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«La fiscalité, le chômage et les retraites préoccupent le plus les frontaliers»
Luxembourg 4 min. 31.01.2019

«La fiscalité, le chômage et les retraites préoccupent le plus les frontaliers»

«La fiscalité, le chômage et les retraites préoccupent le plus les frontaliers»

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Luxembourg 4 min. 31.01.2019

«La fiscalité, le chômage et les retraites préoccupent le plus les frontaliers»

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Ils sont de plus en plus nombreux à franchir la frontière chaque jour; mais parfois, certains frontaliers se retrouvent confrontés à des problèmes administratifs sans fin. Pour les aider, une association baptisée "Frontaliers Grand Est" a vu le jour il y a 25 ans.

Les frontaliers sont, chaque année, de plus en plus nombreux à traverser la frontière pour travailler au Luxembourg. Avec un nombre de travailleurs français ayant dépassé le seuil des 100.000 personnes fin 2018, nombreuses sont les questions juridiques, sociales ou fiscales auxquelles les administrations de chaque côté de la frontière doivent répondre.


Le cap des 100.000 frontaliers français est franchi
Le STATEC a annoncé ce lundi une hausse de l'emploi salarié. Les travailleurs frontaliers sont désormais 192.121 dont 100.299 Français.

Depuis 1994, la région lorraine a mis en place un service encore trop méconnu, qui se charge d'apporter des réponses concrètes à ces travailleurs particuliers: l'association Frontaliers Grand Est. Initialement au service des institutions et entreprises, cette association s'ouvre désormais aux demandes du public, qui se font ressentir.

«A l'origine, c'est un produit de la région qui visait à aider les nombreux Lorrains qui s'orientaient vers le Luxembourg. Nous étions là pour aiguiller majoritairement les entreprises et les institutions sur les questions fiscales ou de droit du travail par exemple», explique Nadia Slila, chargée de communication au sein de cette association.

«Mais personne ne s'attendait à un tel engouement, un tel attrait du Luxembourg dans notre région. Nous existons depuis 25 ans maintenant et les questions et demandes ont atteint un niveau jamais égalé auparavant», poursuit-elle.

Vulgariser l'information des frontaliers

La petite équipe composée de cinq personnes se charge de vulgariser le mieux possible le jargon administratif, à travers des guides, des flyers et un site internet entièrement consacrés aux problèmes récurrents des frontaliers. «Nous traitons surtout des questions liées au droit du travail, à la fiscalité ou à la protection sociale», explique Julien Dauer, juriste-chargé de projet à "Frontaliers Grand Est".

Chaque année, l'association réalise ce type de brochures pour répondre aux problématiques des frontaliers, ou futurs frontaliers.
Chaque année, l'association réalise ce type de brochures pour répondre aux problématiques des frontaliers, ou futurs frontaliers.
Photo: Sophie Wiessler

Ancien frontalier français, il sait combien ces travailleurs peuvent être perdus, tiraillés entre deux pays au fonctionnement administratif différent. «Souvent, les institutions des deux pays se renvoient la balle lorsqu'il y a un problème. C'est là que notre association a son importance, pour apporter une information claire et exacte qui puisse aider ces travailleurs».

Leur travail est similaire à celui de la Maison du Luxembourg, à Thionville; avec un «niveau expert », tempère Julien. «La Maison du Luxembourg vous apportera une information généraliste; nous, nous personnalisons les réponses. C'est du cas par cas: vous nous envoyez vos questions et nos spécialistes répondent à votre problématique personnelle», appuie-t-il.

Salariés, demandeurs d'emplois, entreprises ou encore étudiants, l'association souhaite répondre à tous les types de publics. «On se calque sur leurs demandes. L'an dernier, c'était beaucoup sur la réforme fiscale par exemple donc nous avons tenté de simplifier la chose et de répondre à toutes les demandes», souligne Nadia Slila.

Mais l'association aborde également des thèmes plus divers, comme le télétravail, l'apprentissage des langues, les droits des stagiaires, etc.

Une population frontalière qui vieillit

La demande d'information augmente toujours plus: le site des "Frontaliers Grand Est" a ainsi attiré pas moins de 230.000 visiteurs l'an passé, avec plus de 27.000 brochures diffusées. «On ne s'arrête plus! La demande est vraiment croissante, urgente. Les frontaliers ne savent pas vers qui se tourner s'ils sont en difficulté», explique Nadia.

Près de 80% des demandes envoyées à l'association proviennent de frontaliers du Luxembourg; mais l'équipe est aussi là pour aiguiller les frontaliers belges, allemands et depuis peu, suisses. «La situation évolue au Grand-Duché et se complexifie un peu plus: les frontaliers vieillissent et s'intéressent maintenant davantage à des thèmes comme la retraite, après plusieurs années passées à travailler au Luxembourg».

Les retraites font d'ailleurs partie des thèmes qui préoccupent le plus les frontaliers, selon l'association. «Trois thèmes reviennent fréquemment: la fiscalité, l'indemnisation du chômage et les retraites. Comment toucher mon argent? Au bout de combien de temps de travail? Beaucoup de légendes urbaines sur le Luxembourg continuent de circuler encore aujourd'hui: à nous de les expliquer», détaille Nadia Slila.

De plus en plus de cas de burn-out ou de harcèlement au Luxembourg

Mais ces dernières années, d'autres thèmes sont également apparus dans les cas traités par l'association: les harcèlements, le burn-out ou encore le handicap au travail.

«Nous avons ce genre de cas de plus en plus fréquemment. L'association joue aussi un rôle social: ces frontaliers n'arrivent à joindre personne et ils sont contents quand nous, nous répondons à leurs problèmes. Bien sûr, nous n'avons qu'un but informatif, nous ne sommes pas là pour intenter des actions en justice ou ce genre de choses, mais le simple fait d'informer peut déjà beaucoup aider», explique Julien Dauer.

Basée à Metz et financée par la région Grand Est et la Commission européenne, l'association Frontaliers Grand Est a ainsi pour ambition d'aborder tous les sujets qui facilitent la vie des frontaliers, de ceux qui l’ont été ou de ceux qui veulent le devenir.

«L’information juridique, mais également la vie quotidienne, la santé, la reconnaissance des diplômes… Finalement, faciliter la mobilité de ceux qui vivent l’Europe au quotidien», explique Edouard Jacque, conseiller régional et président de l'association.

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