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La Belgique s’enfonce dans l’impasse
Luxembourg 3 min. 20.08.2019

La Belgique s’enfonce dans l’impasse

Le gouvernement fédéral belge est en affaires courantes depuis décembre. La coalition doit composer avec une minorité à la Chambre.

La Belgique s’enfonce dans l’impasse

Le gouvernement fédéral belge est en affaires courantes depuis décembre. La coalition doit composer avec une minorité à la Chambre.
Photo: AFP
Luxembourg 3 min. 20.08.2019

La Belgique s’enfonce dans l’impasse

Trois mois après les élections, le pays vogue au gré de l’amertume des grands partis politiques.

Par Max Hellef (Bruxelles)

Combien de temps ? Combien de temps faudra-t-il pour former le prochain gouvernement belge ? La question est revenue en boucle ces dernières semaines.  Aujourd’hui, elle consisterait plutôt à se demander si une issue est encore possible et s'il ne faut pas retourner aux élections…


Belgian Flemish right-wing party (N-VA) president Bart De Wever speaks during a news conference in Brussels October 30, 2013. REUTERS/Francois Lenoir (BELGIUM - Tags: POLITICS)
Jeu de dupes autour du confédéralisme belge
La refonte de la Belgique en État confédéral est le leitmotiv de la N-VA de Bart De Wever dans la formation du prochain gouvernement.

Il y a maintenant presque trois mois que les Belges se sont rendus aux urnes. Mais leur gouvernement fédéral est, lui, en affaires courantes depuis qu’en décembre dernier, la N-VA de Bart De Wever a choisi de « retirer la prise » pour marquer son opposition au pacte de l’ONU sur la migration. Depuis, la coalition restante doit composer avec une minorité à la Chambre. Pour ajouter à ce tableau, le Premier ministre Charles Michel s’apprête à quitter la place pour occuper dès le 1er décembre prochain la présidence du Conseil européen.

Cette situation laisse le pays désarmé face aux défis de l’époque : la crise économique annoncée en Allemagne, la menace d’un Brexit dur, ou encore au plan interne la difficulté de contrôler le budget 2019 en plein dérapage.

 Défiance sans limite entre la N-VA et le Parti socialiste 

La crise politique de 2010-2011 a démontré que la Belgique fédérale pouvait vivre un temps passablement long sans gouvernement, pourvu que les autres niveaux de pouvoir (régionaux et communautaires) soient assurés. Le socialiste Elio Di Rupo avait eu besoin de 541 jours à l’époque pour former son attelage gouvernemental. Mais aujourd’hui, seules la Communauté germanophone et la Région de Bruxelles-Capitale ont leur gouvernement. La Flandre et la Wallonie fonctionnent a minima, avec les coalitions sortantes.

Toute la difficulté reste d’amener les deux principaux partis du pays – la N-VA nationaliste flamande et le Parti socialiste francophone – à négocier pour former un gouvernement. Or, les deux formations politiques nourrissent une défiance sans limite l’une vis-à-vis de l’autre. 

Ce week-end, l’ex-ministre socialiste Laurette Onkelinx est à son tour montée au créneau pour dire dans le journal L'Echo un « niet absolu » au parti de Bart De Wever. « Si la N-VA appelle le PS à parler de confédéralisme au fédéral, c’est "un niet absolu". C’est clair. Nous n’en voulons pas au PS, car c’est l’éclatement du pays, de la sécurité sociale », a-t-elle asséné. Et de poursuivre : « Il n’y a pas de cordon sanitaire autour de la N-VA, mais bien autour des valeurs portées par un homme comme Francken et d’autres populistes ».

 Nouveau rapport le 9 septembre


Charles Michel, qui aura 43 ans vendredi, était à l'époque de son arrivée à la tête du gouvernement le plus jeune Premier ministre du royaume depuis 1840.
Un paysage politique morcelé en Belgique
Forte poussée de l'extrême droite en Flandre néerlandophone, percée des écologistes et de la gauche radicale chez les francophones: le morcellement du paysage politique belge s'est accentué dimanche lors des élections législatives, laissant augurer de longues tractations pour un futur gouvernement.

Le plus surprenant est que c’est précisément Theo Francken qui, ce week-end, y est allé d’un geste d’ouverture. « Elio Di Rupo et Bart De Wever sont des personnes intelligentes, a-t-il déclaré  sur le plateau de la chaîne privée VTM. Si vous les mettez dans la même pièce, et qu’ils y mettent de l’énergie et du temps, quelque chose peut en ressortir ».

L’ex-secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration Theo Francken a pris du galon à la N-VA. Contrairement à d’autres ténors nationalistes, il est sorti renforcé des élections du 26 mai. Le site d’informations Newsmonkey estime qu’il pourrait jouer demain un rôle de premier plan dans les négociations gouvernementales.

Il reste à trouver les partis désireux de participer à ces tractations. C’est à cela – et notamment au rapprochement de la N-VA et du PS – que travaillent les informateurs chargés par le roi de mettre en place un environnement favorable aux discussions. 

Le libéral francophone Didier Reynders et le socialiste flamand Johan Vande Lanotte rendront un nouveau rapport le 9 septembre. D’ici là, la balle est clairement dans le camp des socialistes d’Elio Di Rupo.


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