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L'historien qui rêve de la vie de forain
Luxembourg 4 min. 07.09.2016 Cet article est archivé
Steve Kayser était tous les jours à la Schueberfouer

L'historien qui rêve de la vie de forain

Steve Kayser: «J'ai pris conscience que la fête foraine est souvent un monde méconnu dont on a du mal à comprendre la profondeur culturelle, sociologique et historique».»
Steve Kayser était tous les jours à la Schueberfouer

L'historien qui rêve de la vie de forain

Steve Kayser: «J'ai pris conscience que la fête foraine est souvent un monde méconnu dont on a du mal à comprendre la profondeur culturelle, sociologique et historique».»
Photo: Maurice Fick
Luxembourg 4 min. 07.09.2016 Cet article est archivé
Steve Kayser était tous les jours à la Schueberfouer

L'historien qui rêve de la vie de forain

Maurice FICK
Maurice FICK
De temps en temps il monte sur un manège mais déteste les métiers qui font tourner la tête. Pourtant l'historien Steve Kayser, 44 ans, vient de passer trois semaines dans les allées de la Schueberfouer et suivra de près son démontage. «Le monde des fêtes foraines, c'est ma passion», confesse-t-il. Mais qu'est-ce qui l'attire autant?

Par Maurice Fick

De temps en temps il monte sur un manège mais déteste les métiers qui font tourner la tête. Pourtant l'historien Steve Kayser, 44 ans, vient de passer trois semaines dans les allées de la Schueberfouer et suivra de près son démontage à partir de ce mercredi soir. «Le monde des fêtes foraines, c'est ma passion», confesse-t-il. Mais qu'est-ce qui l'attire autant?

En un mot, c'est la magie qui se déroule spontanément en coulisses. Et qui, depuis des siècles, redonne toujours vie à la fête foraine. Au Glacis comme ailleurs. Une magie faite du savoir-être des forains, de leur savoir-faire transmis et revalorisé au fil des générations et d'un patrimoine ambulant inestimable. «J'ai toujours vu que les gens ne prenaient pas ça au sérieux. Mais la fête foraine c'est un pan important de notre culture populaire. Et ça m'a toujours intéressé», glisse le gaillard prof d'histoire qui fera sa rentrée dans quelques jours à l'Athénée à Luxembourg.

Chemise blanche, lunettes branchées, le sac en bandoulière avec son carnet de notes à l'intérieur, Steve Kayser n'a peut-être pas de manège mais il fait partie du sérail forain. Quand il passe dans les allées de la foire luxembourgeoise, il n'est pas un patron de manège qui ne l'appelle par son prénom. L'historien et ancien directeur du Centre de documentation et de recherche sur l'enrôlement forcé qu'il a dirigé durant dix ans (jusqu'en juillet), a eu le temps de se faire un nom parmi eux. En publiant plusieurs ouvrages sérieux sur la Schueberfouer mais surtout en créant de solides liens avec ces familles qui bougent beaucoup.

Photo: Maurice Fick

«Pour moi, la fête foraine ne s'arrête jamais! Je suis en contact avec les forains tout le temps. On s'appelle, on se rencontre sur d'autres fêtes foraines, des salons, des expositions ou à Europa Park». Pour nourrir sa passion pour les arts forains et en comprendre les arcanes, Steve Kayser avale des kilomètres et se rend aussi bien dans les kermesses luxembourgeoises que dans toutes les grandes fêtes foraines européennes: Paris, Nancy, Bruxelles, Dusseldorf, Liège, Ostende, Munich, Oldenbourg, etc...

Carrousel Chronorama

L'historien est invité dans les cabines des manèges, aux bonnes tables et écoute avec gourmandise les histoires des forains. Leur Histoire. Il est régulièrement bluffé par leur énergie et leur incroyable sens de la logistique. Il connaît sur le bout des doigts, la date de construction et le nom des concepteurs ou décorateurs des manèges et restaurants de la foire: «Ici par exemple, on est dans un Mack», glisse Steve Kayser attablé chez «Schwarzwald Christel».

J'ai un grand rêve: réaliser un grand musée des arts forains à Luxembourg

Du nom de «Franz Mack, le créateur du parc de loisirs Europa Park à Rust qui conçoit des manèges, des caravanes pour les forains ou des voitures-fourgons pour les cirques à Waldkirch en Allemagne», explique Steve Kayser. Le Luxembourgeois a eu la chance de visiter la maison natale de Franz Mack et de voir «la table à dessin sur laquelle il a dessiné à l'équerre et au crayon ses manèges. C'était un moment rare que j'ai dégusté.»

Si Steve Kayser vit chaque année la Schueberfouer comme «une source revitalisante», il a aussi «pris conscience que la fête foraine est souvent un monde méconnu dont on a du mal à comprendre la profondeur culturelle, sociologique et historique». Voilà deux ans, il a décidé d'apporter une réponse aussi pédagogique que ludique en créant le Carrousel Chronorama sur Facebook. Son carnet de pérégrinations dans les allées des foires qu'il nourrit quotidiennement durant la Schueberfouer et très régulièrement toute l'année avec des vidéos, coups de cœur, histoires de rencontres, etc. «C'est un carrousel à remonter le temps», s'amuse Steve.

Car l'historien qui réfléchit déjà sur un nouvel ouvrage a un grand rêve: «réaliser un grand musée des arts forains à Luxembourg». La Grande Roue, son manège préféré, tourne doucement. En ce début de semaine, il est devenu membre du Comité international des festivités de la Schueberfouer, un comité composé en grande partie de forains qui s'occupe de toutes les festivités qui ont lieu sur et autour de la Schueberfouer. «Etre reçu parmi les forains, je l'ai toujours conçu comme un privilège», assure Steve Kayser.

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