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L'Europe dans les yeux de la jeunesse
Luxembourg 5 min. 17.02.2020

L'Europe dans les yeux de la jeunesse

Les eurodéputés luxembourgeois Christophe Hansen (à g.) et Tilly Metz (micro en main) n'ont éludé aucune question des lycéens luxembourgeois et belges

L'Europe dans les yeux de la jeunesse

Les eurodéputés luxembourgeois Christophe Hansen (à g.) et Tilly Metz (micro en main) n'ont éludé aucune question des lycéens luxembourgeois et belges
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 5 min. 17.02.2020

L'Europe dans les yeux de la jeunesse

Jean-François COLIN
Jean-François COLIN
A l'initiative du Parlement européen, les eurodéputés luxembourgeois Christophe Hansen (CSV), Tilly Metz (Déi Gréng) et belge Benoît Lutgen (cdH) ont subi le feu de questions de 150 lycéens des deux pays. Environnement, mobilité, réseaux sociaux ou encore Brexit étaient au cœur des débats.

Pionniers lors de la construction de l'Europe, Luxembourg et Belgique le restent plus d'un demi-siècle plus tard dans l'organisation de la première rencontre-débat entre lycéens des deux pays et des élus européens. Vendredi, les travées de l'ancien Parlement européen au Kirchberg ont ainsi accueilli quelque 150 jeunes de troisième année du Lycée du Nord à Wiltz et rhétoriciens de l'Institut Notre-Dame Séminaire (INDSé) à Bastogne. Les adolescents ont pu questionner trois eurodéputés : Christophe Hansen (CSV), Tilly Metz (Déi Gréng) et Benoît Lutgen (cdH). «Unis dans la diversité», comme le clame le slogan de l'UE.

Deux heures durant, le débat a «permis de percevoir les problèmes de l'autre pour mieux comprendre l'Europe», comme le synthétisait Christophe Hansen après coup. Dans le cadre aussi vénérable que désuet de l'enceinte européenne originelle, les jeunes ont relayé leurs interrogations et craintes concernant l'UE d'aujourd'hui et de demain. 

Je préfère que le prix soit un peu plus cher mais que cela fonctionne bien

L'unique point de divergence entre les deux pays a concerné la (future) gratuité des transports publics au Grand-Duché. «Et pourquoi pas en Belgique?», interroge Lisa, élève du Lycée du Nord de Wiltz. Pour Benoît Lutgen, «la gratuité pour tous n'est pas concevable, car tout a un coût et il existe déjà une solidarité des citoyens qui paient leur tribut».

De la même couleur politique, Christophe Hansen lui emboîte le pas, affirmant «préférer que le prix soit un peu plus cher mais que cela fonctionne bien», ce qui «n'est pas le cas aujourd'hui». Le représentant du CSV s'appuie sur l'exemple de sa localité rurale de Doncols: «Le temps que cela prend pour rejoindre la capitale ne m'incite pas à emprunter les transports en commun».


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Le son de cloche est bien sûr différent chez Tilly Metz, dont le parti figure dans la majorité gouvernementale. «Cette gratuité est un signe très clair pour encourager les gens à prendre les transports en commun à l'heure de la promotion de la mobilité verte

Et la question de l'environnement de surgir naturellement dans l'hémicycle, thème cher à l'eurodéputée verte: «Nous poursuivons de beaux objectifs et avons adopté de beaux textes», explique Tilly Metz. «Maintenant, nous devons passer à l'action afin d'offrir des alternatives efficaces». «Mais ce passage des énergies fossiles aux énergies vertes nécessite des phases de transition», conclut-elle.

Christophe Hansen l'appuie par le constat qu'au Luxembourg, «les énergies renouvelables ne représentent que 7% du volume énergétique global». Pour sa part, l'eurodéputé belge insiste sur le caractère nécessairement «participatif» du changement, avec «des projets (éoliens ou autres) portés par le citoyen et pour le citoyen».

Le contact humain d'abord

Sujet d'inquiétude par excellence chez les jeunes, l'impact négatif des réseaux sociaux sur la vie privée et les droits des citoyens intervient dans une question soulevée par Manon, élève bastognarde. Tilly Metz insiste sur «le travail de sensibilisation à opérer chez les enfants dès leur plus jeune âge» en plus de l'installation de «garde-fous» dans un système de communication «rapide et sans tabou».

Christophe Hansen plaide, lui, pour «une formation dans la gestion des réseaux sociaux à mettre en place dans les écoles». L'eurodéputé chrétien-démocrate évoque par ailleurs la récente mise sur pied d'une commission parlementaire destinée à combattre le phénomène des «fake news». Son alter ego belge se dit lui «effrayé» de voir la haine et le racisme déferler sur les réseaux sociaux. S'il aimerait «donner davantage de moyens au Parquet et à la Justice pour poursuivre les auteurs», il insiste sur le fait de «d'abord vivre sa vie avant de la diffuser». Le contact humain avant le rapport virtuel, en somme.

Les jeunes ont abordé des sujets qui leur sont chers, comme l'environnement, les réseaux sociaux ou la gratuité des transports
Les jeunes ont abordé des sujets qui leur sont chers, comme l'environnement, les réseaux sociaux ou la gratuité des transports
Photo: Guy Jallay

Antonin, élève de l'INDSé, aborde le thème du Brexit en essayant d'y trouver un éventuel aspect positif. Les deux eurodéputés chrétiens-démocrates pointent de concert «une plus grande rapidité du travail» car les Britanniques «adoptaient souvent une position de blocage», notamment dans les «négociations sur le plan social», précise le bourgmestre de Bastogne. Pour Tilly Metz, le Brexit rend «les jeunes beaucoup plus conscients des atouts à faire partie de l'UE, et par corollaire, des risques pesant dorénavant sur le Royaume-Uni».  

Et à la question de savoir s'il faut craindre de voir d'autres États membres de l'Union européenne emboîter le pas du Royaume-Uni, Christophe Hansen rétorque que l'impact financier du Brexit devrait freiner tout élan de la sorte. Car «fin 2020, le Brexit aura coûté plus cher aux Britanniques que leur contribution à l'Union européenne depuis leur entrée en 1973», note-t-il. C'est un «exemple très négatif».


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A l'inverse, sur la question d'un potentiel élargissement de l'UE, notamment aux pays des Balkans, les trois eurodéputés plaident à l'unisson pour «la plus grande rigueur». «Il faut se montrer strict et n'accorder aucune faveur», tout en «leur offrant des perspectives très, très claires» mais «pas à n'importe quel prix», selon Lutgen et Hansen. Pour eux, «l'Union européenne y gagnerait en diversité».

S'il convient donc de «prendre le temps nécessaire à la discussion», ce serait «une faute politique grave de ne pas travailler à cette ouverture» pour Tilly Metz. L'eurodéputée verte ajoute que «le risque existe de voir ces pays se tourner vers d'autres pays, et de se retrouver sous influence russe ou chinoise».


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