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«La détresse financière française existe au Luxembourg»
Luxembourg 7 min. 10.07.2018

«La détresse financière française existe au Luxembourg»

Le consulat de France pourrait bien disparaître prochainement suite aux coupes budgétaires du gouvernement Macron.

«La détresse financière française existe au Luxembourg»

Le consulat de France pourrait bien disparaître prochainement suite aux coupes budgétaires du gouvernement Macron.
LW
Luxembourg 7 min. 10.07.2018

«La détresse financière française existe au Luxembourg»

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Bourses scolaires, représentativité des Français sur le territoire luxembourgeois, enseignement français à l'étranger et disparition du consulat: les coupes budgétaires du gouvernement Macron s'annoncent nombreuses et inquiètent les conseillers consulaires.

Le vendredi 13 juillet sur la place Guillaume II à Luxembourg-Ville, un bal populaire est organisé par les conseillers consulaires pour célébrer la fête nationale française. Un évènement qui a lieu tous les ans depuis quatre ans et qui montre bien les liens serrés qui existent entre l'Hexagone et le Luxembourg.

La régularité de l'évènement montre également le renforcement de ces liens depuis que le Luxembourg a cinq conseillers consulaires. En 2014, ils ont été élus au suffrage universel pour une période de six ans et ont un rôle actif et de terrain en faveur des expatriés français très nombreux sur le territoire de la capitale puisqu'ils représentent la première communauté étrangère en ville.

Cependant, depuis l'élection d'Emmanuel Macron, les conseillers consulaires sont dans l'incertitude. Les coupes budgétaires annoncées par le Président de la République française se concrétisent et l'idée que le couperet tombe sur certains postes de dépenses fait déjà mal.

Les conseillers consulaires en danger?

Une des rumeurs qui hantent les couloirs des grandes institutions françaises est de revenir sur la loi de 2013 concernant la représentativité des Français de l'étranger et de revoir à la baisse la présence des conseillers consulaires dans les pays. Au Luxembourg, en 2014, ils sont passés à cinq alors qu'avant, il n'y avait qu'une seule personne mais cela pourrait ne pas durer.

Monique Dejeans vit au Luxembourg depuis 1968, elle est conseiller consulaire depuis 2014.
Monique Dejeans vit au Luxembourg depuis 1968, elle est conseiller consulaire depuis 2014.
Pierre Matgé

"A cinq nous avons plus de temps à consacrer à nos concitoyens", explique Monique Dejeans, conseiller consulaire, "Un retour en arrière se ferait au détriment des plus démunis, de ceux qui ont besoin de nous pour les guider vers l'administration luxembourgeoise ou française. Actuellement, nous sommes 443 à occuper ce poste dans le monde",  "Au Luxembourg, nous sommes cinq élus d'horizons politiques différents et nous pouvons faire un vrai travail de terrain et être proches des gens. Mais il est question de faire certaines économies et de réduire cette présence à l'étranger... Pour l'instant, ce ne sont que des rumeurs et nous sommes dans l'incertitude".

D'après les derniers chiffres disponibles, la communauté française est la plus nombreuse à Luxembourg-Ville et elle est celle qui demande le plus la nationalité luxembourgeoise. Au 31 décembre 2017, 1.050 Français vivant dans la capitale l'ont acquise et 385 l'ont demandée et sont en attente de l'obtenir. De plus en plus d'expatriés venus en mission au Luxembourg pour quelques années, font le choix de rester et de devenir luxembourgeois.

"On a l'impression que le gouvernement ne prend pas en considération les Français de l'étranger et encore moins les binationaux qui sont de plus en plus nombreux au Luxembourg", poursuit la conseillère consulaire, "Il faut bien reconnaître que ces gens-là sont aussi français et qu'ils ne peuvent pas compter que sur le Luxembourg aussi bien en matière d'éducation que d'acquis sociaux".

Education: le budget de l'AEFE amputé

Autre coupe budgétaire concernant les expatriés français: le budget annuel de l'AEFE (Agence pour l'Enseignement français à l'étranger, ndlr) qui fond de 33 millions. Un manque à gagner qui a entraîné la suppression de 500 postes d'enseignants titulaires à travers le monde. Le Luxembourg n'est pas concerné par cette économie puisque le campus francophone et l'école Sainte-Sophie, bien qu'homologués, ne perçoivent pas de fonds de l'AEFE et se financent eux-mêmes.

