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L'avenir des forêts d'épicéas menacé par les scolytes
Luxembourg 4 min. 03.09.2019

L'avenir des forêts d'épicéas menacé par les scolytes

Les scolytes pondent sous l'écorce des arbres et leurs larves se nourrissent de la sève. Ce qui peut mener à la mort de l'arbre..

L'avenir des forêts d'épicéas menacé par les scolytes

Les scolytes pondent sous l'écorce des arbres et leurs larves se nourrissent de la sève. Ce qui peut mener à la mort de l'arbre..
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 4 min. 03.09.2019

L'avenir des forêts d'épicéas menacé par les scolytes

Les foyers d'infection d'insectes sous l'écorce des résineux «ont continué à progresser de façon alarmante cette année», confesse lundi la ministre de l'Environnement. Si les étés continuent à être aussi chauds que celui de 2019, les épicéas pourraient bien disparaître du sud du pays.

(MF) - Toute la forêt luxembourgeoise a trinqué en cet été 2019 par manque d'eau. Chaleur et sécheresse ont indirectement mais encore plus gravement impacté les forêts d'épicéas. Un peu partout dans le pays, pointent leurs cimes brunes dépéries. 


Bei einem Befall durch Borkenkäfer kann die Fichte sich nicht mehr ausreichend mit Nährstoffen versorgen. Dadurch verfärben sich die Kronen  rotbraun - nach wenigen Wochen stirbt der Baum ab.
La forêt luxembourgeoise en état d'urgence
Le manque de précipitations met les forêts sous pression. Les arbres perdent leurs feuilles et leurs aiguilles et le fléau des bostryches typographes, ravageurs des forêts d'épicéas, est de retour.

La chaude météo des étés 2018 et 2019 a entraîné une nouvelle pullulation du bostryche typographe. De nouvelles attaques de l'insecte ravageur qui s'installe sous l'écorce de l'épicéa, ont pu être observées depuis le mois de juin. 

«Les foyers d'infection ont continué à progresser de façon alarmante cette année», reconnaît Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement  (Déi gréng) dans sa réponse parlementaire aux députés (LSAP) Mars Di Bartolomeo et Tess Burton qui s'inquiètent de l'état de nos forêts.

Une situation «assez grave»   

Une simple évaluation visuelle fait estimer à l'Administration de la nature et des forêts que «plus de 50% des peuplements d'épicéas présentent maintenant un ou plusieurs foyers d'infection. Ceci augmente considérablement le risque de pandémie dans les années à venir en cas de répétition des périodes de sécheresse». Les peuplements d'arbres âgés étant plus exposés.

 La situation est «assez grave mais ça ne signifie pas que tout le peuplement va dépérir», explique Frank Wolter, directeur de l'Administration de la nature et des forêts, avant de préciser que «le foyer d'infection peut être formé par trois ou quatre arbres comme par dix arbres».

Le bostryche typographe ne fait que quelques millimètres de long.
Le bostryche typographe ne fait que quelques millimètres de long.
Photo: Guy Jallay

L'ennui c'est la vitesse de propagation de l'insecte. «Quand il fait chaud et sec le scolyte peut s'envoler par trois fois à une centaine de mètres pour attaquer d'autres arbres. Durant un été normal c'est une ou deux fois. On estime qu'au cours des deux dernières années, il y a eu six propagations d'insectes. La multiplication a été rapide et c'est ça le danger», sait bien Franck Wolter.

Bilan: les dégâts sont énormes dans les forêts d'épicéas luxembourgeoises. Près de « 55.500 mètres cubes de bois d'épicéas scolytés et de dégât de chablis ont dû être abattus» dans les forêts publiques gérées par l'Administration de la nature et des forêts. Des données précises pour les forêts privées n'existent pas mais «nous estimons que les dégâts (...) sont également importants, et ceci surtout au nord du pays», ajoute Carole Dieschbourg.   

Recherche des «mesures de gestion appropriées»

Lors d'un été normalement humide dans nos contrées, l'épicéa  réagit en produisant une résine qui englue l'insecte mais la rareté de l'eau ne lui permet pas de réagir en période de sécheresse. De sorte que «si les étés continuent comme ça, l'épicéa disparaîtra dans tout le Guttland (le sud du pays). Ça peut être dans les cinq ou dix ans, voire moins», ne cache pas le directeur de l'Administration de la nature et des forêts. 

Pour tenter de juguler l'épidémie et de réduire ses conséquences économiques, le ministère de l'Environnement a lancé un groupe de travail regroupant tous les acteurs concernés que sont les associations de propriétaires forestiers privés, les entreprises de travaux forestiers, les marchands de bois et les entreprises de transformation du bois. L'objectif est de «définir des mesures de gestion appropriées afin de maîtriser la présence massive du typographe» dans les forêts d'épicéas. 

Moins d'un tiers d'arbres sains

Une mesure indispensable, mentionnée dans la brochure élaborée par ce groupe de travail est d'évacuer les arbres atteints par les scolytes hors des peuplements. En effet, chaque épicéa contaminé peut produire des milliers d'individus qui s'attaqueront à leur tour aux arbres voisins. Il y est également recommandé de renoncer à la plantation d'épicéa sous forme de monoculture pour réduire le potentiel de reproduction du bostryche typographe.

L'état général des forêts s'est considérablement détérioré au Luxembourg au cours des dernières décennies pour se stabiliser à un faible niveau. Le bilan réalisé en 2018 indique que seuls 31,8 % des arbres sont sains; 36,8 % sont légèrement endommagés et 31,4 % sont en mauvais état, voire morts. La situation ne se sera pas améliorée cette année.