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«Je n'ai pas peur des grandes ambitions»
Luxembourg 6 min. 06.09.2019 Cet article est archivé

«Je n'ai pas peur des grandes ambitions»

«Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas protéger le climat». Pour la ministre Carole Dieschbourg, il n'y a pas d'alternative à l'engagement ambitieux du gouvernement.

«Je n'ai pas peur des grandes ambitions»

«Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas protéger le climat». Pour la ministre Carole Dieschbourg, il n'y a pas d'alternative à l'engagement ambitieux du gouvernement.
Photo: Guy Wolff
Luxembourg 6 min. 06.09.2019 Cet article est archivé

«Je n'ai pas peur des grandes ambitions»

Le Plan climat et énergie national doit être en place d'ici la fin 2019. Les objectifs définis pour 2030 sont ambitieux. La ministre de l'Environnement, Carole Dieschbourg, esquisse les chemins qui y mèneront.

(MF avec Marc Schlammes)  – La ministre de l'Environnement, du Climat et du Développement durable, Carole Dieschbourg (Déi Gréng) apparaît sur le devant de la scène politique internationale lorsqu'en décembre 2015, lors de la COP21 à Paris, elle pousse à la roue pour parvenir à l'accord historique qui doit permettre de contenir le réchauffement climatique «bien en deçà de 2°C». Le Luxembourg assure alors la présidence du Conseil de l'Union européenne. 

Quatre ans plus tard, l'un de ses grands défis est de transposer les buts ambitieux fixés à Paris dans le Plan climat et énergie national d'ici la fin de l'année. Le Luxembourg a du retard dans ses devoirs. La future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a fait du climat l'une des priorités a fixé la neutralité climatique comme objectif pour 2050. Carole Dieschbourg rappelle dans son interview estivale accordée au Luxemburger Wort que «cet objectif n'est pas nouveau pour le Luxembourg et que les trois partis de la coalition gouvernementale l'avaient déjà inscrit dans l'accord de coalition fin 2018».


Une manifestation «dans le calme et sans incident»
Malgré la présence de quelque 1.000 personnes sur le Pont Rouge alors que la circulation avait été maintenue, police et organisateurs soulignent qu'aucun dérapage n'est survenu.

Elle est optimiste sur le plan européen, parce que «24 pays sont désormais d'accord avec cet objectif» et rappelle qu'«en mars de cette année, il y avait tout juste six à huit États membres de l'UE» dans la même barque. Se plaçant dans la perspective du Sommet pour le climat qui se tiendra le 23 septembre à New York et de la prochaine Conférence mondiale pour le climat au Chili», elle glisse: «Nous allons maintenant travailler dur pour que l'Union européenne soit à la hauteur de son rôle moteur». 

«La politique doit transmettre des messages clairs»   

Retour sur le plan national et le très ambitieux Plan climat et énergie. Ses objectifs de réduire de 50% ses émissions de CO2 et de consommer 25 % d'énergies renouvelables d'ici 2030, ne sont-ils pas trop ambitieux au regard des évolutions réelles ? La ministre répond que cette évolution «passe aussi par une grande volonté de la société de s'engager concrètement dans la protection du climat, que ce soit les jeunes qui descendent dans la rue (une nouvelle manif de «Youth for Climate» aura lieu le 20 septembre), ou le monde des affaires, qui fait les investissements nécessaires. 

Une autre partie importante de ce développement réel est constituée par les technologies qui sont aujourd'hui si avancées qu'elles rendent possible une politique énergétique et climatique efficace. C'est à la politique de créer les conditions-cadres adéquates et de transmettre des messages clairs pour que l'entreprise réussisse. Je n'ai pas peur des grandes ambitions».

La ministre de l'Environnement souligne que concilier le tourisme à la pompe, la planification budgétaire et la politique climatique est une question de cohérence politique.
La ministre de l'Environnement souligne que concilier le tourisme à la pompe, la planification budgétaire et la politique climatique est une question de cohérence politique.
Photo: Guy Wolff

La ministre esquive diplomatiquement la question de nos confrères du Luxemburger Wort sur la conciliation du tourisme à la pompe et de la protection du climat. Elle rappelle que «le programme gouvernemental prévoit un suivi permanent et qu'«un premier pas a été fait en mai, d'autres suivront». Elle fait référence à la nouvelle taxe sur les carburants de 2 cents sur le litre de diesel et de 1 cent pour l'essence en vigueur depuis le 1er mai.


Lokales, online, Pétange, visite Xavier Bettel, Taina Bofferding, Grand-Duc Henri ,Tornado, Sturm, der Tag danach, Aufräumarbeiten,   Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Une tornade ravage le Sud
Pendant 10 minutes, le vendredi 9 août 2018 au soir, des vents atteignant 250 km/h ont soufflé sur les communes de Bascharage et Pétange, détruisant partiellement plusieurs centaines de maisons. Si aucun mort n'est à déplorer, les dégâts s'élèvent à quelque 100 millions d'euros.

«Il est clair, pour moi, que l'aspect climatique doit jouer un rôle dans la planification future. C'est une question de cohérence. Nous sommes confrontés à un défi majeur mais avec les deux tiers des émissions de CO2 dues à la mobilité, nous pouvons bouger des montagnes dans ce domaine avec un peu plus de cohérence». 

Tout le monde doit comprendre que nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas protéger le climat

Les phénomènes météorologiques extrêmes récents comme la tornade qui a ravagé le sud du Luxembourg en août ou le passage dévastateur de l'ouragan Dorian sur les Bahamas ces jours-ci jouent forcément un rôle dans la sensibilisation des citoyens face au changement climatique. «La prise de conscience du défi du changement climatique s'est accrue dans un passé récent, en particulier chez les jeunes», note la ministre. 

Voulons-nous consommer autant de ressources ?

Les gens remarquent «de plus en plus dans leur vie quotidienne» les effets du changement climatique sait bien Carole Dieschbourg. Comme par exemple lorsqu'ils sont appelés à utiliser l'eau avec précaution. Son appel est clair: «Il est donc d'autant plus important d'agir d'urgence aujourd'hui pour ne pas être encore plus affecté demain ou après-demain. Tout le monde doit comprendre que nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas protéger le climat et que nous devons adapter nos actions en conséquence».


Objectif «zéro déchet»
Alors que la chasse au plastique prend de l'ampleur dans le monde, le Luxembourg lance ce lundi une nouvelle stratégie. La ministre de l'Environnement, Carole Dieschbourg, invite ainsi la population à proposer ses idées, concrètes, pour lutter contre ce fléau.

Parlons de l'eau justement. Des projets économiques tels que Fage ou Google, dont l'impact écologique est actuellement en cause, ne sont pas vraiment politiquement justifiables? «Il s'agit de la question de la justice et des décisions correspondantes. Très souvent, les seules questions posées relèvent de ce qui est techniquement faisable et juridiquement correct. Cela ne signifie pas pour autant que les réponses sont correctes et équitables pour tous. Il est donc important pour moi que le grand public ait son mot à dire sur base de faits. Le débat porte sur la question de savoir si nous voulons consommer autant de ressources».

La ministre de l'Environnement souligne dans ce contexte qu'il est «important de faire la distinction entre les procédures, d'une part, et le débat politique sur les ressources, d'autre part». Elle explique avoir convenu avec le ministre de l'Économie, Etienne Schneider (LSAP) qu'«à l'avenir, nous ne voulons plus thématiser la question de la consommation des ressources après l'événement».

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