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L'avocat du fuyard: «C'est simpliste et juridiquement faux»

L'avocat du fuyard: «C'est simpliste et juridiquement faux»

Foto: Alice Enders
Luxembourg 3 min. 18.04.2018

L'avocat du fuyard: «C'est simpliste et juridiquement faux»

Steve REMESCH
Steve REMESCH
«Mon client se sent moralement coupable mais il ne peut être poursuivi pour homicide et blessures involontaires», estime l'avocat de l'homme qui, du fait de sa fuite lors d'un contrôle de police à Weiswampach, est accusé d'être responsable de la mort d'un policier.

(Traduction: Maurice Fick)

«Il regrette ce qu'il a fait», a raconté Maître Daniel Baulisch au Luxemburger Wort. «Il sait que s'il s'était comporté différemment, l'accident ne se serait pas produit. Il se sent moralement responsable de la mort du policier». «Il», c'est le client de l'avocat de Diekirch, un homme de 37 ans originaire du Nord du pays.

Demi-tour avant le contrôle de police

Il était peu avant 2 heures du matin, dans la nuit de vendredi à samedi lorsqu'il a remarqué le contrôle mis en place à Weiswampach par la police. «A une bonne distance avant le contrôle», comme le souligne l'avocat, il a fait demi-tour sur la N7 pour échapper au contrôle. Non pas parce qu'il était «totalement ivre», mais parce qu'il avait bu de l'alcool dans la soirée, explique Me Baulisch.

Me Daniel Baulisch: «Il faut faire le distingo entre faute morale et faute juridique».
Me Daniel Baulisch: «Il faut faire le distingo entre faute morale et faute juridique».
Photo: Gerry Huberty

Après moins d'un kilomètre, il s'est arrêté au parking de la station-service Shell où il a attendu dans la voiture avec son passager. «Mon client n'était pas au courant d'un accident durant cette nuit-là», souligne Me Baulisch.

L'accident mortel s'est produit quasiment 3 km plus loin. Une voiture de patrouille a été violemment percutée par la camionnette de police qui la suivait en effectuant un demi-tour au carrefour de Lausdorn. Le conducteur de la voiture de patrouille a succombé à ses graves blessures sur le lieu de l'accident. La passagère a subi de graves blessures à la tête. Elle est toujours entre la vie et la mort. Dans la camionnette, deux policiers et un cadet de police ont été légèrement blessés.


Une camionnette de police a violemment frappé une voiture de patrouille à l'intersection de Lausdorn
Weiswampach: une fraction de seconde lourde de conséquences
L'accident de Weiswampach, une collision entre deux véhicules de police aux trousses d'un fuyard dans la nuit de vendredi à samedi, a coûté la vie à un policier. Un autre agent est dans un état critique, et le fuyard a été arrêté. Retour sur une nuit tragique.

Dimanche après-midi, un juge d'instruction a accusé l'automobiliste qui avait fui, d'homicide involontaire et de blessures involontaires. Selon le Parquet, le conducteur est, en raison de sa fuite face au contrôle de police, considéré comme le déclencheur de l'accident mortel.

«Cette conclusion est simpliste et juridiquement fausse», estime cependant l'avocat Daniel Baulisch. «Il est évident qu'il n'y aurait pas eu de course-poursuite si mon client s'était soumis au contrôle de police. Mais de là à dire qu'il est responsable de la mort d'un être humain à cause de cela, ce n'est pas acceptable».

Il n'était pas prévisible pour l'automobiliste, en cas de déroulement normal des événements, qu'une personne puisse mourir. Raison pour laquelle l'infraction d'homicide involontaire n'est pas défendable. Son client ne devrait en aucun cas être convoqué devant une Cour de justice pour ces deux chefs d'accusation, souligne Me Baulisch. L'objectif de la défense est d'éviter tout procès.

Vérifier la responsabilité de tous les protagonistes

«Il faut faire le distingo entre faute morale et faute juridique», poursuit Me Daniel Baulisch. «Cet accident s'est produit dans d'autres circonstances. Et elles doivent être clarifiées. Nous voulons savoir pourquoi cet accident s'est effectivement produit. Les familles ont également le droit de savoir ce qui s'est passé».


Le fuyard de Weiswampach arrêté, la police endeuillée
La mort d'un policier en exercice, lors d'une collision entre 2 voitures de police sur la N7, samedi, a secoué le Luxembourg. Les collègues policiers sont endeuillés et la classe politique apporte son soutien via twitter. L'homme à l'origine de la course-poursuite sera présenté à un juge d'instruction ce dimanche.

Ce n'est pas correct que l'entièreté de la faute soit attribuée au conducteur. «On ne pose même pas la question de savoir, si le chauffeur de la camionnette de police a commis une erreur», glisse Me Baulisch. Avant de préciser: «Car, même en service d'urgence, il ne peut mettre en danger d'autres personnes. Cela doit être clarifié». Si le Parquet ne demande pas d'expertise technique liée à l'accident, il le fera, annonce l'avocat.

L'accusé toujours en détention

L'accusé de 37 ans est toujours maintenu en détention. «Une détention injustifiée», souligne Daniel Baulisch. «Malgré cela, nous avons décidé de ne pas contester cette décision cette semaine. Il est important que tous les participants retrouvent leurs esprits, que les familles trouvent la paix, que mon client retrouve une sérénité, parce qu'il a lui aussi une famille. En détention, il est pris en charge médicalement et psychologiquement. Mais si le mandat d'arrêt n'est pas révoqué la semaine prochaine, je prendrai les mesures nécessaires».


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