Journée mondiale de sensibilisation

Découvrez comment ce robot luxembourgeois aide les autistes

Par Sophie Wiessler

Ce samedi 1er avril, la fondation Autisme Luxembourg organise la journée mondiale de sensibilisation à l'autisme, place d'Armes à Luxembourg.

Plusieurs animations sont prévues tout au long de la journée: workshop, ventes, jeux pour enfants, concerts, shows etc. Une conférence sur le syndrome d'Asperger et un lâcher de ballons seront également des moments-clés de cette journée.

L'un des stands, dédié à l'innovation et aux nouvelles technologies, fera une présentation toute particulière d'un petit personnage: le QT Robot (prononcez cutie, à l'anglaise, comme mignon). Nous avons rencontré ses créateurs, Pouyan Ziafati et Aida Nazarikhorram, dans leurs locaux boulevard Royal à Luxembourg.

C'est quoi le «QT Robot»?

QT est un petit robot créé spécialement pour interagir avec des enfants autistes et suppléer des thérapeutes dans leur travail face à cette maladie. Il est géré par une plateforme informatique: à l'aide d'une tablette, vous vous connectez au wifi du robot et vous pouvez entamer une interaction avec l'enfant. C'est vous qui indiquez alors au robot quels mouvements il doit faire, quelles phrases il prononce etc.


«C'est une plateforme informatique que l'on peut utiliser pour différentes situations, et pas seulement pour des personnes autistes», explique Aida Nazarikhorram. «De base, c'est un robot à caractère social, que l'on peut utiliser pour simuler des interactions avec des personnes. Cela peut donc aider non seulement des enfants autistes mais aussi d'autres enfants qui souhaiteraient apprendre une nouvelle langue par exemple». Mais la fonction première de QT est d'aider les enfants autistes pour interagir avec leur entourage.

En effet, ces enfants ont davantage de difficultés à capter les émotions d'autrui et à y répondre de manière adaptée. Pire, ce genre de situation éveille en eux un stress qui peut créer des crises. Ici, avec QT Robot, cela n'arrive pas. Le robot va simuler les comportements et les émotions humaines, notamment les expressions faciales (heureux, triste, en colère etc.). Comme sur la vidéo ci-dessus, où Aida lui fait dire "hello" en souriant et en levant son bras.

On peut ensuite ajuster la complexité des émotions, en fonction de la capacité de l'enfant à les comprendre: par exemple, certaines expressions seront très simples, aucune colère, aucun détail qui pourrait distraire l'enfant, mais certaines autres expressions vont être plus proches des humains.

«Il faut se rappeler que le plus dur pour ces enfants atteints d'autisme, c'est de comprendre les émotions humaines et les différentes situations sociales auxquelles ils sont confrontés. Face à ce robot, nous allons les aider à comprendre ces émotions, notamment par le biais des expressions faciales. Qu'est-ce qui énerve les gens? Qu'est-ce qui les rend heureux? etc», détaille Aida.

Le but final de ce projet est d'apprendre aux enfants autistes à contrôler leurs émotions et à réagir correctement face à celles des autres. Comment calmer quelqu'un qui est en colère? Quelle stratégie utiliser? Comment soi-même contrôler sa colère, son stress?

Pourquoi un robot?

Certains diront que ce travail-là peut être effectué par les médecins, thérapeutes ou même les parents. Pourtant, l'utilité du robot a ici toute sa place.

«Nous avons vu plusieurs études qui montraient que pour les enfants autistes, c'était plus simple d'interagir avec un robot plutôt qu'avec un humain. Et c'est normal, parce que ces enfants ont davantage de difficultés à s'exprimer auprès des autres: nous avons trop d'expressions faciales, de tonalités de voix, de langage corporel qui compliquent leur quotidien et leur compréhension. Donc utiliser un robot est plus simple pour tout», explique l'inventrice.

