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«L'introduction du moustique-tigre est inévitable»
Luxembourg 7 min. 29.05.2022
Santé

«L'introduction du moustique-tigre est inévitable»

 Le chikungunya, la dengue, ou encore le virus Zika, sont des maladies qui planent au-dessus de nos têtes avec l'arrivée de l'insecte dans nos contrées.
Santé

«L'introduction du moustique-tigre est inévitable»

Le chikungunya, la dengue, ou encore le virus Zika, sont des maladies qui planent au-dessus de nos têtes avec l'arrivée de l'insecte dans nos contrées.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 7 min. 29.05.2022
Santé

«L'introduction du moustique-tigre est inévitable»

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Si l'espèce invasive n'a pas encore été repérée sur le territoire national, ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle ne s'y installe. Le moustique-tigre inquiète notamment en raison des maladies qu'il peut transmettre.

Il a été aperçu en France, en Allemagne, en Belgique et même encore plus au nord, aux Pays-Bas. Le Luxembourg est encerclé de populations de moustiques-tigres, mais résiste encore et toujours à l'envahisseur. Mais pour combien de temps? Plus très longtemps, à en croire Francis Schaffner, le monsieur moustique du Grand-Duché.


Un chasseur de moustiques quadrille tout le pays
Pour éviter une épidémie et savoir à l'avenir si les insectes transmettant des virus dangereux vivent chez nous, le Luxembourg crée son premier atlas des moustiques. Un travail de fourmi confié à un spécialiste de l'Université de Zurich. Suivons-le.

Ce chercheur de l'Université de Zurich, expert en entomologie médicale et vétérinaire, surveille de près les moustiques invasifs dans les pays d'Europe, et plus particulièrement au Luxembourg, afin d'éviter, lorsque cela est possible, leur installation. «Je gère plus spécifiquement le risque lié aux maladies transmises par les insectes, en travaillant avec l'OMS et les gouvernements», précise l'intéressé, qui s'intéresse aux moustiques depuis 37 ans, rien que cela.

Alors, quand le Grand-Duché a voulu effectuer un état de la situation, et savoir si certaines espèces invasives avaient élu domicile dans le pays, c'est tout naturellement qu'il a fait appel à l'expert français. Ce dernier a travaillé en collaboration avec le Dr Christian Ries, conservateur à la section d'écologie du musée et en charge du projet. L'objectif des deux spécialistes: répertorier l'ensemble des moustiques présents sur le territoire, dans le but de réaliser un atlas des moustiques exotiques, à la demande des ministères de la Santé et de l'Environnement.

Un vecteur de maladies tropicales

«Il s'agissait d'avoir une sorte d'état zéro sur la présence des moustiques invasifs dans le pays», résume Francis Schaffner. Un travail de fourmi qui a duré trois ans, motivé par l'apparition du moustique japonais, trouvé à Stolzemburg en 2018. «Nous sommes actuellement dans la phase de rédaction finale de ce rapport, qui sera publié dans la revue du Musée d'histoire naturelle, d'ici à trois mois.»


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Ce moustique japonais, envoyé par un particulier au musée, est cependant loin d'être aussi inquiétant que le moustique-tigre, et à juste titre. «Le japonicus pique surtout les animaux, et il n'est pas un bon vecteur, contrairement au moustique-tigre, qui peut transmettre des virus sous réserve qu'il soit infecté lui-même», explique le chercheur. Le chikungunya, la dengue, ou encore le virus Zika, sont des maladies qui planent au-dessus de nos têtes avec l'arrivée de l'insecte dans nos contrées. «Tous les ans, ces virus sont réintroduits par des voyageurs.»

Pour faire la chasse au moustique-tigre, les deux experts ont mis en place une technique de surveillance bien précise. Loin des marécages ou de la forêt, où tout un chacun pourrait s'attendre à croiser ces insectes, les chercheurs ont installé leur matériel sur des aires de repos d'autoroutes. «Il s'agit de véritables points d'entrée. Ce moustique suit les gens dans leurs mouvements, il est donc capable de rentrer dans un véhicule sans qu'on y prête attention, et on le transporte ainsi du sud de l'Europe, où il est bien installé, vers le nord.» Une migration également favorisée par le réchauffement climatique.

Les introductions ponctuelles sont possibles et peuvent totalement passer inaperçues.

