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«La crise sanitaire a exacerbé l'alcoolisme de certains»
Luxembourg 4 5 min. 04.02.2022 Cet article est archivé
Immersion à Useldange

«La crise sanitaire a exacerbé l'alcoolisme de certains»

Différents modules sont organisés dans le cadre du traitement thérapeutique. Ici, des patients francophones suivent un module qui leur permettra d'éviter la rechute.
Immersion à Useldange

«La crise sanitaire a exacerbé l'alcoolisme de certains»

Différents modules sont organisés dans le cadre du traitement thérapeutique. Ici, des patients francophones suivent un module qui leur permettra d'éviter la rechute.
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 4 5 min. 04.02.2022 Cet article est archivé
Immersion à Useldange

«La crise sanitaire a exacerbé l'alcoolisme de certains»

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Immersion au sein du Centre Thérapeutique de Useldange, un outil à la pointe pour traiter l'assuétude à l'alcool. Un phénomène que la crise sanitaire a exacerbé.

Qui dit nouvelle année dit souvent bonnes résolutions. En ce début 2022, les initiatives de ce type sont nombreuses. Plusieurs organismes proposent notamment de se passer d'alcool durant le premier mois de l'année. C'est ce qu'on appelle plus communément le «Dry January», le «Janvier Sec» dans la langue de Molière. En Belgique, l'opération se poursuit même durant tout le mois de février avec la «Tournée Minérale». Au Luxembourg, on parle du « Sober Buddy Challenge», initié par la Fondation Cancer.


A glass of whiskey in front of a woman holding a bottle. Shallow depth of field with focus on the glass.
Prêt à passer un mois entier sans alcool?
La Fondation Cancer lance ce défi pour janvier prochain : tenter de se mettre au régime sec pour quatre semaines (au moins). Le challenge en ligne est à partager entre amis

Une prévention qui prend tout son sens au regard de ce fléau qu'est l'assuétude à l'alcool. Un phénomène qui concerne aussi le Luxembourg. Au Centre Thérapeutique de Useldange (CTU), structure décentralisée de la Rehaklinik, on accueille et prend en charge des personnes souffrant d’une dépendance au cannabis, aux médicaments mais aussi et surtout à l’alcool. L'outil, disposant d'une capacité hospitalière de 34 lits, a vu passer de nombreux patients pour des traitements allant de trois à six mois. «Le profil-type d'un patient ? Il s'agit généralement d'hommes âgés d'une quarantaine ou d'une cinquantaine d'années. Il y a aussi des moments où un tiers des patients sont des femmes», lance Claude Besenius, chargée de direction du CTU, fondé en 1978.

Cette dernière l'avoue: la crise sanitaire a été particulièrement compliquée à vivre. «Pour le moment, le centre est occupé par 35 patients. Il y a une petite liste d'attente mais rien de comparable avec qu'on a vécu par le passé. La pandémie de covid-19 a vraiment exacerbé l'assuétude des personnes dépendantes à l'alcool», poursuit la psychologue et psychothérapeute. «Plusieurs patients ont préféré passer le premier confinement chez eux. Toutefois, les chambres se sont remplies très rapidement durant cette période et cela a duré comme ça pendant des mois».

Claude Besenius explique même que des personnes qui n'avaient eu aucun problème d'alcool auparavant ont commencé à avoir les premiers symptômes d'une assuétude à l'alcool durant la crise. «Il n'y avait pas grand-chose à faire donc les apéros en ligne ou à la maison se sont multipliés. Il y a également toutes ces personnes qui étaient abstinentes et qui se sont retrouvées seules à la maison et qui ont recommencé à boire et qui ont totalement perdu le contrôle. La pandémie continue d'avoir un effet sur notre santé mentale et malheureusement, certaines personnes se réfugient dans l'alcool pour gérer ce stress. Ils utilisent l'alcool comme un antidépresseur alors qu'il s'agit d'un dépresseur.»

Une période particulièrement difficile donc pour les personnes ne pouvant pas contrôler leur consommation.

Un cadre au top

Cela dit, au CTU, tout est fait pour que le traitement thérapeutique se fasse dans les meilleures conditions. Et pour y arriver, le centre dispose de multiples facilités comme des ateliers où les patients peuvent s'exercer à la menuiserie, une bibliothèque, une salle de fitness, salles de détente, un billard ou encore une salle d'ordinateurs. «Les PC disposent notamment d'un programme que l'on nomme «AAT», où le patient est amené à voir des images de boissons alcoolisées. Grâce à un joystick, il a la possibilité de repousser cette image en poussant le joystick vers l'avant et de tirer vers lui des boissons sans alcool. Cela peut paraître simpliste mais cela peut créer de bons réflexes sur la durée». Plusieurs activités sont également organisées à l'extérieur. «Dans le cadre du traitement, les patients, francophones et germanophones, sont également amener à s'occuper des ânes, les mascottes du centre, mais également d'une serre ou d'un jardin grâce auxquels les pensionnaires ont l'occasion de cuisiner également. «L'idée est de responsabiliser chaque patient et pourquoi pas susciter des vocations dans le chef de ceux qui sont à la recherche d'un emploi.»  


Drogensuechtiger beim Aufziehen einer Spritze
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Mais bien évidemment, le centre compte également de nombreux professionnels du secteur. «Tout ce personnel est réparti au travers de multiples salles thérapeutiques, cabinet de kiné, de médecin, infirmerie, etc.». Bref, de quoi rendre la vie en communauté plus paisible et salvatrice pour ces personnes dans une situation de détresse. «Sans oublier les témoignages des anciens patients qui sont aujourd'hui abstinents qui sont toujours très utiles.»

Claude Besenius, chargée de direction
Claude Besenius, chargée de direction
Photo: Marc Wilwert

Claude Besenius rappelle que tous les patients sont ici de leur propre gré. «Ils sont pour la plupart motivés mais malheureusement, on n'est jamais à l'abri d'une rechute. Le hic, c'est qu'une partie des patients n'est pas là juste pour un problème d'alcool. Cette dépendance cache en réalité des problèmes sociaux: logement, travail, familial, dépression, etc. Il faut aussi s'occuper de tous les pépins physiques qu'a entraînés cette consommation excessive d'alcool. Ce n'est pas facile d'être ici mais notre travail consiste à trouver les raisons qui ont poussé chaque patient à se mettre à boire. Il faut régler les traumas, les problèmes de base, afin de régler ce problème d'alcool. Cet alcool qui était vu comme une solution pour ces personnes. En cas de rechute, nous ne jetons jamais la pierre sur le patient, on va plutôt travailler sur celle-ci. Nous sommes seulement très stricts en ce qui concerne la consommation d'alcool à l'intérieur du site qui est bien évidemment prohibée.»  

Un fléau qui peut toucher n'importe qui

Une fois que le patient approche de la fin du traitement, il a notamment la possibilité de vivre dans une chambre seule où ils peuvent bénéficier d'une plus grande autonomie. «Une fois sorti du centre, le patient n'est pas relâché dans la nature. On réalise une évaluation toutes les six semaines afin de constater l'évolution. C'est un travail de longue haleine mais qui est important.»

La chargée de direction conclut en expliquant que l'alcoolisme n'est pas une dépendance à prendre à la légère. «C'est un problème qui peut concerner tout le monde alors il ne faut pas hésiter à se faire aider si on a envie de s'en sortir. Un sevrage à l'hôpital est une première étape, nous pouvons ensuite commencer un traitement.»

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