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La Bayern Kurve tout schuss!
Luxembourg 12 5 min. 02.09.2017 Cet article est archivé
Manège culte à la Schueberfouer

La Bayern Kurve tout schuss!

Luxembourg 12 5 min. 02.09.2017 Cet article est archivé
Manège culte à la Schueberfouer

La Bayern Kurve tout schuss!

Maurice FICK
Maurice FICK
«J'ai 30 ans et ça fait trente ans que je viens à la Schueberfouer avec la Bayern Kurve». Issu d'une famille foraine normande, Thomas Bozec, est à la tête du manège culte aux anneaux olympiques qui tourne très vite et dont il n'existe plus que très peu d'exemplaires dans le monde.

Par Maurice Fick

«J'ai 30 ans et ça fait trente ans que je viens à la Schueberfouer avec la Bayern Kurve». Issu d'une famille foraine normande, Thomas Bozec, est à la tête du manège culte aux anneaux olympiques qui tourne très vite et dont il n'existe plus que très peu d'exemplaires dans le monde.

«Allez on continue plus vite, plus vite,... tout schuss!» A la queue leu leu, les seize bobsleighs filent «à peu près à 60 km/heure» sur l'anneau déformé quand Thomas Bozec lâche les watts sur son pupitre de commandes. Blondes comme grises, les têtes ressortent décoiffées de la courbe bavaroise. L'expérience est grisante parce qu'«on a juste l'impression de voler dans l'air trop rapidement!», résume joliment Iris, 12 ans, en s'extirpant de son bob.

Une expérience de vitesse qui marque les esprits depuis la nuit des temps modernes. «C'est un manège qui a une âme. Dans la Bayern Kurve, il y a quelque chose qu'on ne retrouve pas dans beaucoup de manèges. C'est un joli manège familial qui plaît à tout le monde. Nombre de mes clients qui viennent ont la quarantaine et me disent que ça leur rappelle des souvenirs. Ils se souviennent y être montés avec leur grand-père lorsqu'ils avaient 10 ans. Et ils en ont presque les larmes aux yeux...», glisse Thomas Bozec.

Un manège qui a bien survécu

La Bayern Kurve est un manège cinquantenaire qui continue de produire son effet. «La première Bayern Kurve a été construite en 1965 par la société Schwarzkopf et le premier forain a en avoir acheté une était M. Distel de Munich», sait l'historien Steve Kayser. Ce spécialiste des arts forains au Luxembourg explique comment ce manège a soudainement révolutionné la famille des «chenilles» tournantes sur les foires: «Pour la première fois, la traction s'est faite sur le rail lui-même. Les nacelles s'inclinent à 45 degrés, ce qui est alors une prouesse. Sans oublier ce qui le caractérise: sa grande vitesse».

Moi, je suis malade dans les manèges. Quand j'étais gamin j'étais déjà malade en voiture. Thomas Bozec, patron de la Bayern Kurve

«Cinquante exemplaires ont été construits. Comme sur les foires allemandes c'est toujours la nouveauté qui prime, ce type de manège, qui nécessite beaucoup d'entretien, a disparu petit à petit», raconte Thomas, gérant de la Bayern Kurve de la Schueberfouer depuis sept ans. «Il en existe encore aux Etats-Unis dans certains parcs d'attraction mais celui-ci est le seul qui voyage encore en Europe dans cet état, très proche de son état d'origine», assure Steve Kayser. Du monorail à la décoration -et bientôt des bobsleighs- «tout a été refait».

Thomas Bozec: «Plein de gens croient que c'est facile, qu'on appuie sur des boutons dans une caisse. Mais tenir un manège comme celui-ci c'est très prenant».
Thomas Bozec: «Plein de gens croient que c'est facile, qu'on appuie sur des boutons dans une caisse. Mais tenir un manège comme celui-ci c'est très prenant».
Photo: Maurice Fick

Alors que le manège à la forme ronde (il fait 22 mètres de diamètre) et au nom singulier est dominé par une chaîne des Alpes bien éclairées de nuit, son atout marketing demeurent les anneaux olympiques. «A la fin des années 1960, les J.O., les Alpes, le ski, la neige, l'alpinisme étaient dans l'air du temps. Un manège reflète souvent l'évolution et la culture d'une société», fait remarquer Steve Kayser.

La mode est passée mais la courbe des affaires flirte toujours avec les sommets quand la «boule à neige» de la Bayern Kurve revit sur la place du Glacis à Luxembourg. La Schueberfouer «c'est ma plus grosse foire de l'année. La foire est toujours bondée et j'y réalise environ 40% de mon chiffre d'affaires annuel», sourit Thomas Bozec.

«Plein de gens croient que c'est facile»

Parmi les différentes foires que lui, son épouse Sacha et leur fillette Max, écument tout au long de l'année en France et Belgique, seule à Nancy la rentabilité est comparable à la foire luxembourgeoise. «Mais c'est plus relax à Nancy. La foire s'étale sur cinq dimanches. Alors qu'ici c'est une foire difficile, on ne compte pas nos heures», témoigne Thomas.

«Plein de gens croient que c'est facile, qu'on appuie sur des boutons dans une caisse. Mais tenir un manège comme celui-ci c'est très prenant. On a une vie assez mouvementée. Toute la journée je travaille dans la caisse et j'arrête à 1 heure en semaine et 2 heures du matin le week-end. Après quoi, il faut faire la fermeture du manège avant de rentrer chez soi. Ça dure environ trois quarts d'heure. Il faut avoir la pêche. Parce qu'à 10 heures, 10h30 le matin je reviens au manège pour tout vérifier», raconte le jeune patron.

Le bassin au centre du manège n'est pas un pur élément décoratif. Le poids de l'eau (15 tonnes) permet en réalité de stabiliser le manège qui bouge inévitablement du fait de la courbe irrégulière de son monorail électrifié.
Le bassin au centre du manège n'est pas un pur élément décoratif. Le poids de l'eau (15 tonnes) permet en réalité de stabiliser le manège qui bouge inévitablement du fait de la courbe irrégulière de son monorail électrifié.
Photo: Maurice Fick

Fils d'une mère originaire du coin de Rouen et d'un père originaire de Cherbourg, Thomas est né forain. Il y a sept ans quand ses parents ont divorcé et qu'ils voulaient vendre la Bayern Kurve, «j'ai pris mon courage à deux mains. C'était un peu jeune pour reprendre un manège comme celui-ci mais c'était une belle affaire. Et puis, c'était parti!» Thomas a de qui tenir. Ses sourcils se soulèvent de fierté quand il parle de Jacques Ménudé, son grand-père normand, chez qui il est officiellement domicilié.

«Il a travaillé à 14 ans et a bien réussi sa vie», estime Thomas en parlant de Jacques. Parce qu'il a «mis sur les rails ses enfants» et qu'il a géré «deux Bayern Kurve en même temps!»

Ayant appris à dompter le métier et à reconnaître la moindre variation sonore dans les trois moteurs qui font virevolter les bobsleighs autour de la piscine olympique -les 15 tonnes d'eau contenues dans le bassin au centre du manège font contrepoids- Thomas Bozec mesure aujourd'hui ce que signifie être patron d'un manège familial.

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