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La déconstruction réinvente le secteur du bâtiment
Luxembourg 8 4 min. 19.03.2019 Cet article est archivé

La déconstruction réinvente le secteur du bâtiment

Dans chacune de ces bennes sur le chantier Jean Monnet 1, des matériaux différents, prêts à être livrés au recycleur

La déconstruction réinvente le secteur du bâtiment

Dans chacune de ces bennes sur le chantier Jean Monnet 1, des matériaux différents, prêts à être livrés au recycleur
Chris Karaba
Luxembourg 8 4 min. 19.03.2019 Cet article est archivé

La déconstruction réinvente le secteur du bâtiment

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Alors que les décharges débordent et que les coûts de traitement des déchets explosent, le «cradle-to-cradle», concept à la fois écologique et économique, révolutionne durablement les méthodes des professionnels.

Avez-vous déjà entendu parler du C2C? Venu tout droit des Etats-Unis, le concept «cradle-to-cradle» ou «déconstruction sélective», consiste à puiser dans d'anciennes constructions les matériaux utiles pour en bâtir de nouvelles. Un tri sélectif à grande échelle qui transforme les chantiers de démolition en réserve de matériaux pour l'économie circulaire. 

Cette façon de fonctionner révolutionne un secteur en surchauffe alors que les 10 décharges du pays se remplissent en un temps record. C'est le cas de celle de Strassen, qui avait dû fermer ses portes en 2015, après seulement deux ans d'exploitation au lieu des sept prévus initialement.

Conséquence: le Luxembourg a bien du mal à se débarrasser des 7 millions de tonnes de déchets inertes qu'il produit chaque année et qui nécessitent 346.000 allers-retours en camion, selon les chiffres du gouvernement.

Un potentiel de création d'emploi

Christina Ehlert et Caroline Lacroix, ingénieures au LIST
Christina Ehlert et Caroline Lacroix, ingénieures au LIST
Photo: Guy Jallay

Dans ce contexte, la «déconstruction sélective» présente le double avantage de préserver l'environnement, avec des matériaux réutilisés et plus importés, et d'éviter des surcoûts liés au traitement des déchets aux entreprises.

S'ajoute à cela un important «potentiel en matière de création d'emploi et d'innovation», observe Carole Lacroix, ingénieure au département Environnement, Recherche et Innovation du Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST).

Au contact du terrain, elle a été mandatée par le ministère de l'Environnement pour accompagner les professionnels du secteur dans cette transition, car se lancer dans le C2C ne se fait pas au hasard. 

On ne fera pas marche arrière. Ce n'est plus acceptable de jeter

Il faut répertorier l'ensemble des matériaux  réutilisables et trouver, en amont, ce qu'on va pouvoir en faire. Pour se familiariser avec cette méthode, le LIST a créé un guide: «C'est un mode d'emploi pour créer, étape par étape, un inventaire des matériaux présents dans un édifice à démolir et trouver des solutions pour leur réemploi ou leur revalorisation», précise Christina Ehlert, ingénieure et chef de projet.

Jean-Marie Becker, dirigeant de Xardel Démolition
Jean-Marie Becker, dirigeant de Xardel Démolition
Photo: Chris Karaba

Une démarche qui demande du temps, mais qui permet aussi d'éviter une suspension de chantier, en cas de mauvaise surprise comme la découverte de substances toxiques, et qui réduit du même coup le budget alloué à la mise en décharge. 

Quant aux moyens, les professionnels sont prêts à les déployer, comme le confirme Jean-Marie Becker, à la tête de Xardel Démolition: «C'est sûr que le C2C demande un réel investissement de la part des équipes pour livrer au recycleur un produit de qualité. Mais on ne fera pas marche arrière. Ce n'est plus acceptable de jeter», confie le spécialiste, en charge du démantèlement du bâtiment Jean-Monnet 1 au Kirchberg dont l'achèvement est prévu pour la fin de cette année.

Le Luxembourg à la traîne

Sur ce chantier par exemple, des milliers de m3 de laine de verre sont disponibles. Un matériau qui se recyclerait facilement, encore faut-il disposer d'une usine à proximité. C'est là la limite du système: les efforts de tri sont vains quand les filières de valorisation manquent.

Et en la matière, le Luxembourg a pris un certain retard, contrairement aux Pays-Bas, en pointe dans le domaine. Des volumes à traiter plus importants leur ont permis de développer rapidement des filières de réemploi, sans oublier une politique environnementale volontariste. Cet écart, le gouvernement espère le combler grâce aux nouvelles normes en vigueur et à sa volonté de privilégier le C2C dans les travaux publics, comme le laisse entendre l'accord de coalition pour 2018-2023.

Le Fonds Kirchberg précurseur

L'Etat a déjà réorienté son approche via l'établissement public qu'est le Fonds Kirchberg. En effet, la stratégie d'urbanisation des 365 hectares du plateau est désormais établie selon les principes du C2C, que ce soit pour la construction d'un hôtel qui sortira bientôt de terre au Grünewald ou pour les futurs quartiers résidentiels JFK Sud et Kiem.

Et ce n'est qu'un début puisque les ambitions du Fonds Kirchberg vont bien plus loin. «Notre but est de créer une base de données mise à jour en permanence, qui nous indique les matériaux utilisés dans chacun de nos bâtiments et dont nous pouvons disposer pour d'autres», détaille Véronique Bous, architecte en charge de la conception et de la planification.

«Désassembler facilement et faire évoluer les bâtiments comme on veut, c'est ça l'avenir», conclut-elle.


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