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L'ambassadeur de France quitte le Luxembourg : Guy Yelda: "J'ai vu toute l'affection entre nos deux pays"
Luxembourg 7 min. 23.05.2017

L'ambassadeur de France quitte le Luxembourg : Guy Yelda: "J'ai vu toute l'affection entre nos deux pays"

En poste depuis 2013, Guy Yelda quitte le Luxembourg et la résidence de France ce 26 mai.

L'ambassadeur de France quitte le Luxembourg : Guy Yelda: "J'ai vu toute l'affection entre nos deux pays"

En poste depuis 2013, Guy Yelda quitte le Luxembourg et la résidence de France ce 26 mai.
Julien Ramos
Luxembourg 7 min. 23.05.2017

L'ambassadeur de France quitte le Luxembourg : Guy Yelda: "J'ai vu toute l'affection entre nos deux pays"

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Guy Yelda quitte ses fonctions d'ambassadeur de France au Luxembourg ce 26 mai. Quatre années passées à s'occuper du rayonnement de la France au Grand-Duché et à faire du Luxembourg une terre d'accueil pour les entreprises françaises. Il revient pour nous sur les actions de son mandat.

Guy Yelda est un mélomane et propose de poser près du piano du salon de la résidence de France pour la photo de l'article. Il n'est pas un homme de routine. Cependant, ses soirées à la Philharmonie lui manqueront car il confie y avoir "vécu des grands moments de beauté et d'art".

Quatre années passées au Luxembourg et l'ambassadeur rentre maintenant en France où il rejoint le ministère des Affaires étrangères. Bruno Perdu, son successeur arrivera dans quelques jours. Il nous a reçu dans sa résidence située rue Notre-Dame à Luxembourg-Ville pour dresser un bilan des actions menées depuis 2013 et revenir sur le rayonnement de la France au Luxembourg. 

La France est bien représentée dans les exportations au Luxembourg, le chiffre est de 2 milliards d'euros et les échanges sont importants dans les deux sens. Les entreprises françaises sont présentes dans tous les domaines d'activité économique du secteur industriel, financier et de service. Pendant mon mandat plusieurs actions ont été menées et j'ai constaté une activité continue.

  • En quoi consistent ces actions et cela débouche-t-il forcément sur des contrats pour les entreprises françaises?

Nos actions portent essentiellement sur l'agroalimentaire qui est la partie la plus importante des exportations françaises vers le marché luxembourgeois. Durant mon mandat, nous avons accompagné Air France et sa filiale HOP! afin qu'elle s'installe au Luxembourg et permette à des gens d'arriver à des rendez-vous de travail à 10 heures. 

  • L'antenne Business France arrête son activité au Luxembourg. Pour quelle raison?

Au début de mon mandat, j'ai demandé à Paris à ce que le Luxembourg bénéficie de cette antenne. Fusion d'Invest in France et de Ubifrance, Business France réunit en une seule agence des mécanismes publics d'aide à l'exportation et attire les investisseurs. La présidente de l'organe était d'ailleurs Muriel Pénicaud qui vient d'être nommée à la tête du ministère du Travail du gouvernement Macron. Nous avons mené plusieurs opérations au Luxembourg grâce à Business France mais Paris a récemment décidé de recentrer son activité sur des zones non européennes.

  • Les Luxembourgeois aiment beaucoup se rendre en France pour y passer des vacances. Qu'avez-vous fait pour le tourisme français durant votre mandat?

Nous avons mené différentes actions avec Atout France et elles ont eu des retombées positives. Nous avons ciblé le tourisme de bien-être et sportif, notamment pour promouvoir les destinations touristiques en montagne et sur les greens. Il y a une vraie demande au Luxembourg pour le golf. Nous avons aussi fait la promotion de régions proches du Grand-Duché comme la Bourgogne, la Champagne-Ardennes ou l'Alsace.

  • On compte 40.000 expatriés français dans le pays, à quoi sert l'ambassade?

L'ambassade est un grand support administratif où les expatriés peuvent faire leurs papiers. Elle s'occupe également d'organiser les élections, ce qui est une tâche importante car nous avons eu 16.000 électeurs sur 17 bureaux lors de la présidentielle en mai. Les électeurs français sont beaucoup plus présents pour cette élection que pour les législatives où là, il y a un taux d'abstention assez fort.

