Changer d'édition

Justice sociale et finances publiques: Bettel face à son bilan
Luxembourg 5 min. 24.04.2018 Cet article est archivé

Justice sociale et finances publiques: Bettel face à son bilan

Justice sociale et finances publiques: Bettel face à son bilan

Photo: Archive LW
Luxembourg 5 min. 24.04.2018 Cet article est archivé

Justice sociale et finances publiques: Bettel face à son bilan

Ces dernières années, le Premier ministre Xavier Bettel souligne régulièrement que le pays fait mieux qu'en 2013. Que peut-on attendre du discours de ce mardi? Au moins l'honnêteté d'admettre que cela ne s'applique pas de la même manière à tout le monde et que la question de la justice sociale est de toute urgence à l'ordre du jour.

Ce mardi, Xavier Bettel va prononcer son discours sur l'état de la nation qui sera complété, mercredi, par la présentation du programme de stabilité et de croissance par le ministre des Finances, Pierre Gramegna, et de la présentation du programme national de réforme par le ministre de l'Economie, Etienne Schneider. 

Jeudi, des débats suivront à la Chambre des députés suite à ces présentations concernant l'économie et la compétitivité, la cohésion sociale et le bien-être ainsi que les institutions et les réformes de l'État.

Les réponses concernant la situation sociale de la nation devraient être particulièrement intéressantes aujourd'hui puisque une société se doit d'être jugée en fonction de la façon dont elle traite les plus faibles. Ces dernières semaines, il y a eu plusieurs publications sur le sujet et concernent le panorama social de la Chambre des salariés et l'almanach social de Caritas. Deux documents portant sur la pauvreté croissante et les inégalités sociales au Luxembourg.

Selon la Chambre des salariés, le coefficient de Gini au Luxembourg indiquant le degré d'inégalité de la répartition du revenu par ménage et par habitant, a dépassé pour la première fois la moyenne de l'UE. D'ailleurs, depuis 2005, il est en hausse. Le panorama social précise également qu'il y a peu de raisons de se réjouir au regard de la proportion de travailleurs pauvres et des personnes qui se situent en dessous du seuil de pauvreté alors qu'elles ont un travail. Avec 11,4% le Luxembourg détient la part la plus importante dans la zone euro.

Quelle priorité pour le logement?

Une autre raison de la répartition de plus en plus inégale de la richesse est le coût du logement. Le Luxembourg, par exemple, est l'un des pays où les coûts de location représentent la part la plus élevée du revenu disponible et atteint 28 % de tous les ménages et 38% des ménages vivant dans la pauvreté.

Le problème du logement est également souligné par Caritas.

Alors que 200 millions d'euros ont été alloués au projet Spacemining, le budget du ministère du Logement est passé de 136 millions d'euros en 2014 à 215 millions d'euros en 2018.

"Oui, ce budget a augmenté", souligne Caritas, "mais la question est de savoir quelle priorité est donnée au logement dans ce gouvernement par rapport à d'autres domaines de dépenses".

En ce qui concerne les questions de justice sociale, l'almanach rappelle que depuis la Seconde Guerre mondiale, les revenus plus élevés ont augmenté plus vite que les bas revenus et que le ratio des salaires diminue régulièrement.

Les mesures de lutte contre la pauvreté

Caritas considère qu'une augmentation du salaire minimum légal est essentielle et préconise tout un ensemble de mesures pour augmenter le pouvoir d'achat des revenus les plus faibles.

Le salaire minimum devrait non seulement être augmenté mais également exonéré d'impôts tout comme le RMG et l'indemnité de vie chère.

En revanche, les prestations sociales, telles que le transport gratuit ou le service de chèque-service, devraient être maintenues.

Il est également fait référence à un chiffre du Statec publié dans son "Rapport travail et cohésion sociale". Il est fait état qu'en 2017, le revenu médian a baissé pour la première fois et a presque atteint le niveau de 2013. C'est un signe évident que le déclin de la prospérité a atteint le centre de la société, d'après Caritas.

Les finances publiques stabilisées

Le gouvernement a réussi à stabiliser ses finances, mais le désendettement a été reporté. Lorsque la coalition tripartite a pris les rênes du pays en 2013, les finances publiques étaient un sujet qui inquiétait.

Le Luxembourg avait multiplié par sept sa dette publique entre 2000 et 2013. En 2013, elle atteignait environ 11 milliards d'euros. Les raisons? Une politique budgétaire laxiste dans les années 2000, mais aussi et surtout, les conséquences de la crise financière de 2008, avec un plan de sauvetage des banques qui coûte 2,5 milliards d'euros.

En outre, en 2012, la croissance économique n'a pas dépassé les 0,4%, le taux de chômage était beaucoup plus élevé qu'aujourd'hui et le Luxembourg s'est retrouvé sous pression en raison de l'opacité de son centre financier.

Dans ces conditions, le gouvernement s'est fixé des objectifs ambitieux. Dans l'accord de coalition, en plus de la célèbre phrase «Manner mat Méi» figurent des projets concrets, tels que la «consolidation de 1,5 milliard d'euros», ainsi que le maintien de la dette publique sous la barre des 30% du produit intérieur brut (PIB).

De l'épargne puis de l'investissement

Rétrospectivement, la politique financière du gouvernement peut être divisée en deux phases:

  • la première phase, de 2013 à 2015, avec l'augmentation de la TVA et le «paquet d'avenir»,
  • une deuxième phase à partir de 2016, avec la réforme fiscale.

Le gouvernement s'est d'abord fixé des objectifs d'épargne clairs et un budget plus restrictif pour assainir les finances publiques. Et dans une deuxième phase, il a augmenté les dépenses et les investissements. 

Malgré une croissance économique saine pendant toute la période législative, le gouvernement n'a pas réussi à réduire la dette publique. Au contraire, les niveaux d'endettement ont continué d'augmenter, et les prévisions pour les années à venir montrent également une augmentation, avec une stabilisation autour de 22% du PIB.

Par Annette Welsch et Pol Schock traduit par wort.fr  

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

François Dubet était au Luxembourg ce lundi pour parler des dimensions cachées de l'inégalité. Des disproportions de plus en plus criantes mesurées par le Statec que le sociologue et auteur français décortique ici.
Lok , Luxemburg Stadt , Bevölkerung , Demografie , Grand Rue , Foto:Guy Jallay/Luxembuzrger Wort
L'«Almanach Caritas» sur la situation sociale au Luxembourg
Juste avant le discours sur l'état de la Nation très attendu de Xavier Bettel le 26 avril, Caritas Luxembourg publie son «Almanach social 2016» qui en dit long sur les inégalités sociales au Luxembourg. Robert Urbé, porte-parole de Caritas, estime que les décisions politiques «vont dans la bonne direction mais elles ne vont pas au bout». Interview.
Caritas Luxembourg relève que les plus touchés par les questions de pauvreté et donc d'inégalités, ce sont les jeunes, les étrangers et les familles avec des enfants.