En effet les enfants autistes ont aussi cette particularité d'être très à l'aise avec les nouvelles technologies. «Beaucoup d'entre eux sont très doués avec une tablette et c'est encore plus simple pour eux d'utiliser ce robot. Il y a de nombreux bénéfices: on utilise la technologie, c'est très attractif, plus simple pour les enfants, et sans trop de détails qui peuvent les perturber. Ils sont vraiment plus à l'aise avec un robot», enchaîne Aida.

Des résultats déjà concluants

Certains enfants ont déjà pu tester QT Robot, avec succès. Les deux inventeurs ont réalisé une étude en partenariat avec l'Université de Luxembourg, qui a collaboré à ce projet, en décembre dernier. «Nous avons réalisé 8 sessions avec chaque enfant et pendant ces sessions, nous avons essayé de leur apprendre à interagir avec QT. A la fin, nous avons analysé si cela leur avait apporté quelque chose ou non, quel progrès ils avaient pu faire, ce qu'ils ont appris etc. Cela a été concluant.»

Leka, le petit robot bulle français permet aux enfants de travailler la sensorialité avec des vibrations apaisantes et des jeux de lumière tout en favorisant les interactions sociales et l’assimilation des compétences.
Leka, le petit robot bulle français permet aux enfants de travailler la sensorialité avec des vibrations apaisantes et des jeux de lumière tout en favorisant les interactions sociales et l’assimilation des compétences.
Photo: Leka

Rien d'étonnant à cela puisque plusieurs robots de la sorte existent déjà de par le monde et ont fait leurs preuves. Leka, un petit robot français conçu il y a à peu près deux ans en est un exemple. Ce petit robot sous forme de bulle permet aux enfants souffrant de troubles du comportement d'être stimulés par le jeu, la lumière, les vibrations, tout en gardant un côté très ludique.

Pouyan et Aida se sont inspirés de ce genre de processus pour créer QT Robot. Il est également important de prendre conscience qu'il n'est pas nécessaire d'avoir un autisme lourd pour employer ce genre d'outils: même les autismes les plus faibles peuvent être handicapants et ce genre de système peut aider.

«Ne surtout pas les mettre à l'écart»

Ce samedi, ils présenteront donc leur robot au grand public, sur la Place d'Armes. «C'est important parce qu'il faut sensibiliser au maximum. L'autisme est une maladie importante, à laquelle il faut prêter attention: si les parents et médecins sont capables de détecter l'autisme assez tôt, on peut commencer une thérapie adaptée, et cela fera toute la différence», souligne Aida.

«Aujourd'hui, on détecte souvent l'autisme tardivement, et les thérapies coûtent cher. C'est pourtant très important de les aider pour qu'ils puissent s'intégrer correctement dans la société. Il faut pouvoir inclure ces enfants dans des écoles normales, et surtout ne pas les mettre à part, qu'ils vivent des situations les plus normales possibles. Mais pour faire tout ça, il faut savoir reconnaître aussi tôt que possible les symptômes de la maladie», ajoute Aida.

Une création «made in Luxembourg»

QT Robot a une autre particularité: c'est une création "made in Luxembourg". En effet, Pouyan et Aida ont collaboré avec l'Université du Luxembourg pour le créer, il y a plus de deux ans maintenant. «Tous les gens qui participent à ce projet proviennent de l'Université, de divers départements. Le plus difficile, c'est que c'est un projet multi-disciplinaire: nous avons eu besoin de beaucoup d'ingénieurs différents, de designers, de mécaniciens... mais d'un autre côté ce n'est pas juste une machine, donc il fallait combiner la médecine, ce qu'on voulait apporter aux enfants autistes, à la robotique, et ce n'était pas toujours facile», explique Aida Nazarikhorram.

Et un tel robot a un prix: comptez en moyenne entre 4.000 et 6.000 euros selon le package choisi, uniquement disponible pour le moment sur le site internet des deux créateurs. Ces derniers qui ont encore plein de projets en tête: «Nous voulons proposer un nouveau programme dans le QT Robot qui permette d'intégrer davantage d'enfants, avec d'autres problèmes plus vastes», conclut en souriant Aida Nazarikhorram. En attendant, rendez-vous samedi pour «ensemble, briser les barrières de l'autisme».

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