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La canicule assoiffe terres et rivières
Luxembourg 4 min. 25.07.2019 Cet article est archivé

La canicule assoiffe terres et rivières

La Sûre, en amont du barrage d'Esch-sur-Sûre, est le cours d'eau le plus vulnérable du pays.

La canicule assoiffe terres et rivières

La Sûre, en amont du barrage d'Esch-sur-Sûre, est le cours d'eau le plus vulnérable du pays.
Photo: MyWort
Luxembourg 4 min. 25.07.2019 Cet article est archivé

La canicule assoiffe terres et rivières

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Les cours d'eau luxembourgeois ont atteint leur niveau d'étiage avec trois semaines d'avance par rapport à l'an dernier. Les réserves souterraines sont, elles aussi, basses. La vigilance des autorités est donc accrue.

Les effets de la canicule se font ressentir sur les cours d'eau luxembourgeois, et l'ensemble de leurs débits se situe bien en dessous de la moyenne des valeurs minimales des dix dernières années. Le niveau d'étiage - niveau moyen le plus bas d'un cours d'eau - vient ainsi d'être atteint avec trois semaines d'avance par rapport à 2018 qui avait déjà été une année sèche.

Il n'existe pas au Luxembourg, ni ailleurs dans la Grande Région, de système d'alerte officiel concernant le niveau d'étiage. Si l'alarme n'est pas sonnée comme pour les inondations, cela ne veut pas dire que l'Administration de la gestion de l'eau n'est pas sur le qui-vive.

Depuis 2015, le Luxembourg fait partie des commissions internationales pour la protection de la Moselle et de la Sarre (CIPMS). Une surveillance continue des deux rivières s'exerce donc par monitoring. C'est grâce au groupe d'experts en charge de cette veille que l'Administration de la gestion de l'eau peut affirmer aujourd'hui que «les cours d'eau ne sont pas encore arrivés à un seuil critique bien qu'ils s'en approchent dangereusement».


Le Luxembourg ne souffre pas encore de la sécheresse
France, Allemagne, Espagne,... une bonne partie de l'Europe commence à souffrir de la sécheresse. Qu'en est-il au Luxembourg ? Les niveaux des cours d'eau sont relativement bas et pour l'heure les agriculteurs sont épargnés par les restrictions en eau.

La Sûre plus vulnérable  

Le Luxembourg est traversé par quatre rivières: l'Alzette, la Sûre, la Moselle et la Chiers. Leurs affluents irriguent le pays et certains sont déjà taris à cause des fortes chaleurs qui assaillent le Luxembourg depuis plusieurs jours.

Mais ce sont surtout les cours d'eau en amont du barrage d'Esch-sur-Sûre qui sont les plus fragiles. Les nappes aquifères se trouvent dans un sous-sol imperméable essentiellement composé de schiste ce qui ne lui permet pas de se remplir rapidement. Ainsi, l'Our, la Sûre et la Wiltz sont-elles plus exposées à un niveau d'étiage que les affluents de l'Alzette ou de la Moselle. 

Les cours d'eau en aval d'Esch-sur-Sûre sont, eux, alimentés par le barrage qui a un débit d'1 m3/seconde et se trouvent ainsi constamment approvisionnés. Ils sont donc moins vulnérables.

Le site inondations.lu recense en temps réel le débit des rivières et des cours d'eau du pays grâce aux mesures effectuées régulièrement par les 37 stations du Grand-Duché et de son voisin allemand. Actuellement, 15 stations affichent un débit moyen d'étiage et 16 ne proposent pas de valeurs disponibles.

Des réserves souterraines basses

Surveiller l'eau, ce n'est pas seulement mesurer le débit des rivières. C'est aussi regarder l'état des ressources souterraines et celles-ci ne sont pas au meilleur de leur forme. Actuellement, le Luxembourg n'est pas en alerte orange ou rouge mais le ministère de l'Environnement a déjà communiqué sur le sujet priant la population de «ne pas gaspiller l'eau potable». Différentes recommandations ont été énoncées comme, par exemple, éviter de remplir les piscines, laver son véhicule ou de faire fonctionner des fontaines. Interrogée à ce sujet, fin mai, la ministre de l'Environnement, Carole Dieschbourg, tirait déjà la sonnette d'alarme concernant les réserves souterraines.


Le Luxembourg consomme en moyenne 120.000 m3 d'eau par jour. Les réserves du pays pourraient s'avérer insuffisantes en cas de sécheresse.
Le Luxembourg manquerait d'eau face à la canicule
Selon la ministre Carole Dieschbourg, les réserves souterraines ne pourraient pallier les situations de sécheresse des prochains mois.

Le chef adjoint de la division des eaux souterraines et des eaux potables, Tom Schaul, s'avère pourtant confiant: «La canicule peut certes affaiblir les ressources en eau potable mais depuis le 15 juillet, les besoins de la population sont moins grands puisque de nombreuses personnes sont parties en vacances. La semaine prochaine, ce sont les congés collectifs qui débutent et le réseau sera encore moins sollicité. A partir de fin juillet, la situation sera moins critique».

Les répercussions de 2016/2017

Ce n'est pas la canicule qui assèche les nappes phréatiques mais le manque de précipitations en hiver dont les effets se font ressentir pendant deux années. Si cet été les ressources souterraines du pays souffrent des fortes chaleurs, c'est bien parce que l'hiver 2016/2017 a été particulièrement sec.

«Nous avons enregistré 40% de précipitations en moins par rapport à la moyenne annuelle», poursuit Tom Schaul.  «Même si l'hiver 2017/2018 a été davantage pluvieux, il ne compense pas ce déficit qui a été aggravé par l'hiver dernier, particulièrement sec lui aussi.» 

Ainsi le débit des sources accuse une baisse de 25%, et comme le sous-sol du Luxembourg pays est composé de 80% de sources, celui-ci pourrait se déshydrater très vite.

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