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«L'inégalité entre les femmes et les hommes me révolte»
Luxembourg 8 min. 11.03.2022 Cet article est archivé
Rencontre avec Sam Tanson

«L'inégalité entre les femmes et les hommes me révolte»

Sam Tanson (Déi Gréng) s'est confiée sur son ascension politique en tant que femme, ainsi que sur son attachement à la cause féministe.
Rencontre avec Sam Tanson

«L'inégalité entre les femmes et les hommes me révolte»

Sam Tanson (Déi Gréng) s'est confiée sur son ascension politique en tant que femme, ainsi que sur son attachement à la cause féministe.
Photo: Anouk Antony
Luxembourg 8 min. 11.03.2022 Cet article est archivé
Rencontre avec Sam Tanson

«L'inégalité entre les femmes et les hommes me révolte»

Simon MARTIN
Simon MARTIN
La ministre de la Justice et de la Culture Sam Tanson se livre sur son combat pour la cause féministe et sur les progrès déjà réalisés au Luxembourg.

A l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, qui a eu lieu le 8 mars dernier, nous avons eu l'occasion de mettre plusieurs femmes à l'honneur au cours de cette semaine. Des femmes déterminées à défendre leurs droits pour une société plus égalitaire. Ministre de la Justice et de la Culture, Sam Tanson (Déi Gréng) s'est confiée sur son ascension politique en tant que femme, ainsi que sur son attachement à la cause féministe.

Sam Tanson, vous avez déjà expliqué à plusieurs reprises votre attachement à la cause féministe. D'où provient-il justement ?


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«Cela vient tout simplement du fait que je suis une femme (rires). Ce que je veux dire par là, c'est que l'inégalité entre les hommes et les femmes m'a toujours révoltée, même si personnellement je n'ai que très rarement eu la perception d'être moins bien traitée en raison du fait que je sois une femme. L'inégalité d'une manière générale me révolte, car c'est fondé sur quelque chose sur lequel on n'a aucune influence, c'est-à-dire le genre avec lequel on est né. C'est absolument incompréhensible. Plus je me suis penchée sur la question et plus cela m'a touchée. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je me suis engagée chez les Verts, parce que la cause féministe est aussi à la base de la création du parti.

Selon vous, que signifie «être une femme» au Luxembourg en 2022?

«J'estime que les Luxembourgeoises ont beaucoup plus de chance que des femmes dans d'autres pays parce que beaucoup d'efforts ont déjà été réalisés au niveau politique, social ou encore législatif pour justement faire en sorte que les femmes soient aussi égales aux hommes que possible. Mais il y a bien entendu encore du chemin à faire, ne serait-ce qu'en matière de représentation féminine au sein du gouvernement, à la Chambre des députés ou au sein des bourgmestres des communes. Il y a toujours une majorité d'hommes, c'est indéniable. Le constat est le même dans les grandes entreprises, bien que l'on retrouve de plus en plus de femmes à des postes à haute responsabilité. Quoi qu'il en soit, l'égalité n'est pas encore là.

La cause féministe est aussi à la base de la création du parti des Verts

Sam Tanson, ministre de la Justice (Déi Gréng)

Trouvez-vous qu'il y a néanmoins eu du mieux ces dernières années en la matière? 

«Je pense que c'est de toute façon une question en permanente évolution et je réalise aussi que c'est surtout une question d'éducation perpétuelle. Ainsi, je constate que les jeunes d'aujourd'hui approchent la question de manière complètement différente. Ces derniers ont beaucoup moins d'a priori qu'il y a une vingtaine d'années. On voit une réelle évolution dans la société. Et c'est cette évolution qui aura un réel impact sur celle-ci à moyen terme et de facto, sur l'égalité des genres.


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Vous parlez d'évolution. Au cours de votre ascension politique, avez-vous justement dû être confrontée aux difficultés liées à votre condition de femme?

«Comme je me suis engagée chez les Verts, la parité est vraiment inscrite dans notre ADN. Donc, c'était même plutôt un avantage qu'un inconvénient (elle sourit). Au sein du parti, des personnes comme François Bausch (l'actuel vice-Premier ministre et ministre de la Défense, de la Mobilité et des Travaux publics, NDLR) ont toujours tenté de soutenir les jeunes et les femmes en particulier. C'est plutôt du point de vue du vécu qu'effectivement, lorsque j'étais plus jeune, j'avais souvent un peu l'impression qu'il fallait que je connaisse les dossiers sur le bout des doigts et que je fasse preuve d'une solidité sans faille, peut-être plus que les hommes du même âge que moi. 

Vous avez donc eu le sentiment d'avoir dû fournir deux fois plus d'efforts pour prouver votre valeur...

«Disons que je pars toujours du principe qu'il est important de connaître ses dossiers et de travailler sérieusement. Mais c'est clair que pour certaines personnes, on est moins pris au sérieux si on est jeune, mais aussi et surtout si on est une femme.

