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La contraception masculine capote encore
Luxembourg 5 min. 30.09.2022
Sexualité

La contraception masculine capote encore

En 2023, la contraception sera gratuite, pour tous. Un moyen aussi, peut-être, de faire évoluer les mentalités ?
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La contraception masculine capote encore

En 2023, la contraception sera gratuite, pour tous. Un moyen aussi, peut-être, de faire évoluer les mentalités ?
Photo: Shutterstock
Luxembourg 5 min. 30.09.2022
Sexualité

La contraception masculine capote encore

Anne-Sophie DE NANTEUIL
Anne-Sophie DE NANTEUIL
S'il existe divers moyens, la contraception masculine reste encore très marginale, voire taboue. Peu d'hommes sautent le pas, laissant le poids de cette responsabilité aux femmes.

Pilule, stérilet ou encore anneau vaginal… Il existe pléthore de dispositifs de contraception féminine. Mais quand il s'agit des hommes, le choix devient rapidement plus limité. Le Luxembourg n'en autorise d'ailleurs que trois: le préservatif, la vasectomie ou... le retrait. Depuis plusieurs années pourtant, des voix s'élèvent arguant que les femmes ne devraient plus forcément endosser seules la responsabilité de la contraception. 


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Les Hongroises doivent désormais écouter le cœur du fœtus avant de pouvoir avorter. Un durcissement de la loi alors que l'interruption volontaire de grossesse constitue en elle-même une expérience traumatisante, rappelle l'association Vie Féminine.

Certains hommes se disent d'ailleurs prêts à assumer cette charge contraceptive. En France, selon un sondage mené par Opinion Way l'an dernier, il serait pas moins de huit vingtenaires sur dix à y être favorables. S'il n'existe aucune statistique concernant les résidents luxembourgeois, l'évolution des mentalités serait toutefois «évidente», note Emilie Kaiser, directrice adjointe du Planning familial du Luxembourg. 

L'association qui milite pour le droit à l'éducation sexuelle reçoit ainsi, «depuis peu», des hommes «qui s'interrogent sur la contraception dite masculine», précise-t-elle. Mais si le sujet commence à intéresser, rares sont encore ceux à se pencher sérieusement sur la question. En témoigne le docteur Alan Charissou. Ces douze derniers mois, ce médecin du Planning familial a reçu quatre patients en ce sens... 

Une pilule qui ne passe pas

La faute à «une absence de communication», regrette-t-il. Peu connaissent en effet les options à leur disposition. Quant aux craintes et idées reçues, elles ont la vie dure. Qu'il s'agisse de l'image renvoyée, d'éventuelles douleurs ou encore d'une modification du plaisir et de la libido.


La vasectomie séduit de plus en plus d'hommes
Si la pratique reste encore marginale, le recours à la vasectomie séduit de plus en plus d'hommes en France.

«Je ne pourrais plus éjaculer», redoute ainsi Mathias*, 34 ans. «Puis, ça doit faire mal - pas touche !», ajoute-t-il en parlant de la vasectomie, une méthode de contraception dite définitive. «En soi, je ne suis pas contre», avance quant à lui Lucas. «Si une pilule est un jour disponible, pourquoi pas», assure-t-il avant d'ajouter que cette contrainte risque néanmoins de «vite [le] saouler». Alors de là à franchir le pas, il y a tout de même tout un gouffre...   

Pour l'heure, les méthodes contraceptives qui nécessitent la participation directe des hommes – stérilisation, préservatif ou retrait – ne représentent que 27,4% de la pratique contraceptive dans le monde, précisait une étude publiée en 2019 par les Nations Unies. Soit dans moins de trois cas sur dix. 

Au Grand-Duché, la contraception masculine est même aux abonnés absents des données officielles. Aucune statistique n'existe sur le sujet, reconnaissait même la ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes Taina Bofferding (LSAP), l'an passé. Preuve que la question reste encore à la marge alors qu'elles étaient quelque 23.500 femmes à user d'un moyen de contraception en 2020 sur le territoire.  

Mais pour Emilie Kaiser, la gratuité, pour tous, des méthodes de contraception pourrait «changer la donne». Y compris en ce qui concerne les méthodes irréversibles. «À l’heure actuelle, la vasectomie est autorisée, mais elle n’est pas remboursée par la CNS», précise-t-elle avant d'ajouter que ça ne «facilite pas son accès».

Reste que les femmes ne doivent pas pour autant être dépossédées de la maîtrise de leur fertilité. «En cas d'échec de la contraception masculine ou féminine, c'est toujours la femme qui est enceinte», souligne la directrice adjointe du Planning familial. Pour rappel, l'association comptabilise, l'an passé, 516 avortements auprès de ses structures. 

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