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La crise migratoire au cœur des préoccupations des citoyens
Jean Asselborn (à g.), ministre des Affaires étrangères et européennes et Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission européenne.

La crise migratoire au cœur des préoccupations des citoyens

Photo: Anouk Antony
Jean Asselborn (à g.), ministre des Affaires étrangères et européennes et Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission européenne.
Luxembourg 4 min. 04.07.2018

La crise migratoire au cœur des préoccupations des citoyens

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
Comment voyez-vous l'Europe de demain, quel avenir pour l'Union? La dernière rencontre citoyenne du Luxembourg s'est déroulée lundi avec Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères et européennes, et Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission européenne.

Il y avait foule au forum Gesseknäppchen ce lundi soir pour venir échanger avec le ministre des Affaires étrangères et européennes Jean Asselborn et le premier vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans. Le forum était plein pour cette huitième et dernière consultation citoyenne organisée au Luxembourg à propos de l'Europe. Beaucoup de jeunes étaient présents, des lycéens. Lors de ces rencontres, les citoyens sont invités à exprimer leurs attentes et interrogations à propos de l'Europe et de ses principaux enjeux. 

Jean Asselborn: «Il ne faut pas que l'Europe forteresse soit la réponse à la question migratoire.»
Jean Asselborn: «Il ne faut pas que l'Europe forteresse soit la réponse à la question migratoire.»
Photo: Anouk Antony

La journaliste et modératrice du débat, Danièle Weber, passe le micro à chacun. En une heure et demie, une vingtaine de questions seront posées, en français, luxembourgeois ou allemand. Elles ont porté sur la Grèce et le soutien économique que l'Europe peut ou doit apporter aux pays membres les plus faibles économiquement, sur le partage des richesses, la crise migratoire, Erasmus, la montée des extrémismes… Ou encore sur la guerre commerciale déclarée par le président Trump qui a instauré des taxes sur l'acier, décision à laquelle l'Europe a répondu en taxant à son tour des produits en provenance des Etats-Unis. «L'Europe a toujours souhaité un commerce mondial ouvert», a rappelé Jean Asselborn, qui craint que d'autres secteurs souffrent des conséquences de ces décisions comme le secteur automobile.

Crise migratoire

Le ministre et le premier vice-président ont eu le sens de la formule sur certains sujets, des phrases résonnant comme des citations qui ont suscité enthousiasme et applaudissements dans la salle. Leur premier message a été celui qui revient souvent à propos de l'UE: «Au lieu de dire "qu'est-ce que l'Europe a fait pour moi?" Il faut se demander ce que soi-même l'on fait pour l'Europe!»

Dans leurs réponses, les deux hommes ont rappelé l'importance d'être unis, de trouver des solutions ensemble face aux problèmes, comme la crise migratoire, pour laquelle un accord avait été signé quelques jours auparavant. «La question migratoire sera avec nous pour deux générations!» a déclaré Frans Timmermans. «Elle ne sera pas résolue en un seul sommet de l'Union européenne. L'UE aura besoin d'une politique migratoire légale, en harmonie avec les Etats membres. Tous ont un rôle à jouer… ou pas.»

«Je ne suis pas optimiste du tout», a enchaîné Jean Asselborn en réponse à la question sur la crise migratoire. «Nous avons pris des mesures pour protéger les frontières extérieures. C'est un leurre de faire croire que ce conseil européen a fait avancer les choses! Le problème n'est pas résolu du tout», a-t-il estimé avant d'asséner: «Il ne faut pas que l'Europe forteresse soit la réponse à la question migratoire.»

Euroscepticisme

Les échanges se sont poursuivis sur l'Afrique, «continent de l'avenir», considère Jean Asselborn. «Il est nécessaire de faire un développement conjoint entre l'Europe et l'Afrique», a renchéri Frans Timmermans, avec l'assentiment de Jean Asselborn.

La rencontre citoyenne a fait salle comble… Mais aucun eurosceptique ne s'est manifesté, au grand regret de Frans Timmermans.
La rencontre citoyenne a fait salle comble… Mais aucun eurosceptique ne s'est manifesté, au grand regret de Frans Timmermans.
Photo: Anouk Antony

Au fond du forum Gesseknäppchen, des élèves du lycée franco-allemand de Sarrebruck posent des questions au micro: sur Erasmus, sur le développement des universités en Europe ou encore sur l'euroscepticisme. «Il s'agit surtout d'europhobie et c'est malsain», a rectifié Frans Timmermans. «Les problèmes de ce monde doivent être résolus dans un contexte plus vaste que l'Etat nation! Un homme seul dans le désert est un souverain. Il meurt de soif… mais il est souverain.» 

Les deux hommes se sont exprimés à propos du repli sur soi de plusieurs pays, comme les Etats-Unis ou plus récemment, l'Italie. De mea culpa - européen - en constat de dysfonctionnement, d'espoir de solidarité pour une Europe plus forte et plus unie, riche de ses différentes cultures, Frans Timmermans et Jean Asselborn ont souligné le besoin de cohérence de l'Europe, revenant encore sur la question migratoire pour le ministre des Affaires étrangères: «Le délit de non-solidarité est hélas le plan de bataille de certains politiques: n'accueillir aucun migrant. Le Luxembourg est un des seuls pays d'Europe à avoir accompli sa mission à la lettre en accueillant des migrants. Même si nous ne sommes pas parfaits. Et je ne crois pas que l'identité luxembourgeoise ait été menacée, ni la sécurité du pays!»

Enfin, lors d'un bref entretien avec Wort.lu à l'issue de ces échanges citoyens, Frans Timmermans a confirmé que la question migratoire revenait à chaque rencontre. Il a participé à 35 d'entre elles. Son regret: que les citoyens qui viennent y assister soient des Européens convaincus. «Le grand défi c'est d'attirer des eurosceptiques. Un défi de taille. Mais le débat n'est intéressant que s'il est mené avec des gens qui ne sont pas d'accord avec nous!»


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