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L'impact de la crise sur les enfants placés s'étudie
Luxembourg 4 min. 14.02.2022 Cet article est archivé
Pandémie au Luxembourg

L'impact de la crise sur les enfants placés s'étudie

En réalité, il n'existe que très peu de données sur le bien-être des enfants placés en dehors de leur famille.
Pandémie au Luxembourg

L'impact de la crise sur les enfants placés s'étudie

En réalité, il n'existe que très peu de données sur le bien-être des enfants placés en dehors de leur famille.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 4 min. 14.02.2022 Cet article est archivé
Pandémie au Luxembourg

L'impact de la crise sur les enfants placés s'étudie

L'étude HERO se penche sur la souffrance engendrée par la pandémie chez les enfants placés hors de leur famille. Au Luxembourg, 1.281 mineurs et jeunes adultes ne grandissent pas à la maison.

(BaL avec Michèle GANTENBEIN) Ils sont considérés comme particulièrement vulnérables. Les enfants placés sont au coeur d'une étude, nommée HERO, qui s'intéresse à leur vécu pendant ces deux années de pandémie. Et plus particulièrement, à leur bien-être. Alors que la crise sanitaire a considérablement modifié la vie sociale de l'ensemble de la population, les enfants et les adolescents sont les premiers à souffrir de cette situation.


online.fr, Politik, Illustration Kinderrechtsbeauftragter Charel Schmit Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
«C'est aux adultes de se faire vacciner»
Pour Charel Schmit, la vaccination des enfants doit être utilisée en ultime recours face à la pandémie. L'Ombudsman fir Kanner a Jugendlecher estime que les jeunes générations ont déjà trop souffert de la crise covid.

Ainsi, psychologues, thérapeutes et pédiatres n'ont de cesse d'attirer l'attention sur l'impact des restrictions sanitaires sur les tout-petits. Des appels qui peinent à être entendus et à être pris au sérieux, tant les risques pour les enfants de développer une forme grave du covid-19 sont faibles. Ils disparaissent alors du radar politique et social. «Ils sont vite oubliés en tant que sujets ayant leurs propres besoins», alertait en mai 2020 l'association allemande des pédiatres. 

Un groupe a davantage été touché par cette absence d'intérêt manifesté à son égard. Il s'agit des enfants et des adolescents vivant hors de leur famille. Au Grand-Duché, ils sont 1.218 à grandir en dehors du domicile familial. Parmi eux, 58% sont placés dans un foyer, tandis que 42% vivent dans une famille d'accueil. S'ils sont considérés comme des enfants vulnérables, c'est en raison de leur situation personnelle, familiale et sociale difficile, de laquelle découle un risque d'être désavantagés à long terme.

Surmonter les épreuves

C'est à ce groupe particulier que le Dr Pascale Engel de Abreu souhaite donner la parole. La psychologue du développement, chercheuse à l'Université du Luxembourg, lance avec le Dr Cyril Wealer, également chercheur en psychologie de l'enfant à l'Université du Luxembourg, cette étude sur la santé mentale de ces enfants pendant la pandémie à la mi-février. Ce travail s'intéressera également à la résilience de ce groupe de jeunes, c'est-à-dire leur capacité à faire face à des situations de vie défavorables et à les surmonter. 


Maltraitance, abus, problème de garde, d'accès aux soins, à la sécurité : même au Luxembourg, les enfants restent sous pression.
Les droits si fragiles des enfants
L'Ombudscomité fir d’Rechter vum Kand s'est penché sur 129 nouveaux cas d'enfants vivant au Luxembourg et dont les droits ne sont pas respectés. Parmi les dossiers traités, un quart concernent de jeunes étrangers en situation précaire.

A travers une série de questionnaires, l'impact de la pandémie sur le bien-être des enfants et la manière dont ils gèrent les contraintes va être déterminé. «Les enfants issus de milieux difficiles ont infiniment plus de mal à prendre pied dans la vie», explique Pascale Engel. Par ailleurs, des études montreraient qu'il n'est pas rare que les enfants de personnes ayant grandi en dehors de leur famille connaissent le même sort avec leurs propres enfants. «Pour mettre fin à ce cercle vicieux, il faut aider ces jeunes», déclare la chercheuse. 

Pour cela, l'implication de toute la société est nécessaire, des soignants aux chercheurs, en passant par les politiques. Si la santé mentale des enfants n'est devenue un sujet de préoccupation que lors de la pandémie, «ce n'est que la pointe d'un iceberg que nous avons trop longtemps ignoré», estime Pascale Engel. La psychologue y voit donc la chance «d'entreprendre enfin quelque chose maintenant, d'autant plus que la pandémie n'a pas amélioré les choses». 

Ce qui manque, ce sont des données. Il en existe peu sur le bien-être des enfants, et tout particulièrement des enfants placés hors de leur famille. Un constat qui n'a pas échappé à l'OCDE, dans son rapport 2021. «On y lit que les enfants placés hors de leur famille sont à peine perçus par le public et qu'il manque des données empiriques sur le bien-être de ce groupe», explique Pascale Engel. Selon l'institution, l'une des raisons de ce manque de données sur les enfants est le manque d'ambition et de créativité des chercheurs et des gouvernements pour se lancer dans ce domaine. L'OCDE appelle donc à des efforts plus importants. 

 Le Luxembourg doit en faire plus 

Le Luxembourg dispose de données d'études, il n'a donc pas été totalement inactif sur le sujet, «mais elles concernent la population générale. Les enfants placés hors de leur famille ne représentent qu'un petit groupe de tous les enfants et restent invisibles dans les statistiques nationales obtenues à partir d'enquêtes standard représentatives. Pour eux, nous avons besoin d'enquêtes spécifiques», indique la psychologue. Le Luxembourg doit donc en faire plus. 

C'est également ce que disent les Nations unies dans leurs recommandations concernant la mise en œuvre des droits de l'enfant. Le document stipule que le Luxembourg doit élargir son système de collecte de données et en collecter davantage afin de pouvoir étudier la situation de tous les enfants, en particulier celle des enfants vulnérables.

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La psychologue Pascale Engel de Abreu a participé à l'étude Covid Kids, étudiant l'impact de la crise sanitaire sur les plus jeunes. Une étude réalisée entre mai et juillet 2020 mais qui devrait, selon elle, être prolongée afin de mieux connaître les répercussions psychologiques chez les enfants.
Three kids wearing anti virus masks. Kids are going to school. 
Shot with BMPCC4k with Q0 Raw
Le ministère de la Justice travaille à la préparation d'un nouveau projet de loi assurant une meilleure protection des droits de l'enfant. De quoi satisfaire, en partie, l’Ombudscomité fir d’Rechter vum Kand (ORK) qui vient de présenter 56 recommandations.