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L'avortement constitue un «événement traumatique»
Luxembourg 3 min. 21.09.2022
Droit à l'IVG

L'avortement constitue un «événement traumatique»

En 2021, le Planning familial comptabilise 516 avortements auprès de ses structures.
Droit à l'IVG

L'avortement constitue un «événement traumatique»

En 2021, le Planning familial comptabilise 516 avortements auprès de ses structures.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 3 min. 21.09.2022
Droit à l'IVG

L'avortement constitue un «événement traumatique»

Anne-Sophie DE NANTEUIL
Anne-Sophie DE NANTEUIL
Les Hongroises doivent désormais écouter le cœur du fœtus avant de pouvoir avorter. Un durcissement de la loi alors que l'interruption volontaire de grossesse constitue en elle-même une expérience traumatisante, rappelle l'association Vie Féminine.

La formulation est elliptique, mais laisse peu de place à l'ambiguïté. Depuis le 15 septembre, en Hongrie, les «fonctions vitales» du fœtus doivent être présentées «de manière clairement identifiable» aux femmes souhaitant avorter, relaie Courrier international. En d'autres termes, les Hongroises souhaitant interrompre une grossesse sont désormais contraintes d'écouter le rythme cardiaque du fœtus. Sans quoi l’IVG ne peut être effectuée.

Un «événement traumatique»

Si le ministre de l'Intérieur hongrois, Sandor Pinter, se réjouit de cette décision, Amnesty International parle d'un «recul inquiétant». Pour l'ONG, cette décision rend «plus ardu l'accès à l'avortement» et «traumatisera davantage de femmes déjà en situation difficile», a déclaré à l'AFP le porte-parole Aron Demeter en début de semaine.     


Luxembourg's Prime Minister Xavier Bettel makes a statement as he arrives for the EU-Western Balkans leaders' meeting in Brussels on June 23, 2022. - The European Union, which at a summit on June 23 and 24, 2022, will discuss whether to make Ukraine a membership candidate, has admitted over 15 countries in the past three decades. (Photo by JOHN THYS / AFP)
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Car l'avortement «est souvent vécu comme un événement traumatique avec une grande culpabilité», rappelle Sarah Pintus, animatrice au sein de l'association Vie Féminine à Arlon, à la frontière belge. «Il n'y a personne qui va se faire avorter de gaité de cœur», s'exclame-t-elle avant de rappeler qu'il s'agit là d'une intervention médicale «pas marrante». 

Légal depuis 2014 au Luxembourg

Encore aujourd'hui, l'avortement reste «l'une des seules choses où la victime est considérée comme coupable», déplore l'intervenante au sein de l'association qui lutte pour le droit des femmes. Une situation finalement «très proche du viol», déplore Sarah Pintus. «Quand il y a un raté, la responsabilité revient toujours sur la femme», regrette-t-elle ainsi, soulignant dans le même temps une «charge de la contraception».   

Au Luxembourg, si elles sont quelque 23.500 femmes à disposer d'un contraceptif, les grossesses non désirées restent malgré tout une possibilité. «Parfois, ce sont des femmes qui ont pris la pilule, mais qui ont été malades», détaille-t-elle. «Dans ce cas, la pilule est ingérée, mais ressort sans avoir fait effet», explique-t-elle encore avant d'ajouter qu'il suffit parfois «juste de ça» pour qu'une grossesse survienne. 

En 2021, elles sont plus de 600 femmes à s'être rendues au Planning familial après la découverte d'une grossesse non désirée. Au Grand-Duché, l'IVG à la demande n'est toutefois légalisée que depuis décembre 2014. Mais huit ans plus tard, ce type d'intervention reste encore difficile à quantifier. «Il n’existe pas de recueil de données spécifiques de la direction de la Santé portant sur les IVG», précise ainsi Michèle Mirkes, porte-parole du ministère de la Santé. 

Le flou est d'ailleurs savamment entretenu. Car si l’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS) dispose bien de quelques chiffres, la distinction entre une interruption volontaire de grossesse et un curetage réalisé suite à une fausse couche «n’est pas possible», note Caroline de Hoog, porte-parole de la Caisse nationale de santé (CNS). 

En 2021, le Planning familial comptabilise toutefois 516 avortements auprès de ses structures. En moyenne, les femmes ayant interrompu une grossesse avaient 28 ans, comme en 2020. Quant à l'embryon, il avait 4,3 semaines, en moyenne, au moment de l'IVG.    

Pour rappel, le délai légal pour avorter est fixé à 14 semaines aménorrhée, soit 12 semaines de grossesse. Un allongement de deux semaines supplémentaires (soit 14 semaines de grossesse ou 16 semaines aménorrhée) est néanmoins à l'étude, indiquait fin août le ministère de la Santé. 

De l'autre côté des frontières, en France, une interruption volontaire de grossesse peut, d'ores et déjà, être réalisée jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse. En Belgique et en Allemagne, l’IVG est autorisée - mais pas légalisée. Son délai est fixé à 12 semaines de grossesse.  

 

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