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La file se rallonge dans les restaurants sociaux
Luxembourg 6 3 min. 28.11.2019

La file se rallonge dans les restaurants sociaux

La file se rallonge dans les restaurants sociaux

Photo: Julian Pierrot
Luxembourg 6 3 min. 28.11.2019

La file se rallonge dans les restaurants sociaux

Maurice FICK
Maurice FICK
Plus de 105.000 résidents vivent sous le seuil de pauvreté au Luxembourg et le nombre de personnes en situation de détresse augmente. Un fait que la Stëmm vun der Strooss constate clairement dans ses deux restaurants sociaux à Luxembourg et Esch. Et l'année n'est pas finie.

L'«Action hiver» doit éviter que des sans-abri ne dorment dehors par grand froid au Luxembourg et ne soient victimes d'hypothermie. Juste avant qu'elle ne démarre dimanche 1er décembre pour quatre mois, Corinne Cahen, ministre de la Famille et de l'Intégration (DP), présentera ce vendredi après-midi un nouveau foyer de nuit tout près de l'aéroport du Findel. 

Si l'action humanitaire coordonnée par la ministre fait normalement baisser la fréquentation des restaurants sociaux de la Stëmm vun der Strooss durant l'hiver, il n'en était rien début 2019. «On a servi 50 repas de plus par jour en janvier», avait calculé le chef du restaurant social de Hollerich. Un signe prémonitoire après une année 2018 marquée par la progression des inégalités au Luxembourg et la révélation par le Statec, mi-octobre, que «dix pourcents de la population touche moins de 979 euros par mois».  

L'année n'est pas terminée et déjà tout indique que les tristes chiffres records de l'an passé de la Stëmm seront dépassés fin 2019. Durant les onze premiers mois de l'année, le nombre de passages dans les deux restaurants sociaux à Luxembourg-Hollerich et à Esch-sur-Alzette a grimpé de 8% ! Près de 60.000 sans-abri, personnes défavorisées, toxicomanes mais aussi travailleurs pauvres sont venus déjeuner à la Stëmm, contre 55.500, il y a un an. 

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En ville, rue de la Fonderie, l'afflux est manifeste: +10% de fréquentation déjà sur l'année 2019 en comparaison à 2018. «Au mois d'octobre par exemple, nous avons distribué 1.252 repas de plus qu'en septembre et avons été contraints à plusieurs reprises de fermer nos portes», rapporte Alexandra Oxacelay, directrice de la Stëmm vun der Strooss.  «C'est arrivé à quatre reprises en octobre et une fois en novembre», confirme Arnaud Watelet, directeur administratif et financier. 

Le service se fait en continu de 11h30 à 16h30 mais, comme dans les autres restaurants, «la majorité des clients viennent entre midi et 14 heures. C'est à ce moment-là qu'il nous arrive de devoir fermer les portes du restaurant social à Hollerich», explique la directrice. Pour des raisons de sécurité, les locaux ne peuvent accueillir plus de 160 personnes au même moment. Lorsqu'il y a trop de monde au portillon, un service de sécurité contient les personnes qui attendent de pouvoir prendre un repas chaud.

«On ne peut plus aller au-delà»  

De 64.996 repas servis en 2015, la Stëmm est passée à 107.918 repas servis l'an passé et en affichait déjà 93.466 au 28 novembre. Ce qui représente en chiffres absolus, une moyenne de 362 repas servis par jour par la Stëmm. Contre 359 sur la même période en l'année record 2018.

«En termes de production de repas, on a atteint une limite à Hollerich, on ne peut plus aller au-delà», assure Arnaud Watelet. Si la Stëmm arrive à faire face à l'arrivée massive de personnes dans le besoin, c'est grâce à «l'engagement extraordinaire de nos 45 salariés et de nos bénévoles réguliers mais aussi au soutien de l'Etat», glisse la directrice. 

«Sans l'apport du ministère de la Santé, la Stëmm ne pourrait pas accomplir 20% de sa mission», rajoute le responsable financier. De 4,41 millions d'euros en 2018, l'enveloppe est passée à 4,58 millions d'euros en 2019. Elle n'était encore que de 3,62 millions d'euros en 2015.

Quant aux raisons qui pourraient expliquer cette hausse de fréquentation des restos du cœur luxembourgeois, «il n'y en a pas, à part que la pauvreté augmente», glisse Alexandra Oxacelay. Elle rajoute: «Tous les jours, nous avons de nouveaux arrivants.» Reste que l'impact des prix galopants du logement pousse dans la misère les ménages les plus fragiles comme l'a montré une récente étude du Statec.


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Stëmm vun der Strooss, Les restaurants sociaux de la Stëmm (Foto: Alain Piron)