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L’Evénement
Luxembourg 2 min. 27.11.2019 Cet article est archivé

L’Evénement

La comm’ est un art de l’enflure, de la bouffissure, la communication doit être annonciation, la nativité après le passage des rois mages.

L’Evénement

La comm’ est un art de l’enflure, de la bouffissure, la communication doit être annonciation, la nativité après le passage des rois mages.
Photo: AFP
Luxembourg 2 min. 27.11.2019 Cet article est archivé

L’Evénement

Gaston CARRE
Gaston CARRE
La communication - la «comm'» - est un art du trompe-l'oeil. Elle consiste à montrer la lune à l’idiot en s’assurant que celui-ci regarde le doigt.

Vous êtes au service d’un groupe de «consulting» – marketing, team building, coaching et bling-bling –, vous y êtes «chargé/e de comm’», lourdement chargé/e même, car on vous consulte pour exhausser une causerie en «grande manifestation internationale».

Renoncez, d’abord, au terme «manifestation». Le mot est vulgaire, trop sollicité, il y en a partout, à Hongkong, Bagdad et Bogota. A la «manifestation» préférez une «rencontre», préférez «date» à ce mot qui fait le trottoir, et n’hésitez pas à hypertrophier son intitulé – l’organisateur suggère «Les enjeux nouveaux de la géopolitique», c’est morne, c’est mort. 

Un must qui fait du «buzz»  

Proposez «Inventer la paix ensemble», voilà qui jette, et annoncez la participation de 25 chefs d’Etat quand bien même vous savez qu’ils dépêcheront un secrétaire de cabinet, 25 chefs, oui, déjà la rencontre se dilate en Evénement, la comm’ est un art de l’enflure, de la bouffissure, la communication doit être annonciation, la nativité après le passage des rois mages, il y faut des clochettes et des trompettes, Gaspard, Melchior et Balthasar, il faut annoncer du merveilleux et votre grelot doit devenir boule de verre, vous secouez et la magie surgit, 25 chefs africains dans une poudre de neige ça jette.

Reste à inviter les médias, pas de merveilles sans les médias, la mousse de l’Evénement est si épaisse désormais qu’on ne voit plus l’enjeu mais les journalistes sauront tourner la neige en encre, les journalistes japonais surtout. Pourquoi inviter des Japonais?  Pour montrer aux autochtones que l’Evénement est un «must», un must qui fait du «buzz» partout, et faire germer le pressentiment, chez les autochtones, qu’il serait aberrant de ne pas se présenter à un Evénement qui déplace l’Empire du soleil levant. 

Transformer le dispensable en incontournable  

Mais c’est pour leurs caméras en vérité qu’il vous faut les Japonais: par un étrange paradoxe, les Nippons, champions de la miniaturisation, déboulent aux Evénements avec des caméras au format d’un lance-missile israélien, et un lance-missile ça jette. Comment rameuter les médias à un lancer de mousse? Par une dramaturgie de la raréfaction : «plus que quatre jours pour vous accréditer», même le Japon sera là, à l’Evénement, il faut créer un stress, une angoisse de frustration, et laisser entendre qu’y être convié convertit l'invité en privilégié – transformer le convié en Elu, oui, c’est merveilleux, avec Gaspard et l’Empire du soleil levant à l’Evénement. Quel Evénement? 

Le «date», la rencontre, éviter «congrès» pour sa connotation communiste, éviter «forum», trop peuple, préférez «symposium», ça jette, le symposium «Inventer la paix ensemble». Qu’est-ce qu’inventer la paix ensemble ? Ceci n’est pas de votre ressort, chacun son job, le vôtre est la comm’, qui consiste à montrer la lune à l’idiot en s’assurant que celui-ci regarde le doigt. Vous avez transformé le dispensable en incontournable, aux journalistes d’en rendre compte, de ce symposium dont ils ne sont pas sûrs d’avoir saisi la teneur mais qui sous leur plume sera un Evénement «remarquable», voire «considérable» – puissent-ils éviter «capital» ou «cardinal», ils sont si excessifs, les journalistes.