  • Êtes-vous au courant de la situation difficile que vivent de nombreux compatriotes lorsqu'ils se rendent au consulat pour des papiers administratifs?

La situation a été difficile durant plusieurs années, c'est vrai. Depuis deux ans, une simplification administrative a été mise en place et on peut prendre un rendez-vous en ligne pour venir faire ses papiers. Il est vrai que c'est un petit bureau qui n'a pas énormément de personnel. Mais les gens qui viennent sans rendez-vous et qui veulent tout, tout de suite doivent aussi comprendre qu'en France, ça ne se passe pas comme ça non plus.

  • Les Français peuvent-ils célébrer leur mariage à la résidence de France?

Oui, il est possible de louer l'endroit pour s'y marier et j'ai moi-même marié deux expatriés français durant mon mandat. Cependant, comme il s'agissait d'un membre de mon équipe, je n'ai pas loué l'endroit.

  • Aujourd'hui, à quoi ressemble l'expatrié français au Luxembourg?

Lors des élections, j'étais au lycée Vauban et je me suis rendu compte qu'il y a énormément de gens que je n'avais jamais vus. Moi, j'ai trouvé qu'il y a beaucoup de jeunes couples entre 25 et 40 ans avec des enfants, des jeunes familles qui sont ici pour y travailler. Globalement, c'est un expatrié qui vient de toutes les régions de France et qui travaille dans le domaine financier et des services. Au contraire des frontaliers que l'on retrouve dans le commerce.

Oui, il y a encore une place importante pour la francophonie au Luxembourg et la promotion du luxembourgeois, de l'allemand et du français est quelque chose de positif. Il n'y a pas une langue qui est l'ennemie des deux autres. L'ouverture d'un enfant ou d'un adulte à d'autres cultures est un atout. Il faut encourager les jeunes à parler toutes ces langues.

  • Le Luxembourg est souvent perçu à l'étranger comme le pays de la fiscalité et des tax ruling, est-ce l'impression que vous avez eue en tant qu'ambassadeur de France au Luxembourg?

En grande partie, oui. C'est l'image véhiculée par les médias. Mais la réalité est autre et les choses ont évolué suite aux mesures de transparence et d'échange automatique d'informations prises par le gouvernement luxembourgeois. Je pense que le seul sujet sur lequel il y aurait encore des progrès à faire est celui de la taxation des sociétés. Le gouvernement français, pour sa part, a salué les étapes franchies par le Luxembourg dans la transparence.

Cette commission a pour fonction de s'occuper de tous les sujets de la coopération transfrontalière qui touchent de près le quotidien des travailleurs frontaliers. A mon arrivée, la circulation routière était plus que tendue et maintenant, elle est embolisée. La commission se réunit chaque année et en quatre ans, nous avons avancé sur l'A31 en mettant en place un débat public. Le trafic ferroviaire est saturé et le cadencement a un peu amélioré les choses, mais il est physiquement impossible d'en faire plus.

Il s'agissait d'une application au niveau local d'une opération mondiale, une initiative lancée par Laurent Fabius pour promouvoir la gastronomie française à l'étranger qui a une incidence forte sur notre image, notre culture et aussi sur le tourisme. L'idée était de promouvoir la gastronomie comme outil de notre rayonnement. L'ambassade était concernée mais aussi des restaurateurs installés au Luxembourg qui ont été de plus en plus nombreux au fil des ans à se joindre à nous, c'est pour ceci que cette journée s'étale aujourd'hui sur une semaine.

  • Vous quittez le Luxembourg dans quelques jours. Quelles habitudes prises durant votre mandat d'ambassadeur allez-vous regretter?

Ce qui va me manquer, c'est la gentillesse et l'accueil que j'ai reçus ici tant au niveau du Grand-Duc, du Premier ministre et du gouvernement que des Luxembourgeois qui ont manifesté leur proximité lorsque la France a été frappée par trois attentats. J'ai pu alors palper l'affection qui existe entre nos deux pays qui sont plus que voisins. J'ai eu le sentiment d'appartenir à une famille commune. 


Propos recueillis par Virginie Orlandi

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