent à protéger les espaces verts naturels.

Cependant, un nouveau type de contrat, en discussion depuis mars, aura bientôt pour but d'inciter les propriétaires à faire naître de nouveaux logements sur ces fameux périmètres.

"Je vois des gratte-ciel partout dans les grandes capitales, sauf au Luxembourg. Construisez en hauteur !". Selon les dires du ministre, le gouvernement réfléchit déjà à cette piste, en zones urbaines particulièrement. "On peut le faire à Luxembourg-Ville, d'ailleurs des projets de ce genre sont déjà en cours, à Gasperich par exemple". 

Il existe cependant un risque à la construction de masse en hauteur. Marc Hansen cite le mauvais exemple des tristes HLM français, cruellement privés d'espace et de verdure. A l'avenir, "on pourra construire en hauteur sans tout bétonner non plus".

Les logements vides sous-exploités demeurent un souci pour Daniel Dario, pour qui "il est du devoir des bourgmestres d'encourager leur location".

La réforme fiscale de janvier 2017 s'en occupe déjà. Les propriétaires prêts à mettre leur logement vide sur le marché via l'Agence Immobilière Sociale reçoivent ainsi un abattement fiscal en contrepartie. Certes, ce n'est "pas une solution miracle, mais c'est intéressant."

En 2016 était lancé le programme national "Baulücken", qui a pour but de déterminer et promouvoir les terrains constructibles non-utilisés de chaque commune.

"On doit tous apporter notre pierre à l'édifice"

"Je ne viens pas ici ce soir pour vous promettre que d'ici 2 ans, les prix auront diminué. Le problème du logement, nous n'arriverons pas à le résoudre en 2 ou 4 ans. Mais on doit tous apporter notre pierre à l'édifice, et travailler tous ensemble". Tel est le message du ministre du logement aux élus et aux jeunes luxembourgeois.

Selon lui, de tels projets nécessitent de tenir compte des réflexions des uns et des autres, et on ne peut entreprendre de si grands travaux en faisant fi des avis contraires.

Pragmatique, mais pas pessimiste pour autant, Hansen se remémore. "Quand j'ai pris mes fonctions, le budget du logement était de 150 millions. Maintenant, il s'élève à 250 millions. C'est déjà une évolution positive !"

Le service Info'Logement se trouve au 11, rue de Hollerich, et est joignable au 247-84860. 


 


Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Le Luxembourg disposerait de 3.750 hectares de réserve foncière disponible pour des opérations d'habitat. De quoi possiblement assurer un toit pour 300.000 habitants. Sauf que libérer ces terrains s'avère bien compliqué.
ILLUSTRATION - Zum Themendienst-Bericht von Katja Fischer vom 14. Oktober 2021: Ein Haus braucht ein Grundstück, auf dem es gebaut werden kann. Nicht jedes Grundstück ist aber automatisch Bauland. Foto: Christin Klose/dpa-tmn - Honorarfrei nur für Bezieher des dpa-Themendienstes +++ dpa-Themendienst +++
Evoqué depuis 2008, le projet baptisé «Logement Porte de France» qui doit être composé de quatre bâtiments hauts de 39 mètres et accueillir notamment quelque 120 logements étudiants ne sortira pas de terre dans un avenir proche. La faute, officiellement, à de nombreux «remaniements».
Vue générale de la terrasse des hauts fourneaux en juin 2021.
Cohabitation intergénérationnelle à Beggen
Faire cohabiter personnes âgées et étudiants: voilà le nouveau projet lancé par Caritas Luxembourg. Aujourd’hui a eu lieu le premier coup de pelle officiel marquant le début des travaux.