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La carotte, le bâton et... le cannabis
Luxembourg 5 min. 24.10.2021
Stupéfiants

La carotte, le bâton et... le cannabis

Il fallait bien cinq ministres pour présenter le dispositif "Problématique de la criminalité liée aux stupéfiants".
Stupéfiants

La carotte, le bâton et... le cannabis

Il fallait bien cinq ministres pour présenter le dispositif "Problématique de la criminalité liée aux stupéfiants".
Photo : Luc Deflorenne
Luxembourg 5 min. 24.10.2021
Stupéfiants

La carotte, le bâton et... le cannabis

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Malin : si le gouvernement luxembourgeois a ouvert la porte au cannabis récréatif, il a aussitôt enveloppé le tout d'un nuage de mesures sur l'usage des stupéfiants. Un éventail de préventif et répressif lui permettant d'éviter bien des critiques.

La promesse de campagne est en passe d'être tenue : oui, voilà le Luxembourg désormais lancé sur la voie de la dépénalisation de l'usage du cannabis. Comme indiqué page 105 dans l'accord de coalition 2018-23. Le premier pas a été fait, vendredi par l'annonce que chaque foyer pourrait bientôt cultiver, en toute légalité, son propre cannabis. Pas plus de quatre pieds par ménage toutefois et à son seul usage personnel. Deux limites sitôt fixées, comme s'il fallait vite éviter tout emballement.


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Une première en Europe! Les ministres de la Justice et de la Sécurité intérieure ont annoncé, vendredi matin, que chaque ménage luxembourgeois pourra disposer de quatre plants de cannabis.

Et c'est d'ailleurs à ce jeu de bascule que se sont livré les cinq ministres (cinq!) mobilisés pour cette annonce. Car si le gouvernement Bettel veut bien s'afficher comme cool sur le cannabis récréatif, pas question de donner une image laxiste sur la façon de gérer la «problématique de la criminalité liée aux stupéfiants» au pays. 

Une ligne entre souplesse et rigueur qu'ont ainsi tenté de définir Jean Asselborn (Affaires étrangères), Paulette Lenert (Santé), Henri Kox (Sécurité intérieure), Sam Tanson (Justice) et Claude Meisch (Education).

Politiquement, le coup est joli. D'abord parce que l'annonce réjouira l'électorat qui avait porté son choix sur les partis défendant cette dépénalisation («voire la légalisation sous condition») du cannabis. A deux ans du futur scrutin législatif, certains se désespéraient de voir le gouvernement sans cesse repousser toute avancée sur le sujet, voilà qui est fait.

Ensuite, parce que faisant porter la nouvelle par ce quintet de ministres, le Premier ministre envoie le signal qu'il s'agit là d'une décision collective. Autrement dit : soutenue par chaque tendance de la majorité (DP, LSAP et Déi Gréng). Quelle que soit la majorité à sortir des urnes en 2023 et quelle que soit l'alliance gouvernementale trouvée, aucun de ces trois partenaires ne saurait renier son engagement. Ce qui limite donc forcément les alliances avec certains autres partis réfractaires sur le cannabis récréatif.

Enfin, si d'une main ''l'avancée'' caresse dans le sens du poil les amateurs de ''fumette«, les annonces faites visent aussi à faire comprendre que la tolérance sera limitée à cette seule famille. «Et pas sur le domaine public ou au volant où ce sera toujours tolérance zéro!». Le tour de vis s'imposera pour les autres actes de délinquance en lien avec le trafic ou l'usage de stupéfiants.

Ainsi, en ce 22 octobre, les ministres présents ont-ils manié la carotte et le bâton. Pour la carotte, c'est essentiellement la ministre de la Justice qui s'y est collée. Avec non seulement cette autorisation octroyée au ''cannabis domestique'' (possiblement cultivable chez soi, son jardin, sa cave, son balcon mais si possible de façon discrète) mais aussi un allègement des sanctions possibles pour quiconque serait surpris en possession ou en train d'acheter jusqu'à 3 grammes de cannabis maximum.


4.619 infractions liées aux stupéfiants
En 2020, les transgressions à la loi recensées par la police ont augmenté de 8,9%. Une tendance imputable notamment à la recrudescence du trafic de drogues frontalier, difficile à endiguer.

Cette «décorrectionnalisation», selon les mots de Sam Tanson, s'accompagnera d'un allègement de la sanction encourue. L'amende pénale, actuellement fixée entre 251 à 2.500 euros, sera sensiblement revue à la baisse. Il ne serait question à l'avenir que d'une verbalisation de 25 euros à 500 euros. Un avertissement taxé de 145 euros pourra également être donné aux contrevenants, selon des conditions qu'il faudra encore détailler.

Aux autres ministres alors de balancer les contre-feux. Pour Claude Meisch (DP), il conviendra d'établir de nouveaux programmes de prévention de la toxicomanie dans le programme scolaire. Des programmes «sont en cours d'élaboration» pour le fondamental comme pour le secondaire, a ainsi assuré le ministre de l'Éducation. Les établissements pourraient même être invités à proposer chacun un concept global de prévention et d'intervention.

Des ''yeux'' pour la police

La ministre de la Santé, elle, assure que le gouvernement travaille à élargir les offres dans le domaine de la thérapie de la toxicomanie. Paulette Lenert (LSAP) entend que plus d'aides et de soutiens rapides soient mis en place, notamment, pour les toxicomanes souhaitant se sevrer. Cela se fera dans la capitale mais aussi à l'échelle des centres hospitaliers régionaux.


Drogensuechtiger beim Aufziehen einer Spritze
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Et le bâton dans tout ça? A Henri Kox (Déi Greng) de le brandir. Le ministre de la Sécurité intérieure insistant sur l'intensification de la lutte contre les trafics. Avec le recrutement de 600 nouveaux agents d'ici 2023, la police grand-ducale devrait être encore plus en mesure de mener la vie dure aux dealers comme aux usagers. 

Par ailleurs, d'ici quelques mois, les policiers disposeront de plus de possibilités de chasser les individus squattant les halls d'immeuble dans l'attente d'une transaction. «Par la force si besoin», a-t-on entendu.


A police officer stands guard with a body camera attached to the shoulder on February 15, 2017 in Marseille.
Currently in Marseille, only the Mountain bike brigade of the city center and the Specialised field brigade (BST - Brigade specialisee de terrain) of the northern district are equipped with body cameras. Testing of the cameras began 3 years ago in France. According to th prefect of police of the Bouches-du-Rhone, Laurent Nunez, the body cameras "reduce the tensions during interventions". / AFP PHOTO / BORIS HORVAT
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Enfin, la traque aux trafiquants passera par un usage plus conséquent de la vidéosurveillance (Visupol) comme des futures bodycams dont le ministère a bien l'intention de doter ses effectifs sur le terrain. Et pour Henri Kox pas question de traîner sur cet ensemble de mesures : un projet de loi devant être prêt, selon lui, d'ici fin 2021.

Soit quelques semaines (mois?) avant que le gouvernement ne dépose son projet global sur la question du cannabis et autres drogues. Lui ne devrait être bouclé que pour «début 2022» estime la ministre de la Justice. Le successeur de Félix Braz soulignant au passage que d'ici la fin de la mandature d'autres avancées sur le cannabis récréatif seraient faites.

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