L'eau de source polluée par le pesticide

Les ministres relèvent de 30 fois la valeur limite pour le métazachlore

Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement: "Nous avons relevé la valeur limite pour le métazachlore dans l'eau potable de 100 ng/l à 3.000 ng/l. Cette dérogation sera valable pour trois ans au maximum".
Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement: "Nous avons relevé la valeur limite pour le métazachlore dans l'eau potable de 100 ng/l à 3.000 ng/l. Cette dérogation sera valable pour trois ans au maximum".
Photo: Maurice Fick

Conférence de crise jeudi soir au ministère du Développement durable: des produits de dégradation du pesticide métazachlore ont été découverts à grande profondeur dans l'eau de source. Les ministres de l'Environnement et de la Santé ont aussitôt  pris une dérogation pour augmenter la valeur limite de métazachlore dans l'eau potable. Mais il n'y a pas risque, en petite quantité, pour la santé de l'Homme assurent-ils de concert.

C'est une très mauvaise surprise. Après la pollution accidentelle au métazachlore survenue le 17 septembre dans le bassin versant de la Haute-Sûre et la découverte concomitante d'une pollution latente de produits de dégradation de ce même pesticide dans les eaux du barrage d'Esch-sur-Sûre -la plus grande réserve d'eau potable du Luxembourg- c'est l'eau de source qui est, à son tour, touchée par une pollution au métazachlore. Et cela en différents endroits du pays.

La sonnette d'alarme a été tirée lorsque pour la première fois des métabolites -ce sont des produits toxiques issus de la dégradation  biologique du métazachlore- ont été découverts tout récemment à plus de 150 mètres de fond dans un des quatre puits de forage actionnés il y a une semaine. Ceci pour pallier la coupure préventive de l'eau potable issue du barrage d'Esch-sur-Sûre.

Sur le relevé du Syndicat des Eaux du Sud (SES) qui dessert en eau potable 22 communes du Sud, sont apparues des valeurs autour de 220 ng/l alors que seuls 100 ng/l de métazachlore sont tolérés.
Sur le relevé du Syndicat des Eaux du Sud (SES) qui dessert en eau potable 22 communes du Sud, sont apparues des valeurs autour de 220 ng/l alors que seuls 100 ng/l de métazachlore sont tolérés.
Photo: Maurice Fick

Dans la nuit de mercredi à jeudi, pas moins de "25 échantillons ont été prélevés dans des sources d'eau potable de tout le pays", assure Jean-Paul Lickes, directeur de l'Administration de la gestion de l'eau. Résultat: la valeur limite autorisée pour le métazachlore dans l'eau -soit 100 nanogramme par litre (ng/l)- a été largement dépassée dans plusieurs sources du sud du pays gérées par le SES, le SER et dans la commune de Contern.

"Pas d'effets à craindre pour les bébés"

"On était deux, voire trois fois au-dessus de la limite. Ce qui correspond que l'eau potable ne correspond plus à la norme nationale, ni européenne", explique Carole Dieschbourg. Dans une source, la limite de 1.000 ng/l a même été atteinte.

Du coup, a annoncé jeudi soir la ministre de l'Environnement, "nous avons décidé, en accord avec le ministre de la Santé, de relever la valeur limite pour le métazachlore dans l'eau potable de 100 ng/l à 3.000 ng/l. Cette dérogation sera valable pour trois ans au maximum".

"Cette nouvelle norme est acceptable du point de vue de la santé", a immédiatement posé Lydia Mutsch. La ministre de la Santé assure que le métazachlore "est une substance connue et n'est pas classée comme étant toxique pour l'Homme" au niveau européen.

"Le métazachlore et ses métabolites ont une faible toxicité. En grande quantité, ils ont une faible répercussion sur l'Homme", explique Lydia Mutsch. Bien que la valeur limite ait été rehaussée de façon importante, "il n'y a pas d'effets à craindre pour les bébés ou les femmes enceinte", selon la ministre.

Il est à noter que les dernières analyses ont montré qu'il n'y a plus de souci avec l'eau potable produite au barrage d'Esch-sur-Sûre". De sorte que l'eau du barrage alimente à nouveau le réseau d'eau potable. Les métabolites n'ont pas disparu mais le système de filtrage de l'eau permet d'éliminer jusqu'à 80% du polluant.

Maurice Fick