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L'OGBL exhorte les salariés: «Renforcez le parlement du travail !»
André Roeltgen, président de l'OGBL.

L'OGBL exhorte les salariés: «Renforcez le parlement du travail !»

Photo: Maurice Fick
André Roeltgen, président de l'OGBL.
Luxembourg 5 min. 08.01.2019

L'OGBL exhorte les salariés: «Renforcez le parlement du travail !»

Maurice FICK
Maurice FICK
A un peu plus de deux mois des élections sociales, l'OGBL entre en campagne et appelle les 525.000 salariés -frontaliers compris- et retraités, à «utiliser leur droit de vote» pour «lancer un signal politique fort» le 12 mars. L'OGBL déballe son programme et revendique, entre autres, la 6e semaine de congé payé et un salaire minimum rehaussé de 10%.

«Les élections pour la Chambre des salariés sont les élections démocratiques les plus importantes au Luxembourg avec plus de 525.000 électeurs. Soit plus de deux fois plus d'électeurs qu'aux élections législatives de 2018», pose d'emblée André Roeltgen, épaulé par son staff de secrétaires centraux, pour souligner l'importance du double vote qui se tiendra d'ici le 12 mars 2019 au Luxembourg.

Les élections sociales permettent d'une part d'élire les représentants du personnel au sein de sa propre entreprise à la condition qu'elle emploie au moins 15 salariés (mardi 12 mars) et d'autre part, d'élire les 60 représentants syndicaux qui siégeront pour les cinq années à venir à la Chambre des salariés (CSL). Le bulletin de vote doit parvenir par voie postale (c'est gratuit) au président du bureau électoral au plus tard le 12 mars 2019.

«La Chambre des salariés est une institution très importante pour les salariés. Elle est un levier pour toutes les questions sociales qui se posent, formule des avis sur les projets de loi et initie d'importantes études et analyses englobant tous les salariés et pensionnés. Mais les élections sociales auront également un effet de signal sur le poids de l'OGBL. Le patronat comme le gouvernement scruteront de très près les résultats pour voir si l'OGBL sortira renforcé ou affaibli de ces élections», sait bien le président du syndicat. 

L'OGBL joue gros et veut être à la hauteur de ses ambitions le 13 mars. C'est le plus puissant syndicat au sein de la Chambre des salariés puisqu'il avait obtenu 38 des 60 sièges au parlement du travail en 2013, lors des dernières élections. En présentant des candidats dans 8 des 9 groupes sectoriels (excepté donc le secteur du transport ferroviaire), «l'OGBL se fixe pour objectif d'avoir plus de 38 élus à la Chambre des salariés et un renforcement général des délégations du personnel», résume André Roeltgen.

Il ne tourne pas autour du pot et lance à tous les salariés: «Participez aux élections et renforcez le parlement du travail !» car «une participation record renforcera davantage le poids qu'aura la Chambre des salariés face aux pouvoirs publics.» C'est tout l'enjeu réel de ces élections sociales: le taux de participation des salariés. Il n'était que de 35% en 2013.

Les revendications électorales phares de l'OGBL

Elles sont consultables, dans le détail, sur le nouveau site créé par l'OGBL pour ces élections sociales:

  • Un salaire social minimum augmenté de 10%. «L'augmentation de la productivité au Luxembourg doit aussi se répercuter sur les petits salaires», martèle André Roeltgen qui réclame une augmentation structurelle du salaire social minimum pour salariés non qualifiés et qualifiés de 10%. Du point de vue de l'OGBL, le coup de pouce de 1,1% donné ce 1er janvier 2019 par le gouvernement«ne peut être considéré que comme une première étape». L'OGBL menace d'entamer des actions syndicales si rien ne bouge.
  • Une 6e semaine de congé. Face à l'intensité du travail, la pression, le stress et le floutage de la limite entre vie professionnelle et privée que vivent de nombreux salariés au Luxembourg, l'OGBL revendique une 6e semaine de congé légale. Le 26e jour de congé pour les salariés qui n'ont pas de convention collective et le jour férié supplémentaire annoncés par le gouvernement sont «un premier pas dans la bonne direction». Le syndicat est contre la libéralisation des heures d'ouverture des magasins et pour le télétravail «qui est légalement bien réglementé».
  • Des allocations familiales indexées. C'est l'une des revendications de longue date de l'OGBL: les allocations familiales «doivent être indexées mais aussi adaptées au salaire médian», répète André Roeltgen. Il rappelle qu'en 2014 le premier gouvernement Bettel s'était pourtant engagé à introduire un nouveau mécanisme pour adapter les allocations familiales à l'évolution des prix et des salaires. Le nouveau programme gouvernemental prévoit de réindexer les allocations mais... en 2023. «Pourquoi ne pas le faire en début de législature?», s'énerve Roeltgen.
  • Des conventions collectives pour tous les salariés. Ce n'est qu'à travers l'instauration de conventions collectives de travail pour tous que le syndicat dit pouvoir revendiquer «de bons salaires pour tous les salariés». L'ennui c'est qu'actuellement «50% des salariés au Luxembourg n'ont pas de convention collective. C'est une injustice», lance André Roeltgen.
  • Des emplois sûrs à l'heure de la digitalisation. Le «travail 4.0» c'est bien mais il a aussi des effets négatifs sur les relations et les conditions de travail. L'OGBL revendique le «renforcement de la protection du salarié pendant toute sa carrière professionnelle» et un meilleur accès à la formation continue.
  • De bons salaires pour les jeunes. L'OGBL estime de façon générale que le CDI doit rester la règle. Le CDD et le travail intérimaire doivent être «strictement limités». Le syndicat demande aussi une «meilleure réglementation des stages en entreprises. Chaque stage doit être considéré comme un travail qui doit être rémunéré à sa juste valeur».
  • Des pensions sûres pour les retraités. De «bonnes pensions aujourd'hui et à l'avenir», c'est le credo de l'OGBL qui ne tolérera «aucune attaque envers le financement solidaire» des pensions.
  • Des logements sociaux et une taxe sur la rétention de terrains. Le président de l'OGBL réclame «le développement massif et l'investissement dans des logements sociaux». A ses yeux, «ce qui est prévu dans le programme gouvernemental et le combat contre la spéculation ne suffisent pas, et de loin!» Pour stopper la spéculation, l'OGBL veut que l'Etat limite les prix des terrains et introduise une taxe de rétention des terrains au niveau national. L'OGBL veut aussi que les prix de location soient limités.
  • Réintroduction de l'impôt sur la fortune. L'OGBL est d'avis que de manière générale, «le capital et le patrimoine sont trop faiblement taxés par rapport au travail». Le syndicat est opposé à la nouvelle baisse de l'imposition des entreprises proposée par le gouvernement Bettel. Et il se prononce pour la réintroduction de l'impôt sur la fortune au Luxembourg.

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