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L'eau du Luxembourg surveillée de près
Luxembourg 4 min. 29.10.2019 Cet article est archivé

L'eau du Luxembourg surveillée de près

Les cours d'eau du pays sont soumis à des contrôles réguliers pour mieux lutter contre leur pollution.

L'eau du Luxembourg surveillée de près

Les cours d'eau du pays sont soumis à des contrôles réguliers pour mieux lutter contre leur pollution.
Photo : Pierre Matge
Luxembourg 4 min. 29.10.2019 Cet article est archivé

L'eau du Luxembourg surveillée de près

Alexander ABDELILAH
Alexander ABDELILAH
Le ministère de l'Environnement souhaite mieux protéger «l'or bleu» du Grand-Duché, quitte à froisser agriculteurs et propriétaires de terres. En ne négligeant pas le fléau des pollutions qui menacent tout le réseau de distribution.

C'est l'une des ressources les plus surveillées du pays. Plus de 5.000 contrôles sont menés chaque année sur la qualité de l'eau potable, selon les données de l'Administration de gestion de l'eau (AGE). Pourtant, des défis de taille pèsent sur son avenir, qu'il s'agisse du réchauffement climatique, du boom démographique ou des pollutions, et en font un enjeu hautement politique pour le gouvernement et sa ministre de l'Environnement, Carole Dieschbourg (Déi Gréng). 

L'accord de coalition dédie deux pages pleines à la «protection de l'eau», proclamée «bien universel». La ministre de l'Environnement s'est vite emparée du sujet, répétant inlassablement son nouveau mantra: la création d'une «culture de la protection de l'eau». 

Les Luxembourgeois doivent se sentir concernés par la protection de l'eau et adopter des comportements plus responsables, d'après le ministère de l'Environnement.
Les Luxembourgeois doivent se sentir concernés par la protection de l'eau et adopter des comportements plus responsables, d'après le ministère de l'Environnement.
Photo : Chris Karaba

Pour ce faire, la mesure phare du ministère est la mise en place de «zones de protection d'eau potable» autour des sources et des forages. Ces zones, signalées par des panneaux et sur lesquelles de nombreuses restrictions s'appliquent, empiètent pourtant pour certaines sur des propriétés privées. A terme, près de 350 km² de terrains devraient tomber sous ce régime de protection, selon les projections du gouvernement.      

Malgré les mesures de dédommagement des propriétaires et les négociations au niveau communal qui sont au programme pour faire passer la pilule, la mesure s'avère politiquement explosive. En témoignent les nombreux recours engagés contre les zones de protection. Soit actuellement 29 procédures, d'après l'AGE.

En dehors de ces négociations sur les zones à protéger, les marges de manœuvre de l'exécutif sont faibles. Concrètement, le Luxembourg doit poursuivre sa transposition de la directive européenne du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'eau. Le Grand-Duché a déjà élaboré tout un catalogue de mesures de protection de l'eau. La dernière version, publiée en 2015, annonce les mesures pour la période allant jusqu'à 2021. 


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Parmi les pollueurs potentiels identifiés par ce programme, les agriculteurs sont directement visés. La raison de ce traitement : la fermeture de douze forages du pays, depuis 2000, en raison de «contaminations des eaux captées en nitrates et de métabolites de produits pharmaceutiques issues en grande partie d’activités agricoles», détaille l'AGE. 

Les nombreuses «mesures agricoles» du catalogue ont donc pour but de favoriser les pratiques biologiques, et de limiter l'utilisation des engrais et des pesticides. De plus, chaque mesure restreignant l'utilisation privée ou professionnelle de terres arables fait l'objet d'indemnisation des propriétaires. 

Les agriculteurs sont incités à réduire leur utilisation de pesticides et d'engrais par le gouvernement, à coups de millions.
Les agriculteurs sont incités à réduire leur utilisation de pesticides et d'engrais par le gouvernement, à coups de millions.
Photo : DPA

Ainsi, la mise en jachère pendant cinq années de terres arables afin de les «transformer en prairies» donne lieu à un versement de «225 euros par ha et par an». La mise en place de «bandes enherbées susceptibles d'intercepter l'érosion des sols et les écoulements de surface», elle, est dédommagée à hauteur de «900 euros par hectare et par an». 

En tout, ce sont près de 5 millions d'euros qui sont prévus pour amadouer les propriétaires de surfaces agricoles d'ici 2021. 

L'impact des frontaliers

Autre danger pour les nappes phréatiques luxembourgeoises, selon le directeur de l'AGE : le réchauffement de la planète. Avec des floraisons plus longues et de la neige en plus faible quantité, la terre n'absorbe plus aussi bien l'eau des précipitations. Jean-Paul Lickes, directeur de l'Administration de gestion de l'eau l'affirme : «Les sources du pays ont perdu un tiers de leur débit en 10 à 15 ans». Une variation très forte qui inquiète ses services, la moitié de l'eau potable du pays provenant de sources et de forages.

Plus inattendu, le directeur en charge de la gestion de l'eau évoque... les frontaliers. En effet, la ressource aquatique n'est pas seulement partagée entre les 613.000 résidents du Grand-Duché, mais également avec les près de 200.000 travailleurs venant quotidiennement d'un pays voisin. Avec «40 à 45 litres consommés par jour», ils feraient peser un poids supplémentaire sur la ressource. Les résidents, eux, consomment «entre 120 et 125 litres par jour», poursuit Jean-Paul Lickes. Soit trois fois plus qu'un frontalier.


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