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L'hydroélectricité à l'épreuve du réchauffement climatique
Luxembourg 5 min. 09.08.2022
Energie

L'hydroélectricité à l'épreuve du réchauffement climatique

Au cours de l'année 2020, la production d'hydroélectricité de la Société électrique de l'Our a baissé de 28% par rapport à la moyenne 1965-2019.
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L'hydroélectricité à l'épreuve du réchauffement climatique

Au cours de l'année 2020, la production d'hydroélectricité de la Société électrique de l'Our a baissé de 28% par rapport à la moyenne 1965-2019.
Photo: Wahlen
Luxembourg 5 min. 09.08.2022
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L'hydroélectricité à l'épreuve du réchauffement climatique

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Des hivers plus doux et des étés plus secs: un cocktail explosif pour faire baisser le débit des cours d'eau luxembourgeois, et, inévitablement, la production des centrales hydroélectriques.

Elle a beau être un allié de taille face au réchauffement climatique, la production d'hydroélectricité souffre des effets de ce dernier. Si cette source d'énergie décarbonée ne représentait que 8,5% de la production d'électricité sur le territoire national en 2021, elle pourrait bien voir sa part encore diminuer dans les prochaines années.


Durch die Renaturierung der Petruss soll auch die Überschwemmungsgefahr vermindert werden.
Les cours d'eau et les poissons en souffrance
La sécheresse et la chaleur qui règnent depuis plusieurs semaines ont des conséquences néfastes sur les cours d'eau luxembourgeois et sur la faune qui y vit.

Grande responsable de cette situation, la sécheresse pousse les turbines à ralentir. Le barrage d'Esch-sur-Sûre servant prioritairement de réserve d'eau potable, puis de régulateur de crue, la production d'énergie électrique arrive seulement en dernier lieu, et est ainsi la première à être impactée par la situation. «Comme la consommation d'eau potable ne cesse d'augmenter, le Syndicat des eaux du barrage d'Esch-sur-Sûre est en train de construire une nouvelle station de traitement pour répondre à cette demande croissante», fait savoir Luc Reinig, directeur de la Société électrique de l'Our (SEO).

Combinée au manque de pluie, cette ponction supplémentaire de la ressource entrainera une baisse de la production d'hydroélectricité du barrage, qui sera visible dans les années à venir. Mais de telles variations ont déjà été identifiées ces dernières années. «Depuis six ans, la SEO constate des périodes hivernales de moins en moins humides et des périodes estivales de plus en plus sèches», poursuit le directeur.

Une forte baisse en 2020

Une observation valable autant pour les centrales d'Esch-sur-Sûre, Rosport et Ettelbruck que pour les sept centrales hydroélectriques au fil de l'eau exploitées par la SEO sur la Moselle. En tant que voie navigable, le transport de marchandises prime sur la production d'électricité. «Par le passé, la fonte des neiges dans les Vosges permettait à la Moselle d'avoir de l'eau après l'hiver jusqu'au début de l'été. Comme il n’y a pas eu de neige ces dernières années, la période d’étiage se fait sentir de plus en plus tôt.» 


La source de la Moselle est à sec
Alors que la sécheresse touche l'ensemble des quatre départements lorrains, la source de la Moselle s'est tarie dans les Vosges, à Bussang.

Alors que les fortes pluies entraînent le plus souvent des crues, la fonte de neige, elle, s'étalant sur une période plus longue, a un effet différent sur le débit du cours d'eau. La nature absorbe une partie de la neige fondue, tandis que le reste s'écoule lentement dans la rivière.

Une modification de la pluviométrie qui peut parfois entraîner des baisses significatives de la production électrique. Si en 2019 et en 2021 la production correspondait plus ou moins à la moyenne 1965-2020, l'année 2020 a particulièrement souffert de cette évolution, en enregistrant une variation de production de -28% par rapport à la moyenne. En 2018, la baisse avait été de 20%. «On ne s'est rendu compte des impacts du réchauffement climatique que ces dernières années. Dans le passé, il y a toujours eu des fluctuations, mais elles étaient moins prononcées.»

Si le Luxembourg vient de lever sa phase de vigilance concernant son approvisionnement en eau potable, des difficultés supplémentaires restent à craindre à l'automne. En cas de sécheresse prolongée, l'afflux des rivières restera médiocre et forcera l'arrêt des turbines, mais il ne s'agit pas du seul risque que court le pays. «S'il y a trop de précipitations, nous risquons des crues et inondations», ajoute le directeur de la SEO. 

Au regard des évolutions des dernières années, de nouvelles baisses de production sont à craindre, et il est difficile de les compenser techniquement. «On peut toujours optimiser les installations en place en remplaçant par exemple les turbines des années 60  par de nouvelles, ou en optimisant la régulation», indique Luc Reinig, avant de nuancer. «Ces optimisations peuvent rapporter un gain en productivité de quelques pour cent tout au plus et ne sont pas assez importants pour compenser les baisses.» Sans compter l'investissement non négligeable que représenterait la mise en place de ces améliorations qui ne sont, pour l'instant, pas à l'ordre du jour.

La fermeture d'une centrale ne sera qu'une toute dernière option. Avant d'en arriver là, on verra comment réduire les prix de revient pour se prémunir contre les conséquences du changement climatique.

Luc Reinig, directeur de la Société électrique de l'Our

En revanche, elles pourraient le devenir, si la pression climatique devient trop forte sur les centrales, de là à entraver totalement leur fonctionnement et à entraîner des craintes quant à de possibles fermetures pour des raisons économiques. «La fermeture d'une centrale ne sera qu'une toute dernière option. Avant d'en arriver là, on verra comment réduire les prix de revient pour se prémunir contre les conséquences du changement climatique», poursuit le directeur de la SEO, tout en soulignant que de telles inquiétudes ne planent pas encore à l'heure actuelle.


Une sécheresse record attendue pour les cours d'eau
La consommation d'eau potable ayant diminué après la mise en place d'une phase de vigilance, l'État luxembourgeois a décidé de lever certaines restrictions qui s'appliquaient, mais la situation des cours d'eau du pays reste inquiétante.

Quid de la construction de nouvelles centrales pour compenser la baisse de production des infrastructures existantes? Sur le territoire national, aucun développement de l'énergie hydraulique ne peut être envisagé en raison de l'absence de sites supplémentaires disponibles. «Depuis les années 60, une seule centrale a été construite, celle de Schengen, mise en service en 1995», rappelle Luc Reinig, tout en indiquant qu'une centrale «est conçue pour l'éternité».

À la situation de sécheresse, qui touche une grande partie de l'Europe, s'ajoute également la hausse du prix des matières premières telles que la graisse, l'huile ou encore les pièces de rechange. De quoi impacter le coût de production de l'hydroélectricité. Si, pour le moment, il est impossible pour le directeur de la SEO de quantifier l'impact de ce renchérissement, il reste clair que «le prix de revient va augmenter vu l'évolution générale des prix».

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