Francis Schaffner, chercheur à l'Université de Zurich

Également surveillées de près, des plateformes logistiques ferroviaires et routières, ainsi que l'aéroport du Findel. Les spécialistes y ont déposé des récipients noirs qui contenaient de l'eau stagnante par-dessus laquelle était déposée une baguette de bois, servant de support de ponte pour l'insecte. Une installation qui imite les conditions naturelles de ponte. Tous les quinze jours, elle était changée, afin de vérifier si des oeufs de moustique y avaient été pondus. Mené en 2019 et en 2020, ce dispositif n'a permis de déceler aucune trace du moustique-tigre.

Faire la chasse aux eaux stagnantes

Mais pas de quoi se réjouir, prévient Francis Schaffner. «Les introductions ponctuelles sont possibles et peuvent totalement passer inaperçues. Il est impossible de chercher partout et pendant toute la saison.» Cela peut par exemple être le cas si un voyageur transporte l'insecte dans sa voiture, et qu'il se rend directement chez lui, sans passer par une aire d'autoroute. «Il n'y a aucun doute que ce moustique soit introduit un jour ou l'autre, c'est inévitable.»


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L'insecte est particulièrement friand d'eau stagnante artificielle, qui peut être contenue dans des seaux ou des arrosoirs, par exemple. «Ce sont des moustiques qui survivent particulièrement bien dans des milieux urbanisés, c'est pourquoi le premier levier d'action contre la prolifération de ces moustiques résulte en une campagne d'information», appuie le chercheur. En limitant un maximum ces eaux stagnantes dans son jardin, on réduit considérablement les chances d'installation de l'insecte. 

D'autant plus que l'espèce dispose de capacités d'adaptation particulières, et peut survivre à des conditions qui sont de plus en plus tempérées. Pour éviter une prolifération problématique, Francis Schafner conseille une surveillance passive, qui consiste en un système d'alerte fonctionnant grâce à une application, déjà utilisée dans d'autres pays. Chaque résident peut ainsi signaler avoir vu un moustique qui semble inhabituel, à l'aide d'une photo. «En tant que délégué pour le Luxembourg, si quelqu'un utilise l'application Mosquito Alert, je reçois une alerte, je valide la photo et envoie un retour d'information à la personne, ainsi qu'à la direction de la Santé», détaille le chercheur.

Les larves de moustique se trouvent à la surface de récipients contenant de l'eau stagnante.
Les larves de moustique se trouvent à la surface de récipients contenant de l'eau stagnante.
Photo: LW/Archives

Un tel système permettrait de surveiller en temps réel l'installation du moustique-tigre, voire de la retarder grâce à des traitements spécifiques, afin de limiter tout risque de transmission de virus. «Un tel plan de prévention doit encore être mis en place au Luxembourg, mais il existe déjà dans d'autres pays d'Europe, comme les Pays-Bas, qui arrivent à endiguer toutes les introductions du moustique-tigre qui sont très régulières depuis 15 ans.» 

Pour endiguer sa prolifération, différentes techniques peuvent être utilisées. Au-delà de la communication, qui permet d'éliminer les gîtes larvaires, une fois installées, les larves de moustique peuvent être éliminées avec du BTI. Ce larvicide biologique, une fois versé dans l'eau, élimine spécifiquement certaines familles d'insecte en fonction de son dosage. «Il y a également la technique des insectes stériles qui consiste à élever des moustiques et à stériliser des mâles. Une fois relâchée dans la nature, la descendance des femelles est stérile, ce qui permet d'avoir un impact considérable sur la population.» 

De telles procédures ont cependant un coût qui peut vite se chiffrer à des montants impressionnants. «Donc la question est de savoir qui est prêt à financer tout ça.» D'autant plus que les larvicides ne se trouvent pas forcément sur le marché, la législation européenne encadrant strictement les biocides. «Chaque pays doit donner une autorisation de mise sur le marché, cela nécessite ainsi de préparer l'aspect législatif», poursuit le chercheur.


online.fr, Francesco Vitali, Insektenspezialist, Naturmuseum,   Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
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Et si le moustique-tigre n'a pas été repéré par les deux experts, ces derniers ont tout de même pu identifier une trentaine d'espèces présentes sur le territoire luxembourgeois. Si certains moustiques sont dans leur aire de répartition normale, ayant déjà été repérés dans les pays voisins, les spécialistes ont repéré des choses intéressantes. 

«On a trouvé des espèces à répartition traditionnellement méditerranéenne, qui supportent normalement des climats relativement doux, comme l'Uranotaenia ou le Culex modestus, installées du côté de Remich.» C'est en effet dans la réserve naturelle particulièrement humide que les chasseurs de moustiques ont repéré le plus de diversité en ce qui concerne le nombre d'espèces d'insecte. Mais heureusement, pour le moment, rien d'inquiétant.

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