Cependant pour Monique Dejeans, ce n'est pas un signal encourageant qui est donné aux expatriés.

"Pour nous, cela correspond à un manque de considération pour les Français de l'étranger de la part du gouvernement actuel qui cherche à faire des économies sur le dos des enfants", assène-t-elle, "D'un côté on veut promouvoir la francophonie et de l'autre, on fait des coupes budgétaires sur l'enseignement..."

Rappelons qu'en mars dernier, lors de la journée de la Francophonie, Emmanuel Macron parlait de hisser le français au troisième rang des langues les plus parlées au monde. Et pour " consolider et dynamiser le réseau", il était question de doubler le nombre d'élèves  scolarisés dans les établissements français. Actuellement, ils sont au nombre de 492 répartis dans 137 pays et accueillent 350.000 élèves.

Ce qui est inquiétant, c'est la question des bourses scolaires qui sont allouées aux élèves au Luxembourg. Avec l'augmentation substantielle que connaît le campus francophone de Vauban, elles vont être nécessaires pour de nombreuses familles. Nous recevons de plus en plus de demandes de bourses de la part de parents dans des situations financières terribles".

Il s'agit de dossiers de familles monoparentales pour la plupart et vivant parfois avec 800 euros par mois. L'Etat luxembourgeois aide ces familles mais certaines passent entre les mailles du filet comme l'explique Monique Dejeans: "On a eu l'exemple d'une famille dont le père a quitté le Luxembourg laissant sa femme et ses enfants mais ne donnant aucune pension alimentaire. L'Etat luxembourgeois n'a rien pu donner puisqu'ils étaient encore mariés. Il y a aussi le cas de familles qui sont là depuis longtemps et qui ne peuvent pas retourner en France à cause de la honte ou faute d'argent... Les Français du Luxembourg, ce ne sont pas que des banquiers ou des gens qui vont bien".

La société de bienfaisance française et les conseillers consulaires sont là pour aider ces familles mais là aussi, il est question de couper le budget de la réserve parlementaire qui s'élevait à trois millions par an et qui vient d'être transformée en STAFE (Dispositif de soutien au tissu associatif des Français à l’étranger, ndlr) avec un budget de deux millions par an.

"Chaque sénateur, député et parlementaire des Français de l'étranger a à sa disposition une somme afin de soutenir financièrement les associations françaises présentes dans le pays d'accueil", reprend-elle, "mais cette réserve parlementaire vient d'être annulée par le gouvernement actuel et remplacé par le STAFE. Cela a été annoncé lors de la visite d'Emmanuel Macron lors de l'assemblée des Français de l'étranger en octobre 2017. Puis, Jean-Baptiste Lemoine qui est le secrétaire d'Etat chargé de la francophonie et des Français étrangers, vient de le confirmer. La grande inconnue étant de savoir si cela concerne déjà le budget de 2018 ou celui de 2019, auquel cas, il n'y aurait pas de subvention de l'Etat pour 2018", poursuit Monique Dejeans.

La grande spécialité de cette conseiller consulaire est devenue les Curriculum Vitae, la recherche d'emploi et une assistance pour les papiers administratifs afin que tout un chacun ait une couverture sociale.

"Nous sommes cinq et nous ne manquons pas de travail. Imaginer que nous pourrions être moins nombreux après 2020, nous inquiète beaucoup car notre action sur le terrain est primordiale pour venir en aide aux familles et aux enfants francophones obligés de rester dans les établissements privés à cause des langues. Ces familles sont coincées et je peux vous dire que la détresse financière française existe au Luxembourg".

Dernière préoccupation des conseillers consulaires: les consulats français à travers le monde.

"Encore une fois pour des raisons budgétaires, il est prévu d'en supprimer quelques-uns. Oui, mais lesquels? La crainte monte au Luxembourg aussi, car la frontière française n'est pas loin et les bureaux d'état civil des villes proches pourraient éventuellement s'occuper des quelque 50.000 français résidant au Luxembourg. Cela serait une grossière erreur, faite au détriment des Français du Luxembourg. Comment vont faire les personnes âgées? Et qui organiserait des élections françaises qui est un droit pour les Français de l'étranger?", conclut-elle.

Aucune réponse à toutes ces préoccupations pour l'instant, mais les conseillers consulaires craignent le pire

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