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La chronique de Stéphane Bern: une folie impériale
Luxembourg 2 3 min. 13.04.2019

La chronique de Stéphane Bern: une folie impériale

La chronique de Stéphane Bern: une folie impériale

Luxembourg 2 3 min. 13.04.2019

La chronique de Stéphane Bern: une folie impériale

Cette semaine, notre chroniqueur nous parle des enchères réalisées pour l'acquisition d'un trône estampillé avec les armoiries de Napoléon Ier. Un object acquis pour 500.000 euros.

Par Stéphane Bern

La guerre des trônes a bien eu lieu à deux pas de l’ancienne résidence impériale de Fontainebleau. Un demi-million d’euros, c’est le prix qu’un collectionneur fou de l’empereur Napoléon Ier aura déboursé pour acquérir un trône en bois doré tendu de velours rouge frappé du «N» couronné entouré de lauriers, un véritable record pour la maison de vente aux enchères Osenat. 

C’est le coup de poker qu’a remporté Pierre-Jean Chalençon, le célèbre acheteur de l’émission « Affaire conclue » tous les jours sur France 2, reconnaissable à sa tignasse à la Polnareff et qui amasse les trésors impériaux pour son palais Vivienne à Paris. Le suspense était d’autant plus grand que le fauteuil était estimé 60.000€ et qu’il avait été vendu l’an dernier chez Christie’s à New York pour 6.000 dollars (5.300 euros) par le musée des Beaux-Arts de San Francisco qui s’en séparait au motif que ce meuble de représentation n’était qu’une copie de la fin du XIXème siècle. 

Crédit: Osenat

Le commissaire-priseur Jean-Pierre Osenat, qui se porte garant de la véracité de l’histoire de l’objet, l’a donc confié à une experte Marie de la Chevardière. Commence alors un travail minutieux. «Elle a travaillé plus de huit mois dessus, auprès des conservateurs des musées du Louvre et celui de Fontainebleau notamment ». 

Le siège a été démonté par des spécialistes et observé à la loupe. «Elle est allée voir les nombreux trônes de l’époque qu’elle a observés sous les moindres coutures», décrit son associé Jean-Christophe Châtaignier. «Ce sont des comparaisons au millimètre ». 

 Sans l’ombre d’un doute, qu’une vulgaire copie  

De nombreux éléments, «prouvent de manière irréfutable que c’est un fauteuil d’époque Ier Empire», décrit Jean-Pierre Osenat. Pourtant rarement un meuble n’a suscité une telle polémique! D’autant que les rivalités et les jalousies font rage dans ce petit milieu de passionnés de l’Empereur constitué d’une poignée de grognards à l’ego surdimensionné.

Certains, comme l’homme d’affaires Bruno Ledoux, n’ont pas hésité à dire que ce trône n'était «sans l’ombre d’un doute, qu’une vulgaire copie». Voudrait-il être le seul à en posséder un, d’ailleurs acheté fort cher: un million et demi? Comment faire la différence entre un trône sur lequel se serait assis Napoléon lors de cérémonies et un simple fauteuil de représentation? 

Record sur record

Peu de «vrais» trônes sont parvenus jusqu’à nous, avec une provenance ou une traçabilité fiables comme le souligne l’experte. Le prix d’achat et l’exigence de l’acquéreur plaident pour l’authenticité du trône. Reste que Napoléon Ier, connu dans le monde entier, ne laisse personne indifférent. 

À chaque vente, il crève des plafonds : une feuille de laurier en or, issue de la couronne du sacre, vendue 800.000 euros en 2017, un bicorne adjugé 1,8 million d’euros à un Chinois en 2014 et tout récemment trois lettres d’amour écrites par Bonaparte à son épouse Joséphine, entre 1796 et 1804, se sont vendues pour un total de 513.000 euros. Deux siècles après, la fièvre acheteuse autour de Napoléon n’est pas près de s’éteindre.



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