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L'opposition ne surfe pas sur la vague OpenLux
Luxembourg 1 5 min. 08.02.2021

L'opposition ne surfe pas sur la vague OpenLux

Rarement d'accord, Laurent Mosar (CSV) et Sven Clement (Pirate) se retrouvent sur un point : "Il faut renforcer les contrôles et les moyens de la justice financière".

L'opposition ne surfe pas sur la vague OpenLux

Rarement d'accord, Laurent Mosar (CSV) et Sven Clement (Pirate) se retrouvent sur un point : "Il faut renforcer les contrôles et les moyens de la justice financière".
Luxembourg 1 5 min. 08.02.2021

L'opposition ne surfe pas sur la vague OpenLux

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Sans la transparence du Luxembourg, la dernière enquête désignant la Place financière comme une plaque tournante du blanchiment d'argent et de l'optimisation fiscale n'aurait pu se faire. Et les députés s'accrochent à ce fait.

Pierre Gramegna (DP) et Sam Tanson (Déi Gréng) ont visiblement réussi leur grand oral, ce lundi matin. Il s'agissait pour le ministre des Finances et son homologue de la Justice de rendre des comptes en commission parlementaire, suite à la parution du premier épisode de l'enquête OpenLux. «Ils étaient un peu crispés et pas très contents de ces articles», confie un des députés qui les a entendus en visioconférence.


Lokales, Kirchberg ist leer, Place de l’Europe, Avenue J-F Kennedy, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
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Il est vrai que (re)voilà le Grand-Duché pointé du doigt comme place financière obscure. Cette fois par une série d'articles parus ou à paraître cette semaine dans le journal français Le Monde et dans une quinzaine d'autres titres européens. Avec un point d'orgue attendu pour le 12 février : en quoi le Luxembourg est-il un point d'entrée pour des fonds d’origine douteuse, voire criminelle? 

Avant ce sujet annoncé pour vendredi (mêlant mafia italienne et pègre russe), pour l'heure, il n'est question que de manquements dans la tenue de registres officiels, celui des bénéficiaires effectifs (RBE) et celui du commerce des sociétés (RCS).

2014 et les Luxleaks sont pourtant passés, les Panama Papers ensuite, et pourtant le doute plane encore sur la Place. «S'il y a des cas de sociétés qui soulèvent encore des doutes sur l'honnêteté de leurs propriétaires, alors il faut enquêter», plaide donc Sven Clement. Mais le bouillonnant député Pirate, qui aime à secouer l'ordre établi, ne va guère plus loin au lendemain des premières révélations : «Si des entreprises, volontairement, ne se sont pas fait référencer via le Registre des bénéficiaires, qu'elles soient sanctionnées. Sans doute l'astreinte de 12.500 à 1,25 million d'euros ferait-elle avancer les dossiers si elle était prononcée».

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.

Mais force est de constater que bien peu de sanctions sont tombées en ce sens. «La justice étant même plus prompte à rechercher des poux dans la tête de petites asbl ayant omis de s'inscrire que de batailler auprès de grandes entités ayant commis la même omission», ont constaté les enquêteurs d'OpenLux au fil de leurs découvertes. «Bien sûr que les faibles effectifs de la justice financière ne peuvent suffire», reconnait Sven Clement. Il faut que la question du contrôle soit portée par une autorité européenne, qui donne un spectre plus large encore aux recherches.»

Contrôler, le mot revient aussi dans la bouche du député Laurent Mosar (CSV). Lui aussi, après avoir pris connaissance des premiers éléments dévoilés par la presse et l'audition des ministres Tanson et Gramegna plaide par un «Il faut renforcer notre système de contrôles». Habituellement farouche opposant du gouvernement, il lui tirerait presque son chapeau cette fois. «Contrairement à Luxleaks, le pays ne se voile pas dans un silence suspect, mais communique. Ici avec les reporters du Monde, ce matin avec les députés et avec tout le monde avec des informations mises en ligne».

Moins de transparence ailleurs

Le député chrétien-social ne cache pas son irritation de ce nouvel accro à l'image lisse de la Place financière nationale. Comme un reproche de Lux-bashing. «Cette enquête sur 55.000 sociétés offshore gérant des actifs depuis le Luxembourg n'aura pu se faire sans la façon dont notre Etat a mis en place le Registre des bénéficiaires effectifs, en toute transparence.» C'est effectivement en piochant dans ces données que les investigations ont pu avancer. 

Et Laurent Mosar de tacler : «Que ces journalistes aillent aussi voir comment ce type de données est géré en France ou en Allemagne». «Ou en Irlande» fait écho Sven Clement.


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D'ailleurs, ce lundi matin, à l'issue de l'audition des ministres de la Justice et des Finances, les commissions leur ont demandé à ce que le gouvernement procède à une «analyse comparative des différentes transcriptions de la directive européenne exigeant la mise en place de cet outil, le RBE. On verra alors que le Luxembourg n'a pas à rougir», assène un Laurent Mosar remonté. «Le Luxembourg a fait ses devoirs.» 

Gros poissons

Et s'il est encore un point sur lequel les deux députés, rarement sur la même ligne politique, se rejoignent c'est celle de la justice. Encore trop timide. «Il n'y a effectivement pas eu beaucoup d'affaires financières qui sont sorties, nationalement>, regrette le CSV. «Si notre système de transparence et de contrôle est efficace, cela doit se traduire par des sanctions pour les personnages peu recommandables qui, depuis 2015, ont peut-être continué à monter des entités visant à cacher des fonds à l'origine peu avouable». 

Par épisode, OpenLux va essayer de montrer que malgré les contrôles mis en place au niveau du système bancaire, des professions réglementées (avocats d'affaires) ou notaires quelques gros poissons ont échappé à la vigilance luxembourgeoise. Il faudra alors s'interroger sur ce qui a bien pu attirer 15.000 Français ou 10.000 Belges à investir dans des holdings basées au Grand-Duché? Et encore, ce ne sont là que les plus petits investisseurs à passer entre les mailles du filet sans doute.

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