Je ne suis pas du genre à me laisser faire en cas de remarques désobligeantes

Sam Tanson

Ces jugements à votre encontre, émanaient-ils de personnes présentes dans le paysage politique depuis un certain temps?

«Je me rappelle de plusieurs politiques qui, d'un air hautain, me ramenaient à ma condition de femme. Lorsque je suis devenu députée et puis ministre, je n'ai plus trop ressenti ce sentiment de dédain à mon encontre.


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Avez-vous le souvenir d'une phrase ou un mot qui vous a particulièrement blessée au cours de votre carrière?

«Ce n'était pas personnel, mais lors d'un échange d'e-mails, des remarques sexistes ont été employées par rapport à une femme qui n'était pas incluse dans le cercle de discussion. Cela m'avait mise hors de moi et je n'avais pas manqué de le faire remarquer. 

Est-ce que vous ressentez qu'il y a encore du sexisme dans la classe politique luxembourgeoise?

«C'est compliqué à répondre, car je ne l'ai pas vécu personnellement et puis, je ne suis pas du genre à me laisser faire (rires).

Toute cette question de l'égalité, c'est ce qui a éveillé votre goût pour la justice?


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«C'est certainement une des raisons qui m'a motivée à faire des études de droit parce que je pense qu'il est primordial que toute personne puisse s'engager soit au niveau politique ou judiciaire pour faire valoir ses droits. C'était aussi certainement un moteur pour mon engagement politique.

Lors de la crise sanitaire, on n’a jamais autant entendu parler du phénomène des violences intrafamiliales. De votre côté, avez-vous ressenti une augmentation dans les chiffres?

«En 2020, il y a eu au total 1.640 affaires entrées au Parquet pour les infractions visées aux articles mentionnés à l’article III de la loi modifiée du 8 septembre 2003 sur la violence domestique. En 2019, il y en avait eu 1.692 affaires (NDLR: les victimes de ces affaires peuvent être autant des femmes que des hommes). Il n'y a donc pas eu d'augmentation nette dans les chiffres. Il est toutefois important de noter que la crise sanitaire a permis une nouvelle fois de parler de ce problème de société. C'est par le fait d'en parler que les gens réalisent que ce n'est pas quelque chose qu'on doit subir. En informant la population des moyens d'action qui existent, on peut participer à endiguer le phénomène.


Politik, Taina Bofferding, Reform des Gemeindegesetzes/Stand der Dinge Foto: Luxemburger Wort/Anouk Antony
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Concernant ces violences, quels sont les projets et les actions de sensibilisation en cours, ainsi que celles qui doivent voir le jour? 

«Du point de vue de la sensibilisation, c'est bien entendu la ministre de l'Egalité des chances Taina Bofferding (LSAP) qui en a la charge. On a toutefois un groupe de travail avec la police, le ministère de l'Egalité des chances et celui de la Justice au sein duquel on travaille sur cette problématique. Nous avons d'ailleurs présenté un plan d'actions il y a quelques mois. En ce qui concerne le volet justice, nous travaillons sur un projet de bracelets électroniques pour faire en sorte que les victimes puissent être protégées et que les auteurs de violences ne puissent plus se rapprocher de celles-ci, qu'on puisse avoir un contrôle par le biais d'un bracelet électronique également. 

Mais on vise également un renforcement des dispositions du Code pénal qui ne sont pas forcément actualisées par rapport aux nouveaux moyens digitaux. En effet, il peut y avoir un réel harcèlement digital qui peut exister parallèlement aux situations de violences domestiques, avec des intrusions dans la vie privée, etc.

Ces nouveaux projets, notamment celui du bracelet électronique, quand doivent-ils voir le jour? 

«Au sein de notre groupe interministériel, nous sommes toujours en train d'élaborer des pistes afin de développer des systèmes qui empêcheraient les auteurs de se rapprocher des victimes, car c'est la grande crainte de ces dernières. Cela dit, on doit élaborer, avant toute chose, le cadre législatif autour de ces nouveaux moyens. 


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Et en ce qui concerne l'égalité hommes-femmes en tant que telle, voyez-vous des pistes de solution?

«Je pense qu'on a déjà fait un grand pas en avant en introduisant la parité sur les listes électorales. Je pense que tous les partis ont un travail à fournir: aller chercher les femmes, les promouvoir et leur donner tous les outils nécessaires pour affronter les défis de la vie politique. On peut voir ces efforts au sein de Déi Gréng où, au sein du groupe parlementaire à la Chambre des députés, les hommes sont même désormais minoritaires.

Il y a aussi des jeunes qui se sont engagés dans la vie politique, certains pour des raisons féministes. Je pense notamment à Jessie Thill dont l'un de ses engagements principaux est le féminisme. Au sein des Verts, il y a également toujours une double présidence homme-femme, tant chez les jeunes que chez les aînés. Bref, Déi Gréng a toujours eu à cœur de s'engager pour la parité grâce à ces valeurs de progressisme».

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