"L'école bilingue n'est pas réservée uniquement aux primo-arrivants!"

Paul Pettinger et Linda Heggen, à l'origine du projet-pilote d'école à double alphabétisation, estiment que leur idée est mal comprise voire qu'il émane une volonté de le dénaturer pour des raisons inconnues.

Paul Pettinger, enseignant à l'école francophone de Walferdange.
Paul Pettinger, enseignant à l'école francophone de Walferdange.
Photo: Serge Walbillig

Suite aux propos tenus par Mady Delvaux-Stehres, ministre de l'Education nationale, concernant le projet-pilote d'école à double alphabétisation, Paul Pettinger et Linda Heggen, tous deux enseignants à l'école francophone de Walferdange et à l'origine de ce projet, ont décidé de mettre les points sur les i.

"Nous ne comprenons pas pourquoi ce projet n'arrive pas à être présenté tel quel", lance Paul Pettinger, "ce n'est pas un projet dédié uniquement aux primo-arrivants et l'alphabétisation ne se fera pas en français en premier lieu".

L'objectif: faire en sorte que les enfants, au terme des six années de primaire, maitrisent les deux langues scolaires qui sont l'allemand et le français dans le but d'intégrer l'enseignement secondaire luxembourgeois classique.

Plusieurs méthodes d'enseignement sont possibles, mais le projet-pilote préconise celui de la création de deux classes partenaires dont l'une accueillerait des enfants à langue forte française et l'autre à langue forte allemande.

Les deux classes seraient alphabétisées dans les deux langues, sauf qu'au début, l'accent sera mis sur la langue la mieux maîtrisée par chaque classe. Les deux classes auraient des activités en commun et les deux langues seraient parlées à longueur de journée.

"Pour devenir bilingue, il faut pratiquer une langue", explique Linda Heggen, "ici les langues sont considérées comme des cours, elles ne sont pas pratiquées en dehors".

"Trop d'élèves étrangers envoyés au technique"

"Nous constatons à travers les statistiques, qu'à la fin du cycle primaire une moitié des enfants est orientée vers le secondaire technique et l'autre vers le classique", explique Paul Pettinger, "il faut savoir que dans la proportion qui va au technique, il y énormément d'étrangers soit 80%, car ils ne maîtrisent pas assez l'allemand. Les élèves germanophones réussissent mieux, donc ils sont envoyés au classique".

Le projet-pilote propose une façon de travailler qui permettrait aux élèves qui ne sont pas germanophones "de pouvoir acquérir des compétences suffisantes en allemand pour ne pas être orientés systématiquement, ou en grande partie, vers le technique".

"On n'a rien contre le secondaire technique. Ce n'est pas le problème, le problème c'est qu'il y a une inégalité des chances", poursuit-il, "nous voulons donner les mêmes chances d'accéder au secondaire classique à tous les enfants du Luxembourg en utilisant une méthode pédagogique qui a fait ses preuves dans d'autres pays".

"Casser une ségrégation involontaire"

"Notre volonté est aussi de casser une ségrégation involontaire qui s'est installée d'un côté avec le fait que bon nombre d'étranger sont envoyés dans le secondaire technique et de l'autre, avec les élèves qui sont envoyés d'office dans l'enseignement à l'étranger parce que l’alternative à l'enseignement luxembourgeois sont les écoles françaises qui sont privées, mais les parents n'ont pas les moyens de leur payer", explique l'enseignant.

Quid du luxembourgeois?

L'apprentissage du luxembourgeois ne sera pas oublié pour autant puisqu'il y aura de plages horaires dédiées à cette langue.

"Les enfants auront la possibilité de l'apprendre au cours d'activités extrascolaires", souligne Paul Pettinger, "il ne s'agit pas de l'écarter! Il convient de le reléguer à une autre place sinon ce n'est pas logique. Si on veut que les enfants sortent parfait bilingues allemand/français, il faut mettre l'accent sur ces deux langues en priorité".

"C'est une autre version de l'école luxembourgeoise. Ce n'est pas une école à part pour une tranche de la population bien définie comme ici l'école francophone de Walferdange, qui va disparaître. Nous voulons contribuer à l'amélioration de l'école luxembourgeoise existante pour faciliter la réussite scolaire de tous les enfants", conclut Linda Heggen.

Charline